On a tous bien compris que la méthode de Trump jusqu’à la fin de l’année sera d’inonder les médias d’informations, de tweets, de déclarations, d’interviews ou de punchlines sur des sujets divers et variés afin d’occuper le terrain et de faire croire qu’il est VRAIMENT en train de changer les choses. Je ne sais pas s’il change les choses où s’il va changer les choses. Mais par contre, il y a une chose que je sais, c’est qu’en ce qui nous concerne – dans le monde de l’investissement – on s’adapte. La première fois, on flippe, on panique, on doute. Et puis on se rend compte que plus de la moitié de ce qu’il dit, c’est du pipeau, et du coup, on ressort le bon vieux concept du « buy the dip ».

L’Audio du 13 janvier 2026

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Du vent et de l’esbrouffe

Oui, le bon vieux « buy the dip » est de retour. Celui qui a émaillé nos séances de 2025 est toujours là, bien présent et toujours prêt à faire le job à la première occasion. Hier nous avons entamé la journée avec des futures au fond du bac et l’angoisse de voir le FBI faire un raid à la FED pour arrêter Powell. Et puis au fur et à mesure de la séance, on a commencé à réfléchir. Et puis on a racheté en se disant que cette attaque fomentée par Trump ou pas, puisqu’il dément être partie prenante – même s’il y a des faisceaux d’indices qui ne laissent pas trop planer de doutes – cette attaque ne changera pas grand-chose à la politique de la FED et ne devrait pas non plus forcer Powell à baisser les taux plus vite en échange. En effet, le temps de poursuivre et de traîner le patron de la FED devant une cour de justice, il est probable qu’il soit déjà parti à la retraite et remplacé par un des potes de Trump.

Du coup, les marchés sont remontés et les politiciens sont remontés puisque lorsque l’on fait un peu le point sur la situation et les attaques de mauvaise foi contre Powell de ces 12 derniers mois, certains législateurs américains commencent à en avoir marre de ce sketch et menacent de mettre les pieds au mur pour les prochaines nominations prévues à la FED. On commence quand même – même au Sénat – à s’inquiéter du fait que la Maison Blanche ait un peu trop son mot à dire dans la politique monétaire et que la disparition de la « fameuse » indépendance de la FED pourrait quand même être un problème un peu trop dangereux pour qu’on l’ignore.

Rebond pour record

Une fois que nous eûmes digéré la nouvelle de Powell et commencé à admettre qu’après tout, ça ne serait pas si terrible que ça, les marchés sont repartis de plus belle. Au point le plus bas de la séance, le Dow Jones reculait de 1% et pour finir, il terminait en hausse de 0.17% au plus haut de tous les temps. Le mouvement était plus ou moins similaire sur le S&P500 qui, lui aussi terminait à des niveaux jamais vus en clôture. Le cas « inculpation de Powell » n’est donc pas complètement réglé, mais disons qu’il est parfaitement géré par les intervenants et qu’au pire, ça pourrait même se retourner contre Trump. Enfin, se retourner contre lui, s’il y avait vraiment intention de nuire. En effet, l’acharnement qui est constaté actuellement à l’encontre de Powell, commence à fatiguer tout le monde. À commencer par le monde merveilleux de la finance, mais aussi du côté de la politique, sans compter que dès que l’on gratte un peu sous le vernis, les argumentaires de Trump pour faire dégager Powell sont clairement tirés par les cheveux, pour ne pas dire complètement bidons.

Prenons deux exemples de reproches qui sont faites à Powell ; le premier exemple, c’est Trump qui couine depuis des mois que Powell ne baisse pas les taux assez vite et qu’il freine l’économie. Il a même affublé Powell d’un surnom : « too late » (trop tard). Mais la réalité c’est que Powell a sagement ignoré les tweets assassins en attendant que l’inflation se calme. L’inflation s’est calmée, mais pas autant que ce qu’on aurait voulu et si Powell avait écouté le Président, les Américains ne paieraient plus leur café avec des dollars, mais probablement avec des brouettes de billets de 100. L’autre critique que l’on entend régulièrement c’est Trump qui affirme qu’en passant à des taux à 1%, on économiserait 1 milliard de dollars par jour d’intérêts. C’est audacieux, c’est vendeur, mais c’est surtout… complètement faux. Trump semble penser que toute la dette américaine se renégocie chaque matin à l’heure du petit-déj. En réalité, seulement 6’500 milliards (une bricole à l’échelle des 39’000 milliards de dette) sont à court terme. Le reste de la dette est coincé dans des obligations à 10 ou 30 ans. Dire à un investisseur qui détient un bon à 30 ans que son taux tombe à 1% parce que « le Président l’a dit », c’est un concept intéressant qu’on appelle de la répression financière. Pour faire simple, Trump dit n’importe quoi pour essayer de faire tomber Powell et ça commence à se voir. Ça commence à se voir et le marché l’a bien compris hier.

Les cartes de crédit, c’est du pipeau aussi

Et l’autre sujet d’hier – en plus de Powell – c’est la thématique des cartes de crédit. On s’en souvient, l’autre coup d’éclat du week-end, c’est le Président Américain (oui, encore lui) qui veut « caper » les taux des cartes de crédit à 10%. Socialement très responsable et d’une bonté inouïe vis-à-vis des gens qui sont endettés, mais qui n’a pas fait plaisir aux usuriers qui gèrent ce business. Bread Financial a coulé de 11 %, Synchrony Financial a lâché 8,4 %, Capital One a trébuché de 6,4 %, American Express a perdu 4,3 %. Et Visa et MasterCard ont perdu plus ou moins 1.6 et 1.8% respectivement. L’onde de choc ne s’est pas arrêtée pas aux cartes de crédit ; elle remonte jusqu’aux poids lourds de Wall Street : JPMorgan (-1,4 %) et Citigroup (-3 %) sont entraînés dans la chute. Le timing est parfait : JPMorgan doit ouvrir le bal des résultats du 4ème trimestre ce mardi, suivi de Citigroup mercredi. Autant dire que les analystes vont passer un moment… « sportif ». Trump veut « aider le pouvoir d’achat », mais pour les banques, passer d’un taux habituel (souvent supérieur à 20-25 %) à 10 %, c’est un peu comme demander à un restaurant étoilé de vendre ses menus au prix du McDo pendant un an.

Et puis faire des promesses et des déclarations « CHOC », c’est bien. Mais si on creuse un peu dans la réalité des choses, dans l’aspect légal et financier, ça n’est pas si simple. Trump veut plafonner les taux à 10 %, mais il n’a aucun pouvoir légal pour l’imposer seul par décret. Une telle mesure nécessite un vote du Congrès, où les lobbys bancaires feront barrage, et ferait face à des recours judiciaires immédiats pour ingérence dans des contrats privés. Si les banques ont plongé en Bourse hier, c’est par peur d’une guerre réglementaire et d’une baisse des marges, car un tel plafond rendrait les prêts aux clients risqués impossibles à rentabiliser. En clair : c’est une promesse choc très difficile à tenir techniquement, d’où l’ouverture en baisse et le recovery massif derrière. À la fin, on est au plus haut de tous les temps et on commence à se demander si les déclarations de Trump ne sont pas juste des effets de manche pour occuper le terrain. Je dis ça, parce que visiblement il n’a aucune stratégie pour le Venezuela, il n’a aucun pouvoir sur les dividendes des sociétés dans l’armement, il ne peut pas monter le budget de l’armée à 1’500 milliards tout seul dans la Maison Blanche et il ne peut pas faire ce qu’il veut de la FED. Pourtant, il continue de brasser de l’air avec des posts sur les réseaux sociaux et chaque post est suivi d’un autre post, pour noyer le poisson. En résumé, on a l’impression qu’il fait beaucoup de bruit mais qu’à la fin il n’y a rien de concret, ni rien de durable. Mis à part ses tarifs douaniers, tarifs qu’il vient d’ailleurs de re-dégainer pour menacer tout pays qui ferait du business avec l’Iran d’une surtaxe supplémentaire de 25%….

Disclaimer : oui, je sais que je vous gonfle avec Trump à toutes les sauces, mais je vous jure que moi aussi j’aimerais bien parler d’autre chose.

En Asie

Ce matin le Nikkei ne se contente pas de monter, il a littéralement explosé de plus de 3% pour atteindre un record historique à 53997 points. C’était un mélange de rattrapage après un long week-end et, surtout, des rumeurs d’élections anticipées prévues en février. La Première ministre Sanae Takaichi veut consolider sa majorité pour pouvoir arroser l’économie de stimulus budgétaires. Les investisseurs adorent l’odeur de l’argent public le matin, au point d’oublier les tensions diplomatiques avec la Chine. À Hong Kong on continue de surfer sur la vague de l’IA et le Hang Seng est au plus haut sur les deux derniers mois. Nouvelle IPO aujourd’hui, GigaDevice Semiconductor a réussi une entrée en bourse fracassante avec un bond de 50 % dès son premier jour de trading. BYD gagne plus de 3 %. L’Europe a lâché du lest en publiant des directives permettant aux constructeurs chinois d’éviter (sous conditions) les fameuses taxes d’importation. Ce qui a moyennement fait plaisir aux vendeurs de voitures en Allemagne.

Les quelques chiffres qu’il faut retenir ce matin c’est le baril qui est à 59.70$. Le WTI qui est sorti de son canal descendant. Et si vous cherchez un coupable, c’est les tensions en Iran qui continuent de générer des inquiétudes. Les déclarations de Trump (oui, encore lui) laissent à penser que son prochain objectif se trouve là-bas, pendant que Cuba est en train de tomber tout seul. Les tensions mondiales, la redistribution des cartes de la géopolitique mondiale et les incertitudes que cela génère, facilite également le travail du métal jaune qui ne cesse de battre de nouveau records. À l’heure actuelle, l’orest à 4’600$, l’argent est à 85.20$, le Bitcoin est à 92’000$ et le rendement des 10 ans se trouve à 4.17% aux USA et le Japon est à 2.14%, c’est un nouveau record.

Les nouvelles à retenir

Une des nouvelles du moment qu’il faut retenir et qui n’a rien à voir avec la politique ou la Maison Blanche, c’est Google qui a passé la barre des 4’000 milliards de valorisation, ils rejoignent Nvidia, et tout ça grâce à l’IA et à Gemini. Hier c’est la nouvelle d’un partenariat avec Apple pour intégrer Gemini dans SIRI d’ici la fin de l’année qui a permis à Google de passer le rubicond. Les intervenants se demande d’ailleurs si ça n’est pas LE SIGNE qu’on attendait sur Apple, le signe qui nous fait comprendre qu’Apple est en train de vraiment prendre l’IA au sérieux. Il y a déjà des bruits de couloir qui laissent à penser que cette news est peut-être le top départ qu’Apple attendait pour rattraper le retard accumulé, tant en performance qu’en technologie.

Depuis Shanghai, Sergio Ermotti – le patron d’UBS – a mené une offensive sur deux fronts lors d’une interview accordée à Bloomberg TV : il dénonce les nouvelles exigences de fonds propres en Suisse, jugeant qu’elles vont « trop loin » et menacent le modèle d’UBS. Pendant qu’il brandit implicitement la menace d’un départ vers les USA pour faire plier Berne, il mise tout sur l’Asie, moteur de 30 % de ses profits. Le plan est clair : recruter 100 banquiers privés, émettre un « Panda Bond » en Chine et finaliser l’intégration de Credit Suisse avec moins de 3’000 licenciements restants. En bref, Ermotti demande à la Suisse de le laisser grandir sans lui mettre des bâtons dans les roues, histoire de remettre une couche de pression sur les autorités helvétiques.

Pour le reste

Pendant que Wall Street continue d’analyser le cas Trump contre la FED et que tout le monde se demande si les 7’000 sur le S&P, c’est pour ce soir. On attend également pas mal de choses en ce mardi 13 janvier. À commencer par la saison des résultats trimestriels qui commence. JP Morgan, Bank of New York/Mellon et Delta vont essuyer les plâtres des chiffres du Q4 2025. Il y aura ensuite les chiffres du CPI et du CORE CPI. Les deux sont attendus à 2.7% sur base annuelle et à 0.3% sur le mois. Si c’est en ligne, c’est merveilleux, si c’est – ne serait-ce que légèrement en-dessous – c’est carrément fantastique.

Le marché semble avoir enfin décodé la « méthode Trump » : beaucoup de bruit médiatique et de punchlines choc, mais peu de bases légales immédiates. Qu’il s’agisse de l’offensive contre Powell ou du plafond de 10 % sur les cartes de crédit, les investisseurs ont racheté les « DIPS », comme on dit là-bas. Ils ont transformé la panique initiale en nouveaux records historiques pour le Dow Jones et le S&P 500. Pendant que Washington s’écharpe, l’Asie explose avec un Nikkei au zénith et une IA chinoise en pleine effervescence. Entre le franchissement des 4’000 milliards de dollars par Google et l’attente fébrile des résultats de JPMorgan, Wall Street choisit d’ignorer « le bruit politique » et les vociférations de Trump pour se concentrer sur les fondamentaux et le « buy the dip » – encore une fois, comme en 2025, les années passent, la stratégie reste la même. Pour le moment. En bref, malgré le vacarme de la Maison-Blanche, la finance garde le cap des records, portée par la technologie et une résilience à toute épreuve.

Nous on se retrouve demain à l’heure du café pour revenir sur les chiffres du CPI et ses conséquences ! Soyez forts, soyez résilients et rachetez sur faiblesse, c’est comme ça que ça marche en ce moment.

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

“Everyone seems to have a clear idea of how other people should lead their lives, but none about his or her own.”
― Paulo Coelho