On le sait tous, depuis des mois – peut-être même des années, nous avons pris l’habitude de voir le verre à moitié plein. Même quand il y a des mauvaises nouvelles, ça ne dure jamais longtemps, puisque nous nous sommes auto-convaincus que quoi qu’il arrive, soit la FED va baisser les taux, soit elle trouvera un moyen de nous sauver les fesses. Depuis que Trump est arrivé au pouvoir (encore une fois), les choses se sont un peu compliquées, au vu de l’imprévisibilité du Monsieur. Mais ce que l’on retient quand même de ces trois derniers jours, c’est que « les bonnes nouvelles » sont quand même nettement plus efficaces que les mauvaises.

L’Audio du 23 janvier 2026

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Rebond fois deux

Lors de la séance de mercredi, les acheteurs avaient fait leur retour, tout frétillants qu’ils étaient parce que le bon Président avait trouvé une solution pour mettre les pieds au Groenland sans que ça pose de problèmes aux Européens et qu’en échange, il ne leurs colleraient pas une salve de droits de douane dont il a le secret. L’épisode Groenland semblait donc finir en happy end et la correction post-Martin Luther King Day était déjà oubliée à la clôture d’hier soir, puisque le Dow Jones a même – pendant un instant – touché le plus haut de tous les temps du bout des doigts, avant de rendre les armes avant la clôture. Ça ne sera pas pour cette fois, je suis sûr que ça n’est que partie remise.

Donc hier nous avons surfé sur la vague de l’accord de paix de la non-guerre du Groenland. Je dois vous avouer que je suis assez bluffé par la résilience de ces marchés. Nous avons une facilité inouïe à paniquer dès que l’on sent le vent du boulet, mais en revanche, dès que le ciel se découvre, on repart à l’assaut comme si de rien n’était et surtout comme si – soudainement – tout allait bien. Non. Ça n’est pas ça, c’est plutôt comme si TOUT ALLAIT MIEUX. En fait, on part d’une situation merdique, on panique, on ne règle pas vraiment le problème qui nous fait paniquer, mais quand on remonte pour revenir à la situation merdique, elle est toujours merdique, mais on la voit moins pire qu’avant. C’est exactement où nous en sommes. La géopolitique mondiale est dans une merde noire, mais comme Trump n’a pas envahi le Groenland, on trouve que ça va quand même pas mal.

Soulagement euphorique

Donc on était de bonne humeur mercredi et on a décidé de continuer à être de bonne humeur ce jeudi, pendant que le Président Trump transformait le World Economic Forum en un nouveau truc qui s’appellera le Trump Economic Forum, pour les 3 prochaines années. Klaus Schwab doit se retourner dans sa tombe tellement Trump fait ce qu’il veut là-bas. Ah non, zut, Schwab est pas mort. Bon, ben il doit se retourner dans son lit alors. Bref, au-delà de l’aspect de l’indicateur Trump qui pousse les marchés à la hausse – puisqu’il a quand même dit que le Dow Jones allait doubler très très rapidement, il y avait quand même quelques données économiques qui ont été publiées qui laissent à penser que l’économie américaine va plutôt bien. Le PIB US a déclaré un bon 4.4% de croissance. Oui, vous avez bien lu. On nous prédisait la fin du monde, et les mecs te sortent une croissance digne d’un pays émergent qui prend des compléments alimentaires.

Et le pire c’est que dans tout ça, le moteur c’est encore une fois la consommation qui est en hausse de 3.5%. L’Américain moyen est donc capable de dépenser de l’argent qu’il n’a pas pour acheter des trucs dont il n’a pas besoin, même avec des taux d’intérêt qui font très mal parce que la loi Trump n’est de loin pas encore signée. C’est fascinant. Octobre et novembre ont été un véritable festival de cartes bleues. On nous a bassiné tout l’automne avec les « vagues de licenciements massifs » dans la tech et ailleurs. Résultat ? Les inscriptions au chômage sont à 200’000. C’est dérisoire. Alors c’est vrai, les entreprises ne créent plus des masses de jobs, mais elles gardent leurs salariés comme si c’était des lingots d’or. On appelle ça le « labor hoarding ». En gros, les patrons ont tellement galéré à recruter après le Covid qu’ils préfèrent garder du staff inutile, plutôt que de risquer de ne trouver personne quand ça repartira. Je dois vous avouer que c’est quand même étonnant, si l’on se concentre sur l’emploi de ces 12 derniers mois, on peut n’en conclure que deux hypothèses. Première hypothèse ; les Américains sont dans le déni et continuent d’emprunter comme si tout allait bien en se disant : « je rembourserai plus tard, en attendant, 25% d’intérêts débiteurs, c’est pas la fin du monde ». Ou, hypothèse numéro deux : les chiffres sont magouillés.

Le PCE

Et puis il y avait le PCE. Autrement dit : « l’autre mesure de l’inflation ». Alors elle c’est un peu comme quand un couple se sépare et qu’ils sont en colocation en attendant que celui qui se casse trouve un appart, mais qu’il ne veut pas vraiment partir. L’inflation, c’est pareil. On lui a fait la misère pour qu’elle retourne à 2%. Mais non. Rien à faire. Hier le PCE est remonté – oui, remonté – à 2.8%. Visiblement, personne n’a compris que c’est les 2% que l’on cherche depuis 5 ans, pas les 3% !!! L’inflation selon le PCE ne veut pas rendre les armes mais si on en croit la littérature financière du moment – c’est une bonne nouvelle, parce que c’était « ATTENDU ». AH BEN, ALORS ça va, si on était au courant. Pourtant Trump a répété au moins 24 fois ces 4 derniers jours que l’inflation aux USA s’était fait marcher dessus… Peut-être qu’effectivement l’inflation est au plus bas – puisqu’évidemment on fait confiance à Trump – et que c’est juste parce que personne n’a encore prévenu l’inflation elle-même et qu’elle n’est pas encore au courant qu’en fait, elle est plus faible que ça.

Vous l’aurez donc compris, c’est pas avec de chiffres pareils que Jerome Powell et sa bande de joyeux drilles vont pouvoir baisser les taux la semaine prochaine. Même si on peut compter sur l’homme de Trump à la FED – Stephen Miran – de hurler le besoin de baisser les taux directeurs de 100 bp. Après avoir baissé plusieurs fois les taux ces derniers temps, ils viennent de se rendre compte que l’inflation ne veut toujours pas rendre les armes. Et au vu des chiffres, j’irais même plus loin ; ne rêvez pas d’une baisse des taux en mars, le marché commence à comprendre que pour la prochaine ristourne sur le coût du crédit, il faudra attendre l’été, le rosé et les merguez. Le marché adore : le Dow et le S&P 500 ont fini dans le vert. Pourquoi ? Parce que l’économie est solide. Mais bon, ne nous affolons pas, hier on a fini en hausse à cause que Trump il est gentil. On attendra la prochaine fois pour monter parce que la FED elle va baisser les taux. Hier soir c’était encore une fois, la VICTOIRE DES BONNES NOUVELLES.

Du côté des WINNERS

L’Europe a aussi pris une grosse bouffée d’oxygène hier. Je pense que l’histoire du Groenland passe au second plan, mais ce qui est surtout très rassurant pour les membres de l’Union c’est le TACO que Trump nous a fait. Pas besoin d’être un expert pour comprendre que les traders ont retrouvé la touche « buy » de leurs claviers, tout simplement à cause du rétropédalage du Président Américain. Le CAC 40 n’avait pas osé en rêver, mais au moins ça lui permettait de remonter de près d’un pourcent, histoire de s’éloigner un peu du support anxiogène des 8’000. Le DAX faisait de même, mais en mieux. Francfort terminait en hausse de 1.20%. Et la Suisse qui joue à la maison à Davos s’est aussi montrée « soulagée parles propos de Trump » selon les experts locaux. En même temps, les droits de douane s’adressaient à ceux qui s’étaient opposé à « l’américanisation du Groenland ». Et c’est pas le genre de la Suisse de s’opposer à quoi que ce soit, surtout quand il s’agit des Américains. N’est-ce pas ???

Pendant que les indices du vieux-continent fêtaient la paix arctique momentanée, dans un coin de la salle, c’était un peu l’ambiance enterrement, fin du monde et en plus un jour de pluie avec du brouillard, puisqu’Ubisoft s’est littéralement crashé de près de 40%. L’action du développeur d’Assassin’s Creed a terminé la journée un poil en-dessous des 4 euros. C’est du jamais vu, un vrai bain de sang. Le géant français du jeu vidéo a sorti la tronçonneuse : annulation de six jeux, report de sept autres, et une perte opérationnelle prévue d’un milliard d’euros. C’est la panique à bord, et les analystes prédisent qu’il faudra au moins trois ans pour que la boîte retrouve des couleurs. Trois ans en langage boursier, c’est une éternité.

Pour le reste, c’était plutôt « Open Bar », on était tellement content que tonton Trump ait pris ses médicaments et se soit calmé, qu’on a racheté tous les trucs déprimés comme si la volte-face d’hier allait booster l’économie, faire baisser l’inflation et relancer la croissance dans les secteurs cycliques. Avec, bien sûr, l’Automobile en pole position : Volkswagen explose de +5,6% grâce à un cash-flow plus solide que prévu. Dans son sillage, Michelin et Stellantis reprenaient des couleurs à Paris. BNP et Société Générale profitaient de la détente sur les taux et forcément, quand Trump parle de paix et annule ses menaces militaires, les titres comme Thales ou Safran trinquent un peu, tout comme Rheinmetall. En résumé, on a eu une journée de soulagement géopolitique… mais c’est pas qu’on y voit beaucoup plus clair.

L’ASIE

Ce matin les marchés asiatiques sont en hausse, mais sans grande euphorie. La Banque du Japon a donc décidé qu’il était urgent de ne rien faire. Elle ne touche à rien, laisse les taux à 0,75%, comme prévu, et tout le monde fait semblant d’être surpris. Huit membres sur neuf votent pour le statu quo. Il y a un courageux qui a tenté un truc, mais on l’a renvoyé au fond de la classe. Après la hausse de décembre, la BOJ appuie sur pause, histoire de voir si la croissance et les salaires se réveillent vraiment ou si c’était juste une impression. Mais attention, le discours est beaucoup plus hawkish qu’il n’en a l’air. La BOJ revoit la croissance et l’inflation à la hausse pour 2025 et 2026. Traduction : « ça va mieux que prévu, donc les taux monteront… un jour, mais pas aujourd’hui ». Les chiffres du PIB attendu ne sont pas délirants, mais optimistes, donc nous ne sommes pas en fin de cycle, c’est juste « pas le moment » là tout de suite.

Le moteur du scénario optimiste est principalement basé sur les aides de l’état. Le gouvernement promet des aides sur l’énergie, sur les baisses d’impôts, sur dépenses budgétaires. C’est une super-nouvelle pour la consommation des ménages… sauf que personne ne sait comment ils vont financer ça dans un pays qui croule déjà sous la dette. Résultat immédiat : les obligations japonaises se font massacrer, le yen se fragilise, et le marché commence à se dire que ça pourrait quand même pas très bien se finir à la fin. En résumé : la BOJ est confiante, le gouvernement dépense mais le marché doute. Le Nikkei est en hausse de 0.2% et le rendement du 10 ans local est à 2.26% et le 40 ans est à 3.96%. La Chine est en hausse de 0.27%, Hong Kong grimpe de 0.33%. L’or est à 4’960$ – les 5’000 arrivent à grands pas – l’argent est à 98$ et le pétrole vaut 59.90$. Il se détend avec la détente causée par Davos, mais les tensions avec l’Iran restent bien présentes, puisque les gardiens de la révolution, laissent entendre qu’ils sont prêt à frapper les bases américaines à la moindre provocation.

On en parle en ce moment

Dans les sujets que l’on aborde en ce moment, on commence avec un grand classique : Elon Musk a encore frappé. Il était à Davos, au milieu des sommets enneigés et des égos surdimensionnés du Forum Économique Mondial, pour nous vendre du rêve… ou plutôt du robot. Le patron de Telsa a déclaré que ses robots seraient disponibles à la vente en 2027. Comme les robotaxis qui devraient rouler depuis 5 ans. C’est pour ça que Tesla a pris +3,8% hier. Actuellement, le robot fait des « tâches simples » dans les usines Tesla. Comprenez : il déplace probablement des boîtes sans les faire tomber, ce qu’un gamin de 4 ans peut faire pour moins cher et sans le recharger toutes les deux heures. 2027 pour les premières ventes, on connaît l’ « Elon Time ». C’est une unité de mesure temporelle très spéciale où « l’année prochaine » signifie généralement « dans cinq ans. Par contre, Musk affirme qu’Optimus pourrait représenter 80% de la valeur de Tesla. Il a même lâché le chiffre de 20’000 milliards de dollars de capitalisation boursière à terme. On va se calmer et passer à autre chose pour ne pas s’énerver pour rien. Il y a mieux à faire. Comme parler d’Intel.

Intel a donc publié ses chiffres hier soir. On était chaud sur le sujet depuis plusieurs jours. À tel point qu’un analyste disait encore hier après-midi que les résultats seraient probablement sans intérêt tellement l’avenir est brillant. Bon, on n’est pas tous d’accord visiblement : Q4 dans le rouge avec une perte de 333 millions, pire que prévu, chiffre d’affaires en baisse et Q1 annoncé encore plus moche. La raison c’est qu’on brûle du cash pour rattraper le retard technologique et produire des puces dignes de 2026, pas de 2016.
Le titre perdait 6% after close. En fait, les chiffres sont moches, mais on continue d’espérer parce que tout le monde attend le Panther Lake (18A) comme le messie, mais va pas falloir se rater. Bref, Intel survit, espère, investit… mais n’a toujours pas prouvé qu’il était redevenu compétitif.

Mais encore

Et puis un autre sujet qui fait parler de lui c’est encore Trump. Depuis Davos, le Président a attaqué JP Morgan en justice et leur réclame 5 milliards. 5 milliards pour avoir fermé ses comptes bancaires après l’affaire du Capitole. Il estime que c’est de la censure. La plainte parle de “débankarisation idéologique”. En gros, on reproche à JP Morgan de virer les clients s’ils n’ont pas la même opinion politique. JP Morgan répond évidemment que c’est n’importe quoi, qu’ils aiment tout le monde – surtout ceux qui ont de l’argent – et que le dossier est vide. Pour le reste, Dimon déteste Trump et il a encore expliqué – à Davos – que les taux des cartes de crédit capés à 10%, c’est une connerie. On a donc un peu l’impression que cette histoire de comptes fermés, c’est plus un bras de fer politico-financier et une guerre d’égos. La seule question que ça soulève à la fin c’est de savoir si une banque doit être neutre politiquement ou avoir une morale. Le débat est sans fin, mais la vérité est ailleurs.

En plus de l’affaire JP Morgan, le vaudeville continue à Davos, on se pose toujours des questions sur le deal sur le Groenland puisque ça n’est pas très clair, que Trump a retiré l’invitation faite à Carney de se joindre à son « board of peace ». L’ambiance est toujours au top avec les Canadiens et la télénovela des Productions Donald Trump n’en finit pas. Et comme nous allons en direction du week-end, on ne sait jamais ce qui peut nous tomber dessus. Je me réjouis d’être lundi juste pour ça…

Les chiffres

Du côté des chiffres nous aurons des PMI’s un peu partout et la confiance de l’Université du Michigan. Pour ce qui est des trimestriels, on va se contenter de Schlumberger avant l’ouverture et tout le monde partira en week-end pour essayer de parler et de penser à autre chose qu’à Trump. Si vous avez envie de faire un détour par l’histoire de la finance et comprendre pourquoi les gouvernements nous demandent de leur faire confiance, je viens de publier une vidéo sur la chaîne Zonebourse qui s’intitule : 1971 : Le jour où votre argent est devenu une illusion. Pour aller la voir, cliquez ICI…

Illusion
1971 : Le jour où votre argent est devenu une illusion

Pour le reste, la semaine aura été fatiguante, il ne vous reste plus qu’à vous reposer pendant deux jours et on se revoit lundi pour parler de la FED – parce que oui, la FED sera le sujet de la semaine. Enfin, au moins jusqu’à mercredi soir.

Bonne journée, bon week-end et à lundi !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

« The most difficult thing is the decision to act, the rest is merely tenacity. The fears are paper tigers. You can do anything you decide to do. You can act to change and control your life; and the procedure, the process is its own reward. »

Amelia Earhart