Depuis quelques jours, c’est officiel ; on se fout pas mal de la macro, de la micro, des taux d’intérêts et de la taille de costards de Jerome Powell. La seule chose qui nous intéresse, c’est Truth Social et les élucubrations de Donald Trump. On s’était pris une claque lors de la séance de mardi parce qu’on avait peur qu’il envahisse le Groenland pour faire un parc d’attraction et qu’au passage, il écrase l’Europe sous les taxes douanières. Mais depuis hier, c’est fini. Trump a parlé à Davos, il s’est fait Macron et ses lunettes, il a taclé discrètement la Suisse, il a dit qu’il ne ferait pas la guerre, puis il a « striké » un deal dont on ne connait rien et il a fait une TACO.
L’Audio du 22 janvier 2026
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Rétropédalage, buy the dip et rebond
Franchement, hier j’étais chaud ! J’ai suivi l’arrivée de Trump depuis qu’Air Force Deux a survolé l’Angleterre, j’ai essayé de trouver Marine One sur Flight Radar, j’ai regardé Trump descendre de l’hélicoptère et monter dans une Cadillac de dernière génération. Puis j’ai attendu en live comme un con devant un podium vide, ensuite j’ai regardé parler un gars dont j’ignorais l’identité qui nous annonçait l’arrivée de Trump et je me suis installé dans le canapé pour écouter ce qu’il avait de si important à nous dire et pourquoi il fallait absolument qu’il vienne au milieu des Grisons pour le faire…
Ensuite, je vous jure, j’ai vraiment fait l’effort de l’écouter pour essayer de comprendre ce qu’il voulait faire ou s’il voulait – en plus du Groenland – annexer la France et l’Allemagne. Et puis… je me suis endormi devant la télé. Sérieusement, je suis halluciné de voir que des gens ont été capable d’écouter ces borborygmes pendant plus de 5 minutes. Le gars est totalement hors sol. Il est le meilleur du monde après Dieu (et encore c’est même pas sûr, si on part du principe que Dieu n’existe pas), il nous a fait une leçon d’histoire pour nous expliquer que c’est presque grâce à lui que les Marines ont débarqué en 44 et que sans ça, on parlerait tous allemands – « ou un petit peu japonais » – même un gamin de 8 ans n’ose plus faire ce genre de référence. Et ensuite, il s’est moqué des lunettes de Macron – bon, ça c’était drôle – et ensuite c’était une longue litanie de platitudes qui étaient presque aussi chiantes que de lire guerre et paix en polonais et à l’envers. Ce qu’il faut retenir à la fin c’est qu’il ne veut pas envahir le Groenland et c’est un soulagement. Mais en revanche, il veut quand même bien qu’on le lui donne, tout simplement.
Le plan mystère
Bref, quand je me suis réveillé de ma sieste, j’ai appris qu’après son spectacle auquel j’aurais mis une étoile sur Tripadvisor, pour l’effort d’être venu se produire dans un pays et dans une région ou – justement, ils parlent allemand ou romanche – il a en plus rencontré un type qui s’appelle Mark Rutte, qui est le Secrétaire Général de l’OTAN et accessoirement ancien premier ministre néerlandais pendant 14 ans. Les deux hommes se sont parlés et apparemment, Trump en est ressorti avec une nouvelle victoire, puisque selon lui, ils ont réussi à trouver un accord cadre sur le Groenland. Personne ne sait ce que ça veut dire – c’est un accord secret pour l’instant – mais les bourses mondiales sont reparties à la hausse « en signe de soulagement ». Comme quoi, il ne nous en faut pas beaucoup pour retrouver la bullish attitude.
On ne sait rien, on ne sait même pas si l’OTAN à la moindre légitimité sur le Groenland et s’ils ont le moindre droit de prendre la moindre décision au sujet du Groenland et on ne sait surtout pas ce qu’ils se sont dit. Mais vu que Trump nous a de nouveau fait un rétropédalage magistral sur les droits de douane qui devaient prendre effet le premier février, tout ça a largement suffi au marché pour repartir de plus belle. Autrement dit, la science du DÉGONFLAGE, que l’on nomme également le TACO Trade a encore une fois fonctionné. Le S&P a repris 1.16%, le Nasdaq remontait de 1.18% et en Europe, on a limité la casse en rebondissant durant la séance. Rebond qui devrait continuer aujourd’hui à voir la gueule des futures très tôt ce matin.
TACO
Donc, en résumé, Trump nous a refait une TACO Trade, l’acronyme préféré de Wall Street est de retour – Trump Always Chickens Out fonctionne toujours. Si l’on prend un tout petit peu de recul sur ce qui a été annoncé de « concret » hier, il faut tout de même bien reconnaître que l’on n’en sait pas plus et qu’on est remonté sur pas grand-chose. Pour ne pas dire rien du tout. Alors ne vous méprenez pas, ça me fait super-plaisir que ça remonte. En revanche, ce qui m’inquiète pas mal, c’est que le marché est devenu totalement toxico dépendant d’un mec qui est TOTALEMENT et FONDAMENTALEMENT ingérable et qui est capable de péter un plomb sur tout et n’importe quoi.
Aujourd’hui, le marché réagit et fonctionne en liaison direct avec les caprices du Président Américain. Parce que soyons francs ne serait-ce que 5 minutes. Je crois que tout le monde se rend compte que le type est bordeline et qu’il peut déclencher une guerre ou une guerre commerciale si on ne lui donne pas ce qu’il veut. J’ai connu des gosses de 2 ans et demi qui ne se comportaient pas différemment dans un magasin de jouets quand on leur refusait un cadeau. Sauf que là, Trump dit tout et n’importe quoi et on le prend au sérieux. Les médias dissèquent tout ce qu’il dit comme si tout était réfléchi et que le gars était vraiment intelligent, brillant et fin stratège. On dirait que tout le monde écoute Trump religieusement mais qu’en fait à l’intérieur, tout le monde est terrifié de ce qu’il pourrait se passer si on venait à le vexer.
En conclusion, hier les marchés sont remontés parce que Trump a « trouvé un accord mystérieux sur le Groenland et qu’il s’est encore fois dégonflé avec ses menaces de tarifs douaniers. On en est là. En gros, dorénavant, si la VIX explose parce que la Maison Blanche menace d’envahir la Lune, n’ayez pas la main tremblante. Achetez le « dip » ! Il va « se dégonfler » dans les 24 heures. C’est épuisant, mais c’est devenu un indicateur technique à part entière. Moi je vous le dis, on se réjouis de sa prochaine intervention à Davos, vu qu’il n’y a plus que ça qui compte.
Il y a une vie en dehors des Grisons
Mais heureusement pour nous, même si c’est moins populaire, il se passe quand même de trucs en dehors des gesticulations et des punchlines merdiques de Trump. Pendant que le président joue avec le Groenland et ses terres rares, la « vraie » économie tente de s’exprimer et il faut reconnaître qu’on a eu des bons chiffres chez Citizens Financial qui a pulvérisé les attentes avec des bénéfices en hausse de 31 %. Le secteur a repris 4.7% et on ne parle plus du tout, mais alors PLUS DU TOUT des taux débiteurs des cartes de crédit capés à 10%. Le gaz naturel est en hausse et les chiffres d’Halliburton aussi, tout va bien. En France, Danone nous a fait une « Nestlé » et ont rappelé un lait pour bébé, le titre s’est fait défoncer de plus de 8% et affiche fièrement sa pire journée depuis 1989. Et puis Berkshire Hathaway se demande s’il n’est pas temps de se débarrasser de leur position en Kraft. Rien que le fait d’y penser a fait plonger le titre de 5.7%. Il y avait aussi Johnson & Johnson, qui nous ont sorti le grand jeu avec des résultats records et un futur 2026 radieux, mais l’action perdait 0,09 %. C’est le syndrome du gamin gâté : Wall Street reçoit un lingot d’or en cadeau et râle parce qu’il y a une trace de doigt dessus.
Et puis s’il y a une chose qui va bien, c’est les semiconducteurs. Ce secteur c’est le seul truc qui semble immunisé contre ABSOLUMENT TOUT ! Hier Intel a littéralement explosé de plus de 11%. Il y a des upgrades dans tous les coins. Ses serveurs sont « sold out » face à la déferlante de l’IA et son nouveau procédé « 18A » semble enfin capable de défier les lois de la physique. Après des années de régime sec, Intel redevient le chouchou du marché, porté par des prévisions 2026 radieuses et un soutien du gouvernement. Le gouvernement qui doit déjà faire 100% sur sa participation. AMD explosait aussi parce que tout le petit monde de l’analyse financière pense que ça va être le carton plein sur le trimestre. AMD publiera le 3 février et Intel, ce soir. Dans la foulée de ces deux-là et du récent délire de Micron, le SOX terminait en hausse de 3.18% et finit au plus haut de tous les temps, au-dessus des 8’000. Comme quoi il y a deux salles deux ambiances : le Groenland, Trump qui agite les bras et qui raconte n’importe quoi et les semiconducteurs qui sont dans un autre monde. Un monde d’IA, de robots et de futur où Donald Trump ne sera plus là.

On parle plus de l’obligataire
Avec le TACO trade d’hier, on ne parle plus des problèmes obligataires du Japon et de ce que ça peut avoir comme conséquences de par chez nous. Le Nikkei prenait 2%, le KOSPI aussi – semiconducteurs obligent – Samsung et Hynix ont bondi ENCORE de 3 % à 4 % parce qu’ils ont décidé de réduire leur production pour faire grimper les prix. C’est la vieille technique du « plus c’est rare, plus c’est cher », et ça marche à tous les coups sur les marges. Il y a aussi les robots de Hyundai : Hyundai Motor a atteint un record grâce à ses avancées dans l’IA physique et la robotique. Et puis au Japon on attend la BOJ. La Banque Centrale Japonaise qui se réunit dès ce matin et pendant deux jours. Les analystes prévoient un gel des taux jusqu’à la mi-2026. En revanche, du point de vue macro, les exportations vers les US toussent un peu, mais la demande locale semble enfin se réveiller. Pendant que le reste de l’Asie fait la fête, Shanghai et Hong Kong traînent la patte, entre l’incertitude commerciale globale et des résultats d’entreprises décevants, les investisseurs chinois ont l’enthousiasme du Groenland qui va devoir apprendre The Star-Spangled Banner, ainsi que les règles du baseball et du foot US…
En Asie, on a bien compris que la diplomatie de Donald est un cirque total et permanent. Les investisseurs coréens et japonais ont décidé d’ignorer le bruit politique pour se concentrer sur ce qui compte vraiment : les puces IA et la robotique. C’est là que se fait la vraie richesse, pas dans les négociations sur le prix du mètre carré au Groenland. Pendant ce temps, le pétrole repart à la hausse à 60.66$ – j’espère qu’il ne va pas remonter trop vite et casser le discours de Trump qui nous pompe l’air depuis trois jours avec la baisse de son gallon, pendant que nous on se fait toujours balader par nos gentils gouvernements européens. L’or est à 4817$, l’argent à 93.50$ et le Bitcoin ne parvient pas à repasser au-dessus des 90’000$. Le rendement du 10 ans est de retour à 4.25% – les choses se calment et comme je le disais à propos du Japon, ce matin on a d’autres sushis à fouetter et on s’occupera des rendements du 10 ans qui est a 2.23% et du 40 ans qui est à 4%, plus tard…
Les tabloïds du jour
Pendant que tous les regards sont braqués sur Trump et qu’il n’y a pas des tonnes de news à se mettre sous la dent, l’ambiance s’est brutalement refroidie lors d’un dîner privé hier à Davos. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a quitté la salle en plein milieu du discours d’Howard Lutnick, Secrétaire au Commerce américain. Et ceci après une charge frontale de Lutnick critiquant le manque de compétitivité de l’économie européenne face à la puissance américaine. Un discours jugé méprisant, pointant du doigt les faiblesses structurelles de l’Europe. Des huées ont été entendues dans la salle, notamment de la part d’Al Gore (qui est sûrement venu en jet privé) et un malaise général était palpable parmi les dirigeants européens présents. Lagarde a, par la suite évoqué l’émergence d’un « nouvel ordre mondial ». Elle appelle l’Europe à réviser radicalement son organisation économique et à privilégier des alliances avec ceux qui respectent les mêmes règles du jeu, dénonçant un comportement « non allié » de la part des États-Unis.
En résumé, malgré les droits de douane qui sont tombés (pour le moment, parce qu’avec l’autre girouette, on ne sait jamais), ce n’est plus seulement une divergence de politique monétaire, mais une véritable rupture géopolitique. L’Europe semble prête à entamer un pivot stratégique pour protéger ses intérêts face à un allié américain jugé de plus en plus agressif commercialement. Et verbalement. Nous avons donc un marché toxico-dépendant des caprices de Trump, qui achète chaque « dégonflage » après avoir tremblé sur des menaces lunaires. Et pendant que Lagarde acte la rupture géopolitique en claquant la porte de Davos, la solidité des semis et des résultats bancaires rappelle qu’il reste un semblant de réalité économique derrière le cirque médiatique. C’est épuisant, mais la stratégie est claire : si la VIX explose sur une provocation, achetez le dip, car le rétropédalage n’est jamais loin. On reste bullish par défaut, mais avec un œil sur la sortie de secours.
Du côté des chiffres…
Pour ce qui est des « trucs » qu’on doit observer ce matin, nous aurons toujours le World Economic Forum à Davos, le FAMEUX chiffre de l’inflation, le PCE qui d’habitude excite tout le monde, mais que là, on s’en fout à cause que Trump il pourrait parler à Davos. Et puis, côté earnings, il y aura Procter et Gamble, GE, Capital One, Freeport McMoran et Intel.
Actuellement, les futures sont en hausse de 0.11% et l’Europe devrait ouvrir en hausse. Méfiance quand même parce que rien n’est signé, rien n’est acquis et le Groenland est toujours sous domination danoise. Pendant que Lagarde fait la gueule, il n’est pas exclu que le comique de la Maison Blanche nous en refasse une…
Passez une excellente journée et à demain pour boucler la semaine !
Thomas Veillet
Investir.ch
“Great things are done by a series of small things brought together.” – Vincent Van Gogh.