La semaine aurait dû commencer en roue libre parce que les Américains sont fermés pour fêter Martin Luther King. Sauf qu’il y a un Américain qui ne dort jamais et qui ne prend jamais de congé et que, pas de bol, cet Américain-là, c’est le Président. La dernière idée de génie en date de POTUS, c’est donc de coller des droits de douane à tous les pays européens que ne sont pas d’accord avec son idée de transformer le Groenland en nouvel état de la bannière étoilée – va d’ailleurs falloir rajouter plein d’étoiles, à ce rythme-là. Entre le Venezuela, Cuba et l’Iran. Les tensions entre les USA et l’Europe sont donc à leur apogée et l’ouverture sur le Vieux Continent va s’en ressentir.

L’Audio du 19 janvier 2026

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La semaine aurait dû commencer en roue libre parce que les Américains sont fermés pour fêter Martin Luther King. Sauf qu’il y a un Américain qui ne dort jamais et qui ne prend jamais de congé et que, pas de bol, cet Américain-là, c’est le Président. La dernière idée de génie en date de POTUS, c’est donc de coller des droits de douane à tous les pays européens que ne sont pas d’accord avec son idée de transformer le Groenland en nouvel état de la bannière étoilée – va d’ailleurs falloir rajouter plein d’étoiles, à ce rythme-là. Entre le Venezuela, Cuba et l’Iran. Les tensions entre les USA et l’Europe sont donc à leur apogée et l’ouverture sur le Vieux Continent va s’en ressentir.

MLK vs Trump

Le scénario est digne d’un roman d’espionnage, mâtiné d’une bonne grosse magouille politique comme on les aime. Il faut se rendre à l’évidence, même si au début on croyait qu’il plaisantait : Trump veut le Groenland — pour ses minerais, pour contrer l’ombre de Pékin et de Moscou, et pour marquer l’histoire. Face au refus catégorique du Danemark, la Maison-Blanche a donc décidé de changer de méthode. Et pour ce faire, on ressort la bonne vieille stratégie des tarifs douaniers. En plus la cour suprême n’a pas l’air d’être pressée de rendre son jugement, puisque vendredi elle nous a encore planté et qu’il va encore falloir attendre. On parle de mardi, mais là tout de suite, plus personne n’y croit, on se concentre sur la nouvelle attaque frontale du Président Américain.

Donc, dès le 1er février, huit pays européens (dont les poids lourds comme la France, Allemagne ou l’Angleterre) verront leurs produits taxés à 10 % à l’entrée du sol US. Le message est limpide : « Vous voulez soutenir le Danemark, pas de problème, c’est vous qui paierez la facture ». Et pire, si rien ne bouge d’ici le 1er juin, si aucun accord n’est trouvé pour livrer les clés du Groenland sur le palier la Maison Blanche, la taxe passera à 25 %. C’est une prise d’otage économique pure et simple. Encore une. C’est assez drôle, parce qu’aujourd’hui c’est Martin Luther King Day et que lorsque l’on se souvient des valeurs qui étaient prônées :

– La non-violence active, autrement dit ; briser le cycle de la haine par l’amour et la résistance.
– La justice et l’équité ; l’égalité des droits et la fin de toute forme de ségrégation, qu’elle soit raciale ou économique.
– Et la « Beloved Community » ; une fraternité universelle où la dignité humaine prime sur la couleur de peau ou l’origine.

Eh ben on peut se dire que les méthodes ne vont pas vraiment dans la même direction. Ou plutôt carrément, dans la direction opposée.

L’ouverture chahutée

Donc, même si Wall Street reste fermé ce lundi pour le Martin Luther King Jr. Day, les futures ne mentent pas : ça risque de secouer. Si l’on en croit les futures américains, c’est la débandade : Le Nasdaq recule déjà de -1,20 % et le S&P 500 de -0,87 %. Et on parle d’une ouverture en baisse de 1.4%. Quand la guerre commerciale reprend de plus belle entre soi-disant alliés, les marchés financiers ne sont pas fans. Maintenant, avant de rentrer totalement en mode panique en l’absence des Américains, on va tacher de ne pas oublier comment on s’est fait défoncer en avril dernier lors de Liberation Day et le rebond phénoménal qui s’en est suivi – même si oui, c’est pas facile de se rappeler des choses qui se sont passées il y a aussi longtemps.

Le début de journée risque donc d’être compliqué en Europe, surtout que les pays concernés par les menaces de Donald ne semblent pas prêts à courber l’échine. Le Roi de France, l’homme le plus détesté de la planète, a demandé à l’Europe d’utiliser le fameux « Bazooka » économique pour répliquer aux exigences du Président Américain. L’Europe n’est pas d’accord d’attaquer frontalement pour le moment et veut privilégier la « diplomatie » et même Meloni qui est plutôt pro-Trump, veut tenter d’user de son influence pour calmer le jeu. On peut toujours rêver de croire que quelqu’un sur cette Terre est capable de faire changer d’avis Donald Trump et on peut aussi toujours espérer qu’il change d’avis dans les 24 heures, puisque c’est aussi ce qu’il fait de mieux, juste après coller des tarifs douaniers à tout le monde dès qu’il est contrarié.

En Asie, la Chine tient le coup

Pendant que Wall Street dort paisiblement pour le MLK Day, l’Asie s’est réveillée avec une gueule de bois géopolitique. Les traders de Tokyo et Hong Kong ont ouvert leurs terminaux sur une déferlante de rouge : le « chantage au Groenland » n’est plus une rumeur, c’est une réalité. Dès l’ouverture, l’ambiance était lourde. Le Nikkei en baisse de 1% et le Hang Seng ont immédiatement piqué du nez. Le marché tente de décrypter la psychologie de Trump. La menace de porter les taxes à 25 % sur l’Europe a résonné jusqu’à Singapour et bien au-delà. Dans les salles de marché, on reparle de « l’option militaire » et du précédent vénézuélien de début d’année. Résultat, on assiste à une ruée vers l’Or historique, qui vient de encore de pulvériser ses records. Tout comme l’argent. On ne cherche plus le profit, on cherche à se planquer quelque part tant qu’on n’y voit pas plus clair.

Au milieu de ce chaos, une poche de résistance inattendue a surgi en Corée du Sud. Alors que tout le monde vendait, le KOSPI coréen a décidé de faire de la résistance, parce que le business n’attend pas la politique et encore moins le business des semi-conducteurs. Micron a posé 1,8 milliard de dollars sur la table pour racheter une usine à Taiwan. Un signal électrique qui a propulsé Samsung et SK Hynix à la hausse. C’est l’ironie du jour : le secteur des semi-conducteurs prouve que, même sous la menace d’une guerre commerciale mondiale, la machine technologique continue de tourner tant et plus, parce que personne n’arrête la marche ne avant de l’IA. Pendant ce temps, Pékin a tenté de rassurer la galerie en publiant ses chiffres de 2025. Le verdict tombe : 5 % de croissance. L’objectif est atteint, le contrat est rempli. Mais quand on gratte le vernis, le tableau est moins glorieux. Si la Chine tient, c’est grâce à ses usines qui tournent à plein régime pour l’export. À l’intérieur, le consommateur chinois, lui, il fait le mort. Les ventes de détail déçoivent. C’est une victoire statistique, mais pas de quoi non plus se rouler par terre de joie. L’or est donc à 4’677$, l’argent est à 93.50$, le pétrole se traite à 59.37$ et le Bitcoin est à 92’500$. Le rendement du 10 ans US est à 4.24% et le 10 ans japonais offre du 2.27%… Du côté obligataire, c’est « toujours plus haut » pour ce qui est des rendements.

Trump toujours

Les marchés mondiaux sont donc un tout petit peu angoissés par la nouvelle vague de tarifs made in Donald Trump et c’est pas le meilleur moyen de commencer la semaine. Cependant on va reparler des tarifs ces prochain jours, parce que la Cour Suprême – toujours et encore elle – pourrait rendre son verdict au sujet la valeur légale des tarifs douaniers (je dis bien POURRAIT, vu qu’elle nous balade depuis une semaine). La croissance mondiale est désormais prise en otage par la Cour US. Tant que les juges n’auront pas tranché sur les pouvoirs de Trump, chaque tweet sera un stimulus supplémentaire pour tenter de redonner ses lettres de noblesse à Dame Volatilité.

Si la Cour valide ses pouvoirs, Trump aura les mains libres pour remodeler le commerce mondial à coups de tweets.

S’il perd, c’est le chaos juridique : des milliards de dollars de remboursements de tarifs perçus depuis 2025 pourraient être exigés. Trump lui-même prévient : « We’re screwed » (on est foutus) si les juges lui coupent les vivres. Mais en même temps, il pourra jouer les victimes et dire que c’est tout de la faute des juges qui l’ont empêché de rendre l’Amérique Great Again, il sera un martyr.

Nous nous retrouvons donc ce lundi matin avec les marchés qui se demandent si cette guerre commerciale entre anciens alliés est vraiment une réalité ou si l’auteur « de l’art du deal » continue de mettre en pratique les techniques qu’il a expliqué dans son bouquin et qu’une fois qu’il aura obtenu que Macron mette un genou à terre, il nous fera une volte-face dont il a le secret. En attendant, l’Europe va vivre un début de journée un peu sportif et il va falloir composer avec. Entre ça et l’absence de volume, on risque d’avoir un réveil un peu difficile, mais en même temps, lorsque voit les indications données par les futures, on ne parle pas encore de krach boursier. Pour autant que la notion de krach existe encore à l’heure actuelle, heure où l’ensemble du marché a été coaché au « buy the dip » depuis sa plus tendre enfance.

La semaine qui nous attend

Au-delà de ce lundi matin, on va devoir reparler de Trump toute la semaine – encore – puisque le Président Américain sera en Suisse pour le World Economic Forum – à moins que, au vu de comment l’agenda a été remanié pour faire plaisir au Président Américain, on peut se demander s’il ne faudrait pas changer de nom et l’appeler le Trump Economic Forum. Toujours est-il « qu’IL » sera là, et le monde l’écoutera, puisque visiblement, c’est lui qui dicte le rythme de la planète en ce moment. Autrement on aura droit aux chiffres du PCE en fin de semaine, le dernier chiffre qui pourrait éventuellement peut-être faire changer d’avis la FED avec son statuquo au niveau des taux d’intérêts. Sans oublier la suite de la saison des chiffres trimestriels qui continue.

Conclusion

La semaine s’ouvre sur un paradoxe total. Alors que les États-Unis célèbrent l’héritage de Martin Luther King — un homme qui a sacrifié sa vie pour la cohésion et la justice — Donald Trump utilise ce jour de repos pour dynamiter la solidarité transatlantique.

Les trois points à retenir pour la suite des opérations :

Tout d’abord, le chantage au Groenland est la nouvelle norme : Ce n’est plus une simple provocation, c’est une stratégie de « levier » brutale. En ciblant les alliés de l’OTAN (France, Allemagne, UK en tête) avec une menace de 25 % de droits de douane, Trump force l’Europe à choisir entre sa souveraineté territoriale et sa survie économique sur le marché US.

Ensuite, il y aura, l’attente insupportable de la Cour Suprême : Tout le système financier est suspendu au verdict sur la loi IEEPA. Soit les juges coupent les ailes de Trump (provoquant un chaos juridique monstrueux), soit ils lui donnent les pleins pouvoirs, transformant chaque tweet en un séisme potentiel.

L’ombre de Davos (ou du « Trump Economic Forum ») : Dès demain, la Suisse devient le centre du monde, et nous verrons Trump faire sa propagande au milieu des pistes de ski et le marché va surveiller si les leaders européens (Macron et son « Bazooka ») vont vraiment monter au front ou si, une fois de plus, ils finiront par se coucher face à l’imprévisibilité du locataire de la Maison-Blanche.

Passez une bonne journée et on se retrouve demain pour de nouvelles aventures. Et un vrai début de semaine avec le retour des Amércains, soyez forts et à mardi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“You cannot change what you refuse to confront”