La saison des publications trimestrielles a donc officiellement commencé cette semaine. Pour être franc, ça n’a pas bien commencé. Les déclarations de Trump au sujet des cartes de crédit et sa volonté de vouloir caper les intérêts débiteurs ont jeté un coup de froid sur les grands noms de la banque aux USA. Les investisseurs ont préféré réduire le risque sur le secteur « juste au cas où » cette idée du Président voyait VRAIMENT le jour et impactait les marges – même si, soyons clair, il est peu probable que les lobbies bancaires laissent passer l’histoire. Mais hier c’est « l’autre côté » de la finance qui a pris d’assaut le marché. Et eux ont changé la donne.

L’Audio du 16 janvier 2026

Télécharger le podcast

Les autres banques à la rescousse

Après deux séances passées dans le rouge, la Bourse de New York a enfin relevé la tête jeudi. Ce n’était pas une explosion de joie délirante, mais un rebond solide, même si l’enthousiasme s’est un peu dégonflé en fin de séance. Pendant un instant, le Dow Jones était même pratiquement au plus haut de tous les temps, mais les trois dernières heures de trading ont vu quelques prises de bénéfices arriver, comme si les intervenants ne voulaient pas prendre trop de risques à la veille de la fameuse échéance des trois sorcières. Le Dow Jones termine néanmoins en hausse de 0,60%, tandis que le S&P 500 et le Nasdaq ont grappillé environ 0,3%. Cependant, il y a un indice qui remporte la palme d’un nouveau record historique en clôture – même si là aussi, en fin de séance on liquidait les positions – c’est notre ami le SOX. L’indicateur avancé qui dit que quand lui touche des plus hauts historiques, c’est pour jalonner la route de ses compères.

Mais je crois que l’évènement de la journée, c’est surtout le réveil des colosses de la finance. Comme je vous le disais en début de chronique, la saison des trimestriels avait plutôt commencé de manière un peu tiède sur le secteur financier. JP Morgan, Wells Fargo ou encore Bank of America, ont tous perdu plus ou moins 8% depuis les plus hauts. Une des raisons du sell-off était à mettre sur le dos de ce que l’on appellera désormais « l’affaire des cartes de crédit », mais il y avait aussi quelques déceptions dans certaines parties du bilan, un ralentissement dans le côté banque d’affaires et l’impression que plus personne n’avait envie de parier sur le secteur pour le moment. Et puis hier, c’était le tour de « l’autre côté » de la finance. Ces banques qui sont des banques, mais plus centrées sur la gestion de fortune et la banque d’affaires, celles qui font plus de l’asset management et du trading. Celles qui sont peut-être un peu moins diversifiées que les monstres comme JP Morgan.

Contrepied

Et de ce côté-là, de la finance c’était visiblement un peu plus excitant que l’autre. Goldman Sachs publié un bénéfice par action de 14.01$. C’est énorme. Surtout que les attentes des experts, ceux qui ont bossé des heures et des heures pour prédire ce qui allait être publié, tablaient sur un « petit » 11.65$. Comme quoi même avec l’arrivée de l’IA, les analystes sont pas meilleurs. Et comme d’habitude dans le secteur financier, les cordonniers sont les plus mal chaussés et les écarts entre la réalité et les attentes est encore une fois SPECTACULAIRE. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trading actions : +25%, trading sur obligations et commodities +12% et banque d’investissement +25%. Chez Morgan Stanley, on a battu les attentes de 11% sur le bénéfice par action, une hausse de 47% dans les résultats de la banque d’investissement et le bénéfice net explosait de 19%.

Et puis, chez BlackRock, on a également fait mieux que les attentes. Le marché attendait 12.24$ et ça sort à 13.16$. Mais c’est surtout sur la masse sous gestion et sur la «net new money » autrement dit : les nouveaux encours, où Larry Fink est insatiable. Le monstre de l’asset management affiche 14’041 milliards d’asset sous gestion alors que les analystes s’attendaient à un tel niveau – mais dans six mois. Sur les trois derniers mois, BlackRock a collecté 342 milliards – un record porté par des ETF’s qui tournent à plein régime. Du côté des actionnaires on sable à peu près tout ce qui contient des bulles et de l’alcool puisque le dividende bondit de 10 % à 5,73 $, prouvant que la « machine à cash » sait parfaitement soigner ceux qui croient en elle. Les revenus de BlackRock sont en hausse de 23% et sa technologie Aladdin continue de faire un carton. Bref, pour faire simple, les chiffres publiés hier étaient tout simplement canon et nettement au-dessus des attentes. Goldman Sachs a pris 4.63%, BlackRock prenait 5.93% et Morgan Stanley bondissait de 5.78%. En résumé, si vous pensiez que le secteur bancaire était en berne à cause des projets de Donald Trump de plafonner les taux des cartes de crédit, les chiffres de jeudi ont prouvé que dans le monde la finance, on sait que nous sommes tous égaux. Mais que certains sont plus égaux que les autres. Mais dans le monde de la « BANQUE », c’est encore plus frappant. Et hier, on pouvait clairement voir qu’il y a les banques, mais aussi : les autres banques.

L’IA, encore et toujours

Mais la star absolue de la journée se trouvait de l’autre côté de l’Océan Pacifique. Alors que le secteur technologique patinait un peu ces derniers jours, TSMC est arrivé avec des chiffres qui ont fait l’effet d’une injection d’adrénaline dans un marché encore dans le coma après les excès des fêtes de fin d’année. Un bénéfice net en hausse de 35 % qui pulvérisait les records et les prévisions les plus folles. Ce n’est plus de la croissance, c’est quelque chose d’autre que seul Nvidia a réussi à atteindre ces dernières années. Mais le plus beau dans les chiffres de Taïwan Semi’s, ce n’est pas ce qu’ils ont fait, c’est ce qu’ils promettent. Le groupe a annoncé qu’il allait non seulement continuer à surfer sur la déferlante de l’IA, mais aussi accélérer sa production directement sur le sol américain avec un investissement annoncé de 250 milliards au pays d’Oncle Donald… Pour les marchés, c’était encore une fois le signal, tel le logo de batman projeté dans le ciel de Gotham City: la révolution de l’IA n’est pas une bulle, c’est une révolution industrielle lourde qui continue et si c’est une bulle, elle n’est pas encore prête à rendre les armes.

L’effet a été immédiat à New York. Le titre s’est envolé de 4,4 %. Et comme dans un film de super-héros, quand le leader part au combat, c’est toute l’équipe des Avengers qui suit le mouvement. Le secteur des semi-conducteurs a fait pareil. Nvidia a repris 2,1 % et AMD a suivi avec +1,9 %. Broadcom retrouve la couleur vert et c’est KLA qui montait sur la première marche du podium avec une hausse de 7.7%. Le résultat final est proprement hallucinant (même si on ne termine pas au plus haut de la séance), le SOX a pris 1,6 % et a représenté, à lui seul, la totalité des gains du Nasdaq hier. Sans les semi-conducteurs, le Nasdaq aurait fini dans les choux. L’onde de choc a même traversé l’Atlantique plus vite qu’un bombardier B2. À Paris, Soitec a pris 3.15% et STMicroelectronics a grignoté 1.02%. Mais c’est chez nos amis hollandais que la fête aura été la plus folle : des noms comme ASML, Besi ou Aixtron ont fini sur des gains allant de 3 % à près de 9 %, ce qui a permis également à l’indice néerlandais de terminer au plus haut de tous les temps ET au-dessus de la barre mythique des 1’000 points. Lui qui était à 780 au moment du LIBERATION DAY de l’an dernier. C’est cette dynamique sur le silicium a sauvé les indices européens. Pendant que le luxe français boudait à cause de la Chine, les puces électroniques faisaient sauter la banque. Dans le casino boursier, beaucoup cherchent la combinaison gagnante. TSMC, eux, possèdent les machines, les jetons et le casino. Tant que le monde voudra de l’IA, Taïwan sera le centre de gravité d’une bonne partie de la finance mondiale.

« Too Good to be True » ?

Quand on regarde les performances d’hier – et je parle strictement au niveau des indices – on aurait tendance à se dire que ça monte, oui, mais qu’il n’y a pas non plus une euphorie généralisée, la dernière fois qu’on est monté de plus de 1% sur le S&P500, c’était en novembre dernier et la dernière fois que l’on a franchi la barre des 2%, c’était en mai. Pourtant tout semble aller pour le mieux, l’IA est toujours vivante et l’économie US est en pleine forme si l’on en croit les chiffres. On devrait donc être « un peu plus motivé » que ça. Et c’est peut-être là que se trouve le problème. Aux États-Unis, l’économie semble être dans une forme presque un peu trop olympique

Hier encore, les chiffres montraient que le marché de l’emploi refusait de faiblir : Les inscriptions au chômage sont tombées à 198’000, bien loin des 215’000 attendues par le consensus. Et puis il y a aussi eu le miracle de Philadelphie : L’indice manufacturier Philly Fed a réalisé un retournement de situation digne d’un film hollywoodien, passant de -8,8 à +12,6 points en janvier. C’est son plus haut niveau depuis septembre. Donc, assez logiquement les parieurs qui misent sur de nouvelles baisses de taux imminentes ont dû ranger leurs espoirs au placard. Les sondages anticipent désormais un statu quo à 95% pour la réunion du 28 janvier. Et visiblement, on ne sait plus trop si on est capable de monter sans l’espoir des taux qui VONT baisser.

Très loin à l’Est, on se pose des questions

Séance en demi-teinte ce matin sur les places asiatiques. On sent que le marché hésite entre l’euphorie technologique et la prudence géopolitique. On ne va pas revenir sur le sujet TSMC qui a largement été abordé, mais on notera qu’ils ont quand même touché un nouveau plus haut historique à Taïwan et par effet de capillarité, la Corée du Sud en profite. Le Kospi grimpe de 1%, Samsung en tête avec 3.5%. Le Japon ne fait rien. L’ambiance est un peu plus lourde en Chine. Le CSI300 et le Shanghai Composite reculent de 0,2 %, plombés par de nouvelles régulations. Pékin durcit les règles sur le trading haute fréquence avec la suppression de serveurs dédiés pour limiter la spéculation. Comme quoi, des fois la Chine a des bonnes idées. Mais en attendant, les investisseurs boudent ces mesures perçues comme une ingérence accrue, alors que tout le monde attend le PIB du dernier trimestre de 2025 lundi prochain, avec un objectif cible de 5 % en ligne de mire.

Si Wall Street a terminé dans le vert hier, deux éléments pèsent sur l’optimisme global, tout d’abord l’aspect géopolitique, puisque les tensions avec l’Iran se sont calmées, mais qu’on ne sait pas encore si l’affaire va se terminer comme ça ou si la révolution va continuer, forçant les Ricains à intervenir et puis il y a un reste de stress que l’on peut sentir dans le sillage de l’incursion américaine au Venezuela, même si les choses semblent pliées dorénavant, tout ça maintient une certaine prime de risque sur les marchés. Et puis l’autre élément qui pèse c’est que nous sommes la veille du week-end et que tout le monde semble vouloir prendre les profits à l’approche de la triple échéance de ce vendredi qui est DÉJÀ le troisième vendredi de janvier. En résumé, on a un marché à deux vitesses. Le secteur des semi-conducteurs porte la croissance, mais le risque politique et les régulations chinoises freinent toute velléité de rallye généralisé. Le pétrole danse toujours la samba et se traite à 59$ et il ne remontera pas au-dessus des 60, tant que Trump ne va pas kidnapper les gardiens de la révolution à Téhéran, l’or est à 4’609$, l’argent à 90.5$ et le Bitcoin vaut 95’500$. Le rendement du 10 ans US est à 4.17% et le 10 ans japonais à 2.17%.

Vendredi très calme

Du côté des news du jour, c’est calme comme un vendredi, on notera quand même qu’on ne s’ennuie jamais avec l’administration Trump. Entre les menaces de licencier Jerome Powell (finalement abandonnées parce que Trump continue de jouer la girouette toutes les 5 minutes) et l’enquête du Département de la Justice sur ce dernier concernant la rénovation d’un immeuble, l’ambiance est toujours électrique. Cependant, le feuilleton n’est pas terminé parce que plusieurs responsables de la Fed, dont Austan Goolsbee, sont montés au créneau pour rappeler qu’attaquer l’indépendance de la banque centrale serait un « désastre » et pourrait faire revenir l’inflation en force. C’est d’ailleurs ce « bruit politique » qui a freiné l’élan de Wall Street en fin de séance. Si c’est vraiment nécessaire de trouver une raison pour les prises de profits dans les dernières heures de trading.

Hier, le marché nous a rappelé une règle d’or : « L’économie est solide, mais les nerfs sont fragiles. » On a des banques qui gagnent de l’argent, des semi-conducteurs qui continuent de révolutionner le monde, mais un pouvoir politique qui joue avec le feu autour de la Réserve Fédérale et autour de la planète en général. Le scénario américain d’une croissance supérieure à 3% pour le premier trimestre 2026 semble se confirmer. Pour les investisseurs, c’est un peu comme une douche écossaise : on adore la croissance, mais on déteste les taux d’intérêt qui ne baissent pas assez vite. En bref : On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de Jerome Powell en même temps.

Côté chiffres du jour

Ce matin nous aurons l’inflation en Allemagne et en Italie, les USA se concentreront sur leur échéance et côté macro ça sera calme. On va pouvoir se tourner en direction de la semaine prochaine, semaine durant laquelle les publications trimestrielles vont commencer à s’intensifier et à basculer progressivement du côté de la technologie.

Profitez bien de votre week-end, reposez-vous et on se retrouve lundi pour de nouvelles aventures.

À lundi

Thomas Veillet
Investir.ch

“Some people never go crazy. What truly horrible lives they must lead.”
― Charles Bukowski