Nous arrivons déjà à la moitié du mois de janvier. Les deux premières semaines de l’année ont été bien occupées, plus par l’aspect géopolitique et par les réseaux sociaux de l’homme de la Maison Blanche que par le reste, mais maintenant les marchés semblent être hésitants sur le chemin à prendre dans les prochaines semaines. Les derniers chiffres économiques de l’année 2025 sont en train de tomber et nous sommes comme au milieu de nulle part en train de se dire : « bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? ». Il y a comme une espèce d’ambiance molle, comme si on était déjà fatigué de 2026, si c’est le cas, ça va être très long !

L’Audio du 14 janvier 2026

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À boire et à manger sans aller nulle part

Pourtant, il y a de quoi rester bien occupé au niveau des news, mais ça ne suffit pas à donner une tendance ou à motiver les troupes. Hier les indices ont terminé en ordre dispersé. Le S&P500 reculait de 0.19%, le Nasdaq de 0.10% et le Dow Jones se démarquait un peu avec un plongeon de 0.8%, principalement dû au fait que JP Morgan a un peu raté son trimestre – tout en étant conscient que le mot « raté » est un peu exagéré, que Delta aussi et que Salesforce se faisait défoncer parce que certains analystes commencent à s’inquiéter de l’avenir de certains fournisseurs de softwares qui pourraient se faire « grand-remplacer » par l’IA. Adobe a également fait les frais de ces inquiétudes hier. Par contre, histoire de ne pas voir que le verre à moitié vide, on signalera quand même que les semiconducteurs sont toujours les rois de la piste de danse, mais seulement ceux qui ont un lien de près ou de loin avec l’IA.

En Europe, c’était pas mieux niveau excitation. Le Dax terminait en hausse de 0.06%, la France reculait de 0.14% et notre bon vieux SMI n’est même plus une valeur refuge en ce moment, puisqu’il abandonnait presque un demi-pourcent. Non, la valeur refuge du moment, c’est l’argent et l’or, mais surtout l’argent qui n’arrête pas de monter. Le métal gris vient de taper les 90$ ce matin. Et puis pour le reste, on parle toujours FED, géopolitique et déclarations à l’emporte-pièce de la part de l’homme orange. C’est d’ailleurs ce qui est sidérant en ce moment : l’impact que certaines nouvelles ont sur le marché. Je prends par exemple de cas de la FED. Sans m’étaler sur le sujet ; la citation à comparaître qui a été signifiée à Jerome Powell n’aura eu qu’un effet « bof » sur le marché. Alors oui, on sait bien que c’est de la manip qui vient probablement de Pennsylvania Avenue et que même si la procédure suit son cours, il y a peu de chance que ça change la destinée de la FED et des taux dans les trois jours qui viennent. Mais il est tout de même étonnant de voir que le marché n’en a strictement rien à foutre de l’impact éventuel sur l’indépendance de la FED.

Nous sommes tous JEROME

Pourtant, dans les arcanes du pouvoir et du monde de la finance, les marques de soutien à Jerome sont de plus en plus importantes. Que ce soit de la part des Démocrates ou des Républicains, tout le monde exprime son soutien au patron de la FED et le plan de ceux qui lui veulent du mal est en train de se retourner contre eux. Ça c’est ce qui se passe dans les médias et sur les chaînes de télés américaines. Mais du côté de Wall Street, ça ne s’exprime pas concrètement. Comme disait l’autre : « c’est trop calme, j’aime pas trop beaucoup ça, je préfère quand c’est un peu trop plus moins calme ».

Mais revenons quand même à ce qui s’est passé hier, au-delà des performances des indices. On va commencer par la thématique de l’inflation. Hier le Bureau of Labor Statistics a publié pour la première fois depuis octobre, des chiffres qui n’étaient pas impactés par le SHUTDOWN. Le marché attendait 2.7% sur le CPI, c’est sorti à 2.7%. Ensuite, il attendait 2.7% sur le CORE CPI, c’est sorti à 2.6%. On peut donc clairement dire que les chiffres sont absolument géniaux, fabuleux, dithyrambiques et extraordinaires. Mais bon. Après on se rappelle que c’est le BLS qui les publient et que le BLS bossent pour l’homme aux cheveux orange et comme ils ont tellement peur de lui et de se faire virer, qu’on peut se poser des questions sur leur impartialité. Peu importe. Admettons qu’ils disent la vérité et que leurs chiffres sont fiables sans sombrer dans le complotisme de bas étage. Le CORE CPI est plus faible que les attentes et tout pointe en direction du fait que l’inflation est sous contrôle. Et que…. Abracadabra… si l’inflation est sous contrôle, la FED pourrait baisser les taux, surtout après les chiffres de l’emploi merdiques de vendredi dernier.

Ne nous emballons pas

Pourtant, le début d’emballement généré par une inflation maitrisée qui a touché le marché hier, n’a pas duré. On manque d’énergie, de passion et d’envie pour le moment. Et puis aussi parce que le Président Américain a sauté sur l’occasion pour dire à Powell de baisser les taux, non sans manquer l’occasion de déclarer au micro que : « That jerk will be gone soon. » – ce que l’on pourrait traduire par : « Ce… connard, ce con, cet abruti, cet emmerdeur, ce pauvre type de Powell sera bientôt parti ». C’est sûr que ça va aider Jerome Powell à prendre les bonnes décisions. Dans la foulée un des collègues de Powell en a rajouté une couche en disant qu’il n’y avait aucune raison de baisser les taux actuellement, en tous les cas pas tant que le CPI ne revenait pas sur les 2% – 2% qui restent quand même l’objectif fixé par la FED – je dis ça pour mémoire. En conclusion, les chiffres de l’inflation sont encourageants, mais pas suffisamment faibles pour espérer une baisse des taux lors du FOMC Meeting de ce mois. Le CPI c’est classé, on va se concentrer sur le PPI de tout à l’heure. PPI qui pourrait être utilisé pour voir ce que le CPI de janvier va nous donner comme perspectives. Comme c’est excitant.

Et puis alors l’autre sujet de la séance d’hier, c’était la publication des chiffres de JP Morgan. Le mastodonte américain était attendu très attentivement hier, parce qu’au vu de la performance du titre ces derniers temps – mis à part il y a deux jours à cause de la thématique des intérêts capés sur les cartes de crédit – la banque de Jamie Dimon ne pouvait pas trop décevoir. Et pourtant, elle a déçu un peu. Pas forcément sur tout, mais surtout sur l’histoire du mariage avec Apple. JPMorgan a officiellement repris le business des cartes de crédit d’Apple. C’est un coup stratégique énorme, mais l’entrée au capital a un prix : Dimon a dû poser 2,2 milliards de dollars sur la table immédiatement pour couvrir les réserves de crédit. Sur le papier, ça a eu des conséquences, le bénéfice par action est sorti à 4,63$, manquant la cible des 4,85 $. Le marché ne s’est pas posé de questions, il a vendu direct. Et pour couronner le tout, la division banque d’investissement a montré des signes de fatigue. Les commissions ont baissé de 11 % par rapport au trimestre précédent. C’est rare, et ça a suffi à rendre les investisseurs nerveux, surtout avec des dépenses prévues à la hausse (105 milliards !) pour 2026. Au final, JPMorgan reste le mastodonte indéboulonnable, mais ce trimestre rappelle que même les géants peuvent trébucher de temps en temps et que les acquisitions coûtent cher à la signature. Le message de Jamie Dimon reste le même : « L’économie tient bon », mais la route de 2026 s’annonce plus escarpée qu’un simple rallye haussier. On notera aussi qu’il a tout de même signalé au passage que mettre la pression sur Powell n’était pas une « bonne idée », lui aussi il est « JEROME »…

En Asie

Pendant que Wall Street se pose des questions, l’Asie s’offre un rallye spectaculaire porté par des vents politiques et technologiques. À Tokyo, le Nikkei pulvérise ses records historiques, électrisé (TOUJOURS) par les rumeurs d’élections anticipées pour février. Le marché parie sur les largesses fiscales de Sanae Takaichi et profite d’un yen au tapis pour doper l’export. Côté Pékin, le CSI 300 retrouve ses sommets grâce à un excédent commercial record de 1’250 milliards de dollars. La tech chinoise jubile : les « Tigres de l’IA » MiniMax et Zhipu ont réussi leurs introductions boursières en fanfare. Le duel avec Nvidia se corse : Washington autorise les H200, mais Pékin freine pour favoriser l’autonomie nationale. Le secteur des puces reste sur le qui-vive, suspendu aux résultats cruciaux de TSMC attendus demain. La Corée du Sud marque le pas, essoufflée par la correction du secteur bancaire américain qui pèse sur le moral. En résumé, l’Orient joue sa propre partition, ignorant New York pour se concentrer sur ses propres moteurs internes. Le début d’année 2026 en fanfare se produit clairement plus à l’Est.

Pour ce qui est des chiffres qui comptent, le pétrole est en train de s’envoler au-dessus des 60$. À l’heure actuelle, le WTI est à 60,97$. La raison est simple : l’Iran. Pas besoin de s’appeler Jim Rogers et d’avoir fait deux fois le tour du monde en moto et en voiture – mais pas en même temps – pour comprendre que si ça part en sucette dans les rues de Téhéran – comme actuellement, l’approvisionnement en pétrole qui vient de là-bas risque d’avoir des problèmes. Sans compter que le successeur de Joe Biden a laissé entendre que « les secours étaient en route ». On ne sait pas trop ce qu’il entend par-là, mais on a quand même un peu l’impression que si vous êtes un mollah avec un turban sur la tête, il va falloir repenser votre carrière politique assez rapidement. Ce qui ne va pas aider à obtenir un semblant de stabilité sur le pétrole. D’ailleurs, au vu de la situation on est très friand de valeurs refuge, puisque l’or est 4’645$ et l’argent à 90$. Pendant ce temps, le 10 ans américain est à 4.17% et le 10 ans japonais à 2.18%… Je rappelle, pour mémoire que le même rendement au pays du soleil levant, il y a 2 ans, était à 0.58%… On termine avec le Bitcoin qui retrouve soudainement des couleurs, comme à chaque révolution, et qui traite à 95’000$.

Le reste des histoires du jour

Dans les choses importantes du jour, on retiendra que les économistes on sortit leurs plus belles plumes et leurs bouliers pour prévoir ou prédire ce qui va se passer au niveau des taux. Après la publication du CPI, c’était le moins qu’on puisse faire. Pour le meeting des 27-28 janvier, on oublie la baisse des taux : le rythme mensuel est encore trop « chaud » pour rassurer la Fed. Les pressions sur les services et les salaires, couplées au brouillard statistique post-shutdown, imposent un statu quo immédiat. L’espoir se déplace désormais vers le printemps, avec une fenêtre de tir possible entre mars et juin si les prix se calment. En résumé, la Fed garde ses cartouches en réserve ce mois-ci, attendant que le « bruit » des données s’estompe enfin, ce qui va sûrement faire grimper aux rideaux le locataire de la Maison Blanche.

Et puis on reparle de la Cour suprême qui pourrait trancher aujourd’hui sur la légalité des tarifs douaniers de Trump (loi IEEPA). Selon les experts, chaque semaine de retard augmente paradoxalement les chances de victoire de la Maison-Blanche. Les marchés de prédiction restent pourtant frileux, n’accordant que 30 % de chances à une validation des taxes. L’enjeu est colossal : une défaite forcerait l’État à rembourser des centaines de milliards aux importateurs. Trump prévient déjà qu’un revers serait un « désastre impossible à payer », tout en préparant des plans B sectoriels. Verdict attendu à 10h heure de New York, mais c’est même pas sûr, puisqu’ils nous ont déjà planté vendredi dernier.

Mais encore

Côté chiffres trimestriels toujours, Delta publie un chiffre d’affaires au Q4 de 14,61 Milliards de dollars (un peu court par rapport aux attentes), mais bat le consensus avec un bénéfice par action de 1,55$. Pour 2026, la compagnie vise 20 % de croissance du profit malgré l’impact du shutdown. Côté flotte, Delta commande 30 Boeing 787 pour une livraison dès 2031. Cet achat porte le carnet de commandes fermes de Delta chez Boeing à 130 appareils. Boeing reprend enfin la main sur Airbus en 2025 avec 1’175 commandes contre 1’000 pour son rival. C’est une première depuis 2018, portée par un quatrième trimestre canon. Niveau livraisons, Boeing signe son meilleur score depuis 2018 avec 600 jets, même si Airbus domine encore avec 793 avions livrés.

Côté chiffres du jour, il y aura Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, BP et Partners Group. Pour ce qui est de la macro, c’est donc le tour du PPI, les ventes de détail et les inventaires pétroliers. Et puis, on se méfiera parce que Kashkari, Bostic et Williams de la FED vont tous les trois causer et on ne sait jamais ce qui pourrait leur échapper. Pour le moment les futures sont en baisse de 0.23% et vous noterez que ce matin, je n’ai à aucun moment cité le nom de POTUS. Et ça fait du bien.

Voilà, on termine cette chronique dans une étrange léthargie – comme les marchés, entre des fondamentaux solides et le vacarme incessant de Pennsylvania Avenue. Entre le front uni derrière « Jerome », l’envolée de l’argent à 90$ et les records nippons, les signaux divergent mais la conviction manque encore. Wall Street hésite, mais l’IA et le pétrole en ébullition rappellent que sous ce calme plat, les moteurs de 2026 chauffent déjà. En attendant le PPI et le verdict de la Cour Suprême, gardons la tête froide et l’œil vif sur les prochaines publications bancaires. Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle journée et on se voit demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

“I don’t go looking for trouble. Trouble usually finds me.”
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