Les chiffres de l’emploi sont sortis et ils ne sont pas bons. Mais c’est pas grave parce qu’on sait depuis longtemps que moins c’est bon plus c’est positif pour espérer une baisse des taux et à la fin, on sait tous qu’il n’y a que ça qui compte. Et puis cette nuit les futures sont passés dans le rouge parce que le Département de la Justice Américain, le fameux DOJ, a convoqué Jerome Powell dans le dossier de rénovation du bâtiment de la FED. Powell a pris les armes et a accusé Trump de lui mettre une pression politique pour le forcer à baisser les taux plus rapidement. Trump dément et dit qu’il n’y est pour rien : on tient notre Vaudeville de la semaine.
L’Audio du 12 janvier 2026
Le malaise économique
Avant de revenir sur notre série au sujet de la FED, on va rapidement revenir sur le sujet des chiffres de l’emploi. Vendredi dernier nous avons donc eu droit à nos chiffres des Non-Farm Payrolls livrés par les stars du BLS – le Bureau of Labor Statistics – qui sont habituellement tellement brillants que chaque publication est presqu’une œuvre d’art. On rappellera au passage que ces chiffres sont les premiers qui sont calculés sur un mois qui n’est pas biaisé par un quelconque SHUTDOWN depuis un moment. Si l’on se basait sur les calculs savants qui avaient été fait par les idoles de Wall Street, les États-Unis auraient dû annoncer 73’000 créations d’emplois pour le mois de décembre. Le chiffre officiel est sorti bien en-dessous : à 50’000.
Non seulement c’était plus faible que prévu, mais c’était également plus faible que les chiffres du mois de novembre, qui ont également été révisé à la baisse ; à 56’000. Révisé à la baisse parce que c’est trop dur de faire juste du premier coup. Et puis, histoire de se faire du mal, on retiendra également que la moyenne historique de création d’emplois est de 100’000 et qu’il n’y a donc aucunement besoin d’avoir fait de hautes études pour comprendre que l’économie US a le pied sur le frein et que ça ne va pas bien. Alors comme d’habitude, bien sûr, c’est une bonne nouvelle. C’est une bonne nouvelle parce que la FED aura une excuse pour baisser les taux plus vite et plus fort que prévu (enfin, plus vite c’est sûr, plus fort, c’est surtout Trump et son homme infiltré dans la FED – Stephen Miran – qui l’espèrent). Mais en plus de tout ça, pour compenser la déception des créations d’emplois, on nous a annoncé un taux de chômage qui lui, tombe à 4.4%, alors que l’on attendait 4.5%. Y a pas de jobs, mais le chômage baisse. Ça paraît fou. Bon, en fait, pas tant que ça. La raison est à chercher du côté de la population active qui diminue. En gros, si plus personne ne cherche de boulot, on finit par avoir le plein emploi, c’est mathématique ! On peut donc officiellement dire que 2025 a été une « récession de l’embauche ». Avec une moyenne de 49’000 créations par mois contre 168’000 en 2024, c’est la pire année pour l’emploi (hors récession officielle) depuis 2003.
Si on creuse un peu dans les secteurs, ce qui fonctionnent, c’est les bars et les restaurants, c’est là qu’on a créé le plus de jobs en décembre. Dire que les Américains sont en train de noyer leur chagrin dans l’alcool et la bouffe, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas, parce que c’est quand même un peu réducteur. Et puis autrement le commerce de détail est au plus mal et on embauche toujours des médecins et des infirmières. En gros, si l’on se base sur l’ensemble de la semaine ; les JOLTS étaient mauvais, les chiffres ADP n’étaient pas bon, tout comme les Non-Farm Payrolls, il n’est donc pas simple de dire que « l’économie va bien ». Et, comme pour montrer que Wall Street est définitivement déconnecté de « Mainstreet », la plupart des bourses mondiales terminaient la semaine au plus haut de tous les temps. S&P500, Dow Jones, Sox, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, la Suisse, le Japon et la Corée du Sud, tout le monde a affiché de nouveaux records historiques. Bref, la FED elle va devoir baisser les taux et on adore ça. Et si on se base sur les chiffres de l’inflation qui sont sortis la semaine dernière en Europe, la BCE aussi, pourrait penser à baisser les taux pour relancer leur économie moribonde.
Le combat des chefs
Et puisque l’on parle de baisse des taux pour soutenir l’économie, voici que les choses s’accélèrent pour celui qui renâcle contre des baisses de taux massives et qui veut y aller tranquillement pour ne pas faire chavirer le navire. Vendredi soir, le Département de la Justice (DOJ) a collé une assignation à comparaître devant un grand jury à Jerome Powell. Et tout ça pour une histoire de plomberie et d’amiante qui a mal tourné. Le cœur de l’intrigue, c’est la rénovation du siège de la Fed. Un petit chantier à 2,5 milliards de dollars. Problème : la facture a gonflé de 700 millions à cause d’imprévus (plus d’amiante que prévu, nappe phréatique capricieuse et aussi toilettes en marbre de Carrare qui n’étaient pas dans les plans d’origine selon certains). Le DOJ soupçonne Jerome d’avoir un peu « enjolivé » la vérité devant le Congrès sur la gestion de ce gouffre financier. En gros, on l’accuse d’avoir menti sur le prix du marbre et du double vitrage.
Jerome, qui n’est pas né de la dernière correction boursière, a tout de suite flairé l’embrouille. Pour lui, ces poursuites sont « un prétexte ». Traduction : « On s’en fout de mon papier peint, ils veulent juste ma peau parce que je ne baisse pas les taux assez vite au goût du Président. » C’est là que le décor se plante : l’administration Trump, lasse de voir Powell faire la sourde oreille aux demandes de baisse de taux plus intensives, utiliserait la menace criminelle comme un levier de négociation. C’est la première fois qu’on essaie de transformer le patron de la FED en « Suspect n°1 » pour une histoire de rénovation de bureau. Et les accusations de Powell ont – pour une fois été directement dirigée contre le Président Trump. Trump qui s’est empressé de démentir la chose ; il n’y est pour rien, c’est pas de sa faute et il n’aurait pas fait comme ça, si ça avait été lui. Le problème, c’est que personne ne le croit.
La nouvelle Telenovela
La complainte de Powell a été publiée hier soir et les réactions commencent déjà à se faire sentir. Tout d’abord sur les futures, puisque tout risque de perte d’indépendance de la FED est considéré comme un danger, mais aussi de la part de différents acteurs économiques ou politiques. On entend parler de tentative d’utiliser la justice comme une arme pour virer les ennemis politiques de Trump, il y a même des Sénateurs républicains qui commencent à en avoir marre de ces méthodes et menacent de bloquer toute future nomination à la Fed tant que ce cirque judiciaire ne sera pas terminé et pendant ce temps, dans les coulisses, Kevin Hassett et Kevin Warsh s’échauffent déjà sur la ligne de touche, attendant que Jerome soit poussé vers la sortie.
L’indépendance de la Fed ne tient plus qu’à un fil d’amiante. Si Jerome finit avec un bracelet électronique parce qu’il a mal estimé le coût de son open-space, les marchés risquent de comprendre que désormais, la politique monétaire se décide plus au Department of Justice qu’au board de la Fed. Ou plus à la Maison Blanche qui fait pression sur le Department of Justice. Quoi qu’il en soit, c’est pas bon pour la stabilité des marchés et la stabilité monétaire. Même si Powell s’en va au mois de mai et qu’il sera remplacé par un des clones de Trump, on n’a pas envie de vivre ce « meltdown » politico-économique pendant 5 mois. L’affaire est à suivre attentivement, mais la semaine commence bien. On peut toujours compter sur Trump pour mettre l’ambiance, même si sur ce coup-là, si on en croit ses témoignages, il n’y est pour rien. Vous le croyez, vous ?

L’Asie
Ce matin en Asie, on est reparti sur le thème de l’IA. On se fout pas mal de ce qui se passe à la FED, on s’est surtout raccroché sur le fait que le monde entier est au plus haut de tous les temps et que TSMC a publié des chiffres de ventes de décembre tellement propres qu’on dirait qu’ils ont été écrits par une Intelligence Artificielle. Le thème est à nouveau très à la mode, même si les Japonais sont en week-end prolongé. Le KOSPI continue de grimper grâce aux semi-conducteurs et à Hong Kong, c’est le réveil des « Tigres de l’IA ». Le petit nouveau, Knowledge Atlas (Z.AI pour les intimes), a pris près de 30% et se retrouve en hausse de 100% en trois jours de trading. MiniMax, toujours dans l’IA, suit avec +20 % et doublent aussi, mais sur 2 jours. Visiblement, on achète d’abord, on se demande ce qu’ils fabriquent vraiment plus tard. Ça rappelle des trucs, mais je vais me taire, c’est plus simple.
Pendant que les algorithmes célèbrent la victoire du silicium et de l’IA, les humains font n’importe quoi. Les volumes sont un peu faiblards à cause des Japonais qui sont en vacances, ce qui a laissé le champ libre aux angoisses géopolitiques, l’Oncle Sam joue aux conquérants au Venezuela et veut apparemment toujours racheter le Groenland, l’Iran manifeste, Trump menace d’y aller pour donner un coup de main au peuple, la Chine et le Japon se regardent en chiens de faïence et Taïwan monte en faisant comme si la Chine ne leur tournait pas autour. On achète des puces parce qu’elles sont intelligentes ou parce qu’elles vont le devenir, alors que les dirigeants mondiaux font tout pour prouver qu’ils ne le sont pas (intelligents). Le pétrole est à 59.24$, l’or est au plus haut de tous les temps à 4583$, l’argent est à 83.50$, le Bitcoin est à 92’000$, le rendement du 10 ans US est à 4.18% et le Japon est fermé alors je vous fais grâce du 10 ans local…
Les cartes de crédit face au mur
On en a parlé, une journée sans post de Trump c’est plus une vraie journée de trading. Et comme il cause même le week-end, ça fait beaucoup de choses à digérer le lundi matin. Mais aujourd’hui, en plus de l’histoire de Powell, on retiendra que le Président a laissé entendre qu’il pourrait empêcher Exxon d’aller exploiter le pétrole vénézuélien parce que son CEO s’est montré trop sceptique sur les plans d’exploitation proposés par Trump (trop long, trop chers, trop flous). Du coup, comme d’habitude quand on n’est pas d’accord avec lui, Trump se roule par terre en tapant des poings et sanctionne à tout va. L’autre sujet « made in Trump » que l’on va retenir en ce lundi matin et qui pourrait avoir des conséquences sur les marchés en général et sur les cartes de crédit en particulier (Visa, Mastercard et American Express), c’est l’annonce comme quoi dès le 20 janvier les opérateurs de cartes de crédit ne pourront plus appliquer des taux d’usurier au-dessus des 10%.
Et pour une fois, la décision du Président est magique, normale et intelligente. Il est d’ailleurs choquant de voir qu’on y pense que maintenant. Non, parce que laisser Visa ou Mastercard taxer les dettes de cartes de crédit à 21-22% comme c’est la moyenne actuellement, même la famille Corleone avait des principes plus humains. Toujours est-il que l’on se réjouit de voir comment ça va se passer sur le secteur à l’ouverture. En tous les cas, si l’on regarde ce qui se passe du côté de chez Trump, on voit qu’il a clairement pris la décision de NE PAS PERDRE les Midterms… Puisque depuis le début de l’année il a : appelé à limiter les taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 % (le lobby bancaire est actuellement en PLS). Il a interdit aux institutionnels (type BlackRock et consorts) d’acheter des maisons individuelles. Il veut racheter près de 200 milliards de dollars d’obligations hypothécaires (MBS) pour forcer les taux de crédit immobilier à la baisse. Il exige que la Fed ramène ses taux directeurs à 1 % dès 2026. Il veut ramener le gallon d’essence à 2,00 $ (environ 0,50 €/litre) et c’est une priorité économique absolue. Et puis, pour terminer il veut filer un chèque de 2’000$ à chaque américain, chèques financés par les taxes douanières. On peut penser ce qu’on veut, de ce point de vue-là, Trump veut soutenir le consommateur et l’électeur par la même occasion. Après, le fait qu’il veut prendre Cuba, le Groenland et aider l’Iran à virer les mollahs, c’est une autre histoire…
Et maintenant
Pour le reste, on entame la semaine sous le signe de l’inflation, puisque dès demain nous aurons le CPI et mercredi le PPI aux USA. Et si ces derniers sont plus faibles – ce qui semble plus que probable, les paris sur les taux plus bas vont reprendre de plus belle, même si jusque-là, on pariait toujours sur une FED qui ne bougera pas encore ce mois. Les choses pourraient bien changer ces prochains jours. Ce matin en Suisse, le SECO parlera et pour le reste, je pense qu’on va parler de Trump, de Powell et des cartes de crédit. Les cartes de crédit, c’est nouveau, le reste, c’est du réchauffé.
Donc, pour l’instant, les futures sont en baisse de 0.64% et moi je vous souhaite une excellente journée et on se voit demain pour la suite des aventures de Trump qui veut devenir le roi du monde et qui est en train d’y arriver.
Bon retour au bureau, à demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
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― Audrey Hepburn