Après une semaine sous le signe de Donald Trump, une semaine à guetter ses interventions, ses speechs et ses discours, il semblerait que les choses se calment. Pour le moment. Le Président semble vouloir laisser le champ libre à la FED qui va prendre la main pour nous parler des taux. Pas sûr que ça va être passionnant, surtout qu’elle ne devrait rien faire, mais on va pouvoir jouer aux devinettes pour savoir combien de temps les taux vont rester là où ils sont. Et de plus en plus, on est en train de se dire que Powell ne baissera plus les taux, en tant que patron de la FED. Et puis une fois que la FED sera derrière nous, on attaquera les publications des Big Techs, ça va nous occuper.
L’Audio du 26 janvier 2026
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Penser à autre chose
Sur le papier, quand on regarde tout ce qui nous attend cette semaine, il y a presque de quoi trouver ça thérapeutique. C’est toujours extrêmement rassurant de pouvoir parler de choses concrètes comme les taux, l’économie et la macro. C’est pas qu’on maîtrise le sujet à 100%, mais il y a quelque chose de réconfortant à ne pas devoir compter sur les publications de Trump sur les réseaux sociaux pour prendre nos décisions d’investissement. Cette fois on aura au moins du concret à se mettre sous la dent. Oui, cette semaine, la Fed se réunira et, suspense insoutenable : elle ne va rien faire. Les taux vont rester là où ils sont et ensuite on pourra remettre le compte à rebours en place pour attendre le PROCHAIN FOMC Meeting, pour voir si cette fois, il va se passer un truc. Mais là aussi, quand on voit la tronche de l’économie, il semble compliqué d’imaginer un patron de la FED qui oserait baisser les taux dans cet environnement, sans être terrifié de voir repartir l’inflation à la hausse. Ou alors un patron de la FED qui serait sous influence du Président. Mais ça, ça sera après le mois de mai.
Mais après avoir déjà baissé les taux de 75 points de base fin de l’an dernier, Powell & Co se tournent désormais les pouces en sifflotant, le message est clair : on a déjà donné, maintenant on attend de voir ce qui va se passer. Le problème, c’est que plus la Fed attend, moins elle a de bonnes raisons de rebaisser. Parce que si l’économie tient debout, expliquer une nouvelle baisse devient politiquement et économiquement compliqué. En gros : si ça va “pas trop mal”, pourquoi stimuler encore ? Il y a encore quelques mois, tout le monde voyait des baisses rapides. Aujourd’hui, en étant très honnête, il n’est pas simple d’imaginer une baisse des taux dans les mois à venir. Surtout après la semaine qu’on vient de vivre où pratiquement tout ce qui sort montre que ça va bien, que l’emploi tiendrait encore le coup (j’utilise le conditionnel, parce que pour être franc, j’y crois pas une seconde), la croissance est forte et l’inflation ne fait plus peur à personne, même si elle refuse de baisser en direction des 2%. Et si on gratte un peu sous la poussière, on arrive même à trouver des économistes qui pensent qu’il n’y aura pas de baisse en 2026 et que la prochaine décision de la FED pourrait même être une hausse, mais en 2027. Tout ça alors que Trump n’a toujours pas annoncé qui allait remplacer Jerome Powell dans 4 mois.
Le dilemme
Nous voici donc au début d’une semaine d’interrogations et de tergiversations. On sait que si Powell ne fait rien mercredi, Trump va lui tomber dessus avec la délicatesse d’un rhinocéros en furie, mais en même temps Powell sait que la FED est un peu coincée dans une situation désagréable. Au-delà de Trump qui l’attend au coin de la rue avec une batte de baseball, s’il baisse les taux trop tôt, il risque de relancer l’inflation. Mais s’il ne fait rien, il risque de freiner une économie qui manque déjà de carburant (salaires mous, croissance molle). Et ce même si Bessent nous a fait des envolées lyriques la semaine dernière pour nous expliquer que la croissance va exploser cette année… Bref, la FED joue à pile ou face, mais elle sait que peu importe le côté de la pièce, elle perdra dans les deux cas. C’est littéralement pile je perds, face je perds.
En résumé, Powell ne devrait pas être hawkish, mais il ne devrait pas être dovish non plus. C’est une FED en mode « attente ». Attente de quoi ? On ne sait pas trop, mais pour l’instant ce n’est clairement, ni l’heure, ni l’endroit pour baisser les taux. Le marché va donc devoir apprendre à composer avec. Lui qui a passé les 3 dernières années à monter en « anticipation de la prochaine baisse des taux », il va devoir apprendre à vivre sans et pire, commencer à imaginer que le cycle de baisse des taux est peut-être terminé. Il va peut-être falloir trouver des « autres » raisons pour réussir à monter. Et ça tombe bien parce que cette semaine on a une bonne petite avalanche de chiffres trimestriels qui va nous tomber dessus. On va espérer que ça aille dans la bonne direction, parce que quand on voit la CLAQUE qu’Intel s’est prise vendredi dans le sillage de ses publications « décevantes », il est clairement établi que le marché ne fera pas de prisonnier et que la moindre déception sera immédiatement violemment sanctionnée. Après, il peut aussi y avoir des bonnes nouvelles, des chiffres meilleurs que les attentes et des mots qui font plaisir de la part du management, soyons optimistes.
Du monde
En tous les cas, une fois la semaine terminée, on y verra certainement plus clair au niveau de l’état de santé de l’économie et des sociétés qui la compose. On aura un point de vue du côté de l’aéronautique avec Boeing, du luxe avec LVMH et puis aussi des big names de la tech avec Microsoft, Meta et Apple. Sans oublier Tesla qui va nous parler de robots et de voitures électriques qui n’intéressent plus personne. Mais une chose est sûr, on va avoir de quoi se prendre la tête tout au long de la semaine et je ne vous cache pas que suis soulagé rien qu’à l’idée d’avoir d’autres sujets à aborder que les discours à rallonge sans queue ni tête du Président américain. Même si je suis parfaitement conscient que Trump peut venir donner des grands coups de pieds dans l’échiquier de la finance à n’importe quel moment.
D’ailleurs ne croyez pas que Trump a disparu des réseaux, la semaine dernière, les marchés ont été secoués par des menaces de droits de douane — puis par leur retrait tout aussi rapide — et puis samedi, Trump a de nouveau brandi la menace de droits de douane contre un allié proche, en menaçant le Canada d’instaurer de nouvelles taxes de 100 % s’il allait de l’avant avec un accord commercial avec la Chine. Heureusement, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a immédiatement éteint l’incendie en déclarant hier que le Canada n’avait aucun projet d’accord de libre-échange avec la Chine. Ouf. Mais on notera quand même qu’il y a un peu plus d’une semaine, Trump avait déclaré qu’il était «d’accord» pour que Mark Carney signe un accord commercial avec la Chine. Vous avez dit bipolaire ???
Et du côté de l’Asie…
Le Nikkei se prend 2% dans les dents ce matin. Et ce n’est pas parce que les Japonais ont mal dormi. Le yen s’est violemment renforcé face au dollar, sur fond de rumeurs d’intervention coordonnée Japon–États-Unis pour sauver une devise en souffrance. Le problème c’est que les exportateurs japonais pleurent, donc Tokyo vend, et est en mode risk-off. Pendant ce temps-là, l’or explose à de nouveaux records, histoire de rappeler que quand les banques centrales et les gouvernements commencent à bricoler les devises, c’est jamais bon signe et que dans le doute autant se planquer dans le métal jaune et le métal gris, parce que oui, l’argent explose aussi… Là tout de suite, l’or est à 5’104$ et l’argent est à 107$ et des poussières. Le pétrole se traite à 61.40$, parce qu’on a peur que la situation en Iran dégénère et le Bitcoin est dans le coma à 87’700$. Du côté obligataire, le rendement du 10 ans US est à 4.22% et ça se calme un peu au niveau du Japon. La Chine ne fait rien et tout le monde est en mode « attention danger » pour entamer la semaine. Un danger qui peut venir de n’importe où.
Mais parlons un peu du Japon. Cétait probablement l’événement macroéconomique le plus important de la semaine dernière et pourtant, tout le monde s’en tape. Et je ne parle pas des droits de douane, ni même de l’or et de l’argent qui s’envolent. Et encore moins du Groenland. Non, je parle du fait que pour la première fois depuis plus de dix ans, la Fed de New York signale ouvertement une possible intervention sur le yen japonais. Et quelque part, ça, c’est énorme. On l’a vu, la semaine dernière les obligations du pays du soleil levant ont affiché des rendements énormes. Le 40 ans est passé au-dessus des 4%. Et la BOJ a décidé de ne rien faire, mais est plutôt prête à monter les taux qu’autre chose. Et le yen se déprécie quand même. Dans un monde normal, quand les rendements obligataires montent, la devise se renforce. Au Japon, c’est exactement l’inverse. C’est donc probablement le signe qu’il y a un truc qui déconne et que les investisseurs deviennent de plus en plus pessimistes sur l’économie japonaise.

Pas bon
Et donc, comme on le sait, la mauvaise santé économique du Japon est une très mauvaise nouvelle pour l’économie mondiale. Du coup, les décideurs américains commencent enfin à prendre ce risque au sérieux. Les commentaires de la Fed de New York suggèrent qu’ils sont désormais prêts à intervenir pour soutenir le yen. Pour soutenir une devise, une banque centrale utilise sa propre monnaie. Elle crée ou mobilise des réserves, vend sa propre devise et utilise cet argent pour acheter la devise qu’elle veut défendre. En termes simples : les États-Unis vendraient des dollars pour acheter des yens. Et quand on voit la tronche du dollar, on a le très fort sentiment que nous sommes déjà en train d’intégrer l’hypothèse d’un yen fort et d’un dollar faible. Mais attention, il ne faut pas croire que les Américains font ça par pur altruisme, un dollar plus faible arrange aussi le gouvernement américain.
Quand le dollar perd de la valeur, la dette future des États-Unis devient plus facile à gérer.
L’État rembourse toujours le même nombre de dollars, mais ces dollars valent moins en termes réels. Un dollar plus faible rend également les exportations américaines plus compétitives, ce qui contribue à réduire le déficit commercial. Ainsi, soutenir le yen tout en laissant le dollar s’affaiblir n’est pas une perte pour les États-Unis. C’est un choix de politique économique qui bénéficie aux deux camps.
Pour l’instant, l’hypothétique intervention des Américains sur le yen démontre que l’on commence à s’inquiéter de la situation au Japon. L’explosion des rendements au Japon commence à faire peur. Et les Américains ne peuvent pas se permettre de laisser la situation pourrir, chose qui pourrait contaminer les USA dans le cas où les Japonais décidaient de sortir de la dette US. Les taux américains prendraient l’ascenseur et ça n’arrangerait personne. Surtout pas en ce moment. On a donc une intervention prévue, ou en cours pour soutenir le yen et éviter une escalade de la situation actuelle. Je ne suis pas en train de dire que ça va nous péter à la figure, mais disons que « quelque chose » est en train de se passer et que cette « chose » est suffisamment inquiétante pour que les gros pontes de la FED de New York commencent à s’exciter… Surveillons donc le Japon et surveillons la suite des évènements, les prochaines semaines pourraient être intéressantes au plus haut point ! En résumé, il y a un problème japonais qui pourrait vite devenir un problème américain, puis mondial.
La semaine sera intéressante
Nous entamons donc une semaine passionnante où il y aura pas mal de choses à intégrer, à surveiller et à analyser. Pour le moment, tout le monde à l’air d’avoir envie de ne pas prendre trop de risque parce qu’on avance à l’aveugle, mais le ciel devrait s’éclaircir au fur et à mesure de le semaine, histoire qu’on y voit plus clair. Pour l’instant, les futures US sont dans le rouge et on attend l’IFO ce matin en Allemagne. Pour le reste, il va falloir être patient et prendre les choses au fur et à mesure. On sait que l’économie va moins mal que ce qu’on pensait, et va falloir gérer ça avec la FED cette semaine sans oublier que Trump est capable de tout à n’importe quel moment…
Passez une très belle journée et nous on se voit demain à la même heure pour commencer à poser la première pierre de cette dernière semaine du mois de janvier 2026. Soyez fort et prudents !
À demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
“Most people overestimate what they can accomplish in a year – and underestimate what they can achieve in a decade!!”
Anthony Robbins