Après une journée à tirer à blanc sur les marchés européens qui ont passé leur séance à digérer tout seuls les dernières déclarations de Trump et la crainte de voir une escalade irrécupérable d’une guerre commerciale à venir, nous allons enfin commencer la semaine et surtout pouvoir observer comment les Américains se positionnent par rapport à tout ça. Je dois dire que l’on atteint un tel niveau de bordel sur la planète, que l’on peut commencer à se poser des questions sur : « comment aborder les marchés » dans un environnement qui s’est « Trumpisé » à l’extrême et ou plus rien d’autre ne compte que les déclarations à l’emporte-pièce du futur prix Nobel de la Paix.
L’Audio du 20 janvier 2026
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Quand c’est qu’il dort ?
Depuis vendredi dernier, coup d’envoi d’un long week-end prolongé aux USA, le Président Trump n’arrête plus de faire parler de lui. Bon, c’est pas que depuis qu’il est au pouvoir il y a des périodes de calme, mais disons que sur le sujet du Groenland, il semble soudainement intarissable et que ça devient même compliqué de savoir où nous en sommes si l’on n’est pas connecté en permanence sur Truth Social et sur X. Aujourd’hui, Trump est tellement actif sur les réseaux pour raconter tout et n’importe quoi, qu’il devient de plus en plus difficile de suivre le mouvement et de savoir où il en est.
Hier, les marchés européens n’ont pas vraiment aimé ce qu’il se passe et la guéguerre qui oppose l’Europe au patron de la Maison Blanche. Le retour des menaces des tarifs douaniers ne fait plaisir à personne et même si au fond de nous, on veut croire que c’est encore une fois « une manière de négocier », ça n’est pas simple d’imaginer que Trump va une nouvelle fois nous faire un 180 degrés et revenir en arrière sur ses menaces. Cette fois, il a l’air de vraiment vouloir faire main-basse sur le Groenland et ses dernières déclarations aux Norvégiens pour leur dire que « maintenant que personne ne lui avait donné le prix Nobel de la paix, il ne se sentait plus obligé de se concentrer sur la paix en question », n’est pas forcément la déclaration la plus encourageante que l’on pouvait rêver d’entendre. Certains se demandent même – après le Venezuela, s’il n’est pas temps d’aller observer les statistiques de ventes de pizzas autour du Pentagone, pour savoir si quelque chose n’est pas en train de se préparer, tant il est vrai que l’armée américaine ne devrait pas avoir trop de problèmes pour s’emparer du Groenland. Au moins ça leur ferait une guerre qu’ils ont gagné.
Les tensions dans la neige
Mais pour l’instant, tout ça n’est que spéculations et tergiversations. Trump est capable de dire tout et n’importe quoi – et même son contraire – en l’espace de 3 minutes, il n’est donc pas simple de savoir où nous en sommes et d’essayer d’en tirer des conclusions qui nous permettraient de savoir dans quelle direction va ou va aller le marché. Hier, clairement l’Europe n’a pas aimé les tensions et les menaces des deux camps. On rappellera que Trump veut taxer l’Europe de 10% de droits de douane si on ne lui donne pas le Groenland et du côté de l’Europe, on n’est pas trop d’accord. Certains sont encore moins d’accord que d’autres. Le banquier qui gère la France refuse de céder et demande à l’Europe de sortir les armes commerciales, mais l’Europe se trouve confronté à son propre problème de structure : ils ont incapables de se mettre d’accord.
Pour pouvoir lancer une réplique commerciale, ils devraient être tous d’accord. Les 27 membres. Et pour l’instant, c’est pas gagné. En attendant, la tension monte et on a à peine commencé à aborder le concept du Groenland que Trump lance son nouveau projet, le « Board of Peace » ou Conseil de la Paix. Ticket d’entrée pour les membres qui voudraient y participer : 1 milliard. Cash. Et quand on voit les clowns qui en font partie, ça fait super-cher la place. Tout ça pour être dirigé par Tony Blair. Quand on entend ce qu’on entend dans les médias, quand on subit la diarrhée verbale de Trump en permanence, on se demande quand est-ce que ça va se terminer et que l’on va pouvoir reprendre une vie normale. Malheureusement, j’ai peur que ça ne soit pas pour tout de suite, puisque non-content de faire son show depuis la Floride, voici que maintenant, il va tenir le crachoir à Davos.
Le Conseil de la Paix et le couteau sous la gorge
Nous voici donc à l’aube d’une nouvelle semaine de « bourse » où l’on va surtout parler de Trump. C’est le cas depuis 12 mois déjà, mais là depuis quelques temps, ça s’intensifie. À tel point que je me demande comment on a fait pour tenir 4 ans à l’époque. Il faut dire qu’au moins, à l’époque, on avait d’autres sujets qui venaient se greffer sur les tweets de Trump. Aujourd’hui nous avons atteint un niveau tel que bientôt plus rien d’autre ne compte que la parole du Président Américain. Et ça va continuer cette semaine puisqu’il ne vient pas à Davos pour faire du ski, mais pour régler ses comptes. Il veut en finir avec le Groenland et il veut boucler son histoire de Conseil de la Paix avant de repartir aux States. Il va tellement pomper l’air du monde entier pendant les quelques jours où il sera à la neige, qu’on se demande comment on va faire pour se concentrer sur les chiffres de Netflix et de 3M qui vont sortir aujourd’hui.
Pas besoin d’être un expert pour bien comprendre qu’hier les bourses européennes n’ont pas trop apprécié les déclarations du week-end. Les indices du Vieux Continent ont fini à la cave en prenant pour cible les valeurs qui étaient les plus exposées aux tarifs douaniers : le luxe, qui a fait naufrage comme un seul homme, personne n’a trouvé de canot de sauvetage et encore moins de gilets. Et puis, bien sûr, le secteur automobile. Après, on notera quand même que l’armement s’en est plutôt bien sorti parce « qu’on ne sait jamais », si tout ça part vraiment en guerre, va y avoir besoin de matos. Même si les vendeurs d’armes en question ont les carnets de commandes vraiment plein pour les 5 prochaines années. Oui, parce que n’oublions pas non plus que les pays européens ont envoyé du monde au Groenland pour « montrer qu’ils ne se laisseraient pas faire ». Les Allemands ont envoyé 15 soldats. Ils sont arrivés vendredi et sont repartis dimanche.
Mission accomplie
Selon le gouvernement ; la mission a été accomplie. Les Français sont 15 également, mais Macron semble vouloir rester sur place. C’est d’ailleurs ce qui est le plus frappant, d’un côté les Allemands ont l’air de vouloir jouer la désescalade alors que Macron est chaud comme une baraque à frites et il veut se confronter à Trump. Pendant que la France joue les rebelles et que l’Allemagne et l’Italie veulent « trouver des solutions », on notera que la Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre ont envoyé un soldat chacun. Et si ça se trouve c’est le même parce qu’il est tri-national. Bref, on est en train de rouler des mécaniques avec la géopolitique mondiale et on est en droit de se demander comment tout ça va se terminer.
En tous les cas, pour nous, pour les marchés, ça serait pas mal qu’on puisse passer à autre chose, parce que pour le moment, entre Martin Luther King Day et les délires de Trump sur Truth Social, on a de la peine à se concentrer sur l’essence même de la finance mondiale. L’Europe est donc dans le doute – moins que pendant Liberation Day – mais c’est pas simple quand même. Trump fera son GRAND DISCOURS ce mercredi et les quelques jours qu’il va passer dans la neige, s’il y a de la neige, devrait permettre aux marchés et aux intervenants d’avoir un sujet de discussion. Et puis peut-être qu’on aura 5 minutes pour parler des fondamentaux du marché, mais pour être franc, à l’heure actuelle, les fondamentaux du marché c’est Donald Trump et il va encore falloir composer avec pendant 3 ans, d’ici-là il devrait avoir annexé le Canada et le Mexique, tant que personne ne lui dit rien.
Et ce matin, on recommence
On ne parle que de ça dans les salles de marché ce matin : l’obsession de Trump pour le Groenland commence sérieusement à peser sur les actifs risqués. Faute de signaux venant de Wall Street hier, l’Asie a dû digérer seule les dernières sorties de la Maison-Blanche.
Trump ne lâche rien : et ce matin, il en rajoute une couche, puisqu’aux dernières nouvelles, l’homme aux cheveux de feu, estime que les Européens ne vont « pas beaucoup lui résister » au sujet du Groenland. L’appétit au risque est donc aux abonnés absents. Les Futures S&P lâchent déjà 1 %, signe que la tension est réelle. À Tokyo, c’est le grand ménage. La Première ministre Sanae Takaichi a jeté un pavé dans la mare en annonçant la dissolution du parlement pour vendredi, avec des élections anticipées le 8 février. C’était prévu et on s’y attendait. Mais comme d’habitude, on achète la rumeur et on vend la nouvelle. Ça plus le Groenland et Trump. Du coup, le Nikkei est en baisse de 1%.
Il faut dire que si le marché a d’abord aimé l’idée d’un nouveau stimulus fiscal, il s’inquiète désormais du financement. Le rendement du 10 ans japonais a franchi les 2.34% et le 30 ans frise les 3.85%, des niveaux que l’on n’avait plus vu depuis très, très longtemps. La Chine ne fait rien après ses chiffres d’hier et le KOSPI continue de monter à cause de l’IA qui reste – visiblement – le seul truc qui motive les investisseurs en ce bas monde. Ça et l’armement. Le pétrole est suspendu au milieu de nulle part à 59.31$, l’or est TOUJOURS UNE VALEUR REFUGE et se traite à 4’720$, l’argent frise les 95$ et le Bitcoin a les pieds dans le béton à 91’600$.
@RealDonaldTrump
Les marchés sont donc tétanisés parce que Trump va, a ou pourrait dire quelque chose et on ne vit que pour ça. Pour le moment. On attend tous le prochain épisode et personnellement j’en suis à rêver qu’il se passe vraiment quelque chose du côté des publications trimestrielles, ça nous permettra au moins de changer de sujet. Nous allons donc surveiller l’ouverture new-yorkaise, il faut tout de même noter que si l’on regarde toute cette histoire du côté des USA ; on retiendra quand même que plusieurs « experts » locaux ont quand même pris le temps de faire leurs devoirs et se sont souvenus que les Européens sont quand même des très gros prêteurs aux USA. Et que Trump ne devrait peut-être pas pousser le bouchon trop loin, parce qu’au cas où les politiciens locaux décidaient de prendre leur courage à deux mains et d’appuyer là où ça fait mal, ça pourrait aussi secouer du côté de la dette US.
En attendant, Macron a refusé de faire partie du Conseil de Paix de Trump et à l’heure où je vous parle, on ne sait pas si c’est qu’il ne veut vraiment pas en faire partie, ou si c’est juste qu’il n’a pas le cash dispo dans le budget de la France, depuis que Bruno Le Maire s’est tiré avec la caisse. Tout ça pour dire que là tout de suite, il faut s’asseoir dans un fauteuil, regarder ce qui se passe et se dire que « ce n’est qu’une série Netflix », personne ne peut croire que ça existe vraiment. Non, je dis ça parce que je pense sincèrement que si quelqu’un avait écrit le scénario de science-fiction que nous vivons actuellement, il se serait fait recaler de toutes les maisons de production qui lui auraient reproché à l’unanimité le manque de crédibilité de ce scénario….
Pour le reste qui n’intéresse personne
Aujourd’hui mis à part l’arrivée du Messie à Davos, il y aura le PPI en Suisse, le ZEW en Allemagne et rien de très sexy aux States. Pour ce qui est des chiffres du trimestre, il y aura 3M avant l’ouverture et Netflix après la clôture. Et puis en Europe, il y aura Porsche et Mercedes qui seront de sortie. Pour le moment, les US devraient ouvrir en baisse, mais pour le moment seulement, on ne peut pas exclure que Trump ne nous fasse pas une TACO dans les heures à venir.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais elles vont être longues ces trois prochaines années. Biden était nul, mais au moins on pouvait l’ignorer, lui. Passez une belle journée avec les yeux rivés sur Davos et moi je vous retrouve demain à la même heure…
Thomas Veillet
Investir.ch
“Be not afraid of growing slowly; be afraid only of standing still.” – Chinese Proverb