Le plus dur, quand on vit immergé dans la finance, c’est de prendre du recul. Lorsqu’on a la tête dans le guidon et qu’on croule sous les news qui arrivent de tous les côtés (publications trimestrielles, FED, folie sur les métaux précieux, Président bipolaire et totalement hors-sol, effondrement du dollar, risques obligataires, rumeurs de guerres, guerres tout court, sanctions commerciales, pas sanctions commerciales et volatilité délirante), il n’est pas facile de faire un pas en arrière, de liquider toutes ses positions et se demander : « Mais qu’est-ce qui se passe BORDEL !!! ». Au vu de l’avalanche d’informations qu’il faut gérer, ce matin je pourrais écrire 12 pages… Mais…

L’Audio du 30 janvier 2026

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Hhhmmm ?

Mais rassurez-vous, je ne vais pas écrire 12 pages, ni vous parler pendant 45 minutes. Cependant, la première chose qui me vient à l’esprit c’est que ; QUELQUE CHOSE est en train de se passer. Il y a un truc (ou plusieurs) qui sont en train de partir en vrille en même temps. Et vu d’un peu plus loin – je dis ça parce que ce matin j’ai reculé ma chaise d’un mètre par rapport à mes écrans – on a l’impression d’être au milieu de l’œil du cyclone. Un endroit où tout se passe bien et où les marchés font mine d’être indestructibles et de faire preuve d’une résilience inouïe. Un endroit où chaque fois que les BEARS tentent un truc, il se font tirer dessus à la mitrailleuse lourde la minute d’après et retournent hiberner aussi sec. Mais en même temps, on a l’impression que chaque jour qui passe on nous sort un nouveau truc compliqué à gérer – que ce soit politique, géopolitique, économique, OU PIRE : un post de Truth Social de la part du Président – et qu’inévitablement à force de remplir notre sac à dos avec un peu plus d’emmerdes compliquées chaque jour, ça va finir par déborder.

Je dois dire qu’essayer de comprendre l’état d’esprit d’un marché qui se fait déchirer pendant la plupart de la journée avant de remonter comme si la moitié des boîtes du S&P500 avait découvert le remède contre le cancer entre le café du matin et le sandwich au pastrami à huit étages de midi, relève d’un challenge tant physique que mental qui devient très compliqué à gérer. Si je tente de lister les choses qui ont fait bouger les marchés dans un sens ou dans l’autre entre le meeting de la FED et l’ouverture de Tokyo ce matin, rien qu’avec ça, j’en ai pour deux pages. Et attention, je dis : « LISTER », pas expliquer rationnellement. Juste lister. Alors voilà, je me retrouve devant la longue litanie des performances des indices en ce vendredi 30 janvier et ne regardant que les variations, je me dis que « ça va », tout est calme et sous contrôle. Alors qu’en fait il y a un merdier là dehors que c’est pratiquement mission impossible d’en tirer la moindre conclusion, si ce n’est que ce marché est à l’image du Président Américain : complètement taré et totalement ingérable !

Vous voyez, j’ai déjà écrit une page et je n’en suis qu’à l’introduction.

Un marché bipolaire

Donc, hier, les marchés ont dû digérer les chiffres trimestriels de Meta, de Microsoft et de Tesla. Mais aussi ceux de SAP. Et par-dessus tout ça, ils se sont pris en plein face les errances de l’or qui passait du rire aux larmes à la vitesse de la lumière, sans oublier le dégénéré de la Maison Blanche qui ne peut s’empêcher de la ramener toutes les huit secondes avec ses délires habituels : tarifs douaniers, nomination du nouveau patron de la FED. Sans compter qu’il fallait intégrer le discours immaculé et sans saveur de la FED, les tensions du marché obligataire qui donne l’impression d’être au bord du gouffre, sans parler du fait que chaque publication trimestrielle – comme celle d’Apple hier soir, a le pouvoir de mettre le feu à tout moment.

L’effondrement de Microsoft qui vivait une des pires journées de publication de son histoire, a donc entrainé l’ensemble du secteur « SOFTWARE » avec lui. D’un côté, on ne pouvait pas s’empêcher de se dire que c’était complètement débile au vu des chiffres annoncés – des chiffres qui n’était pas si « MAUVAIS », mais de l’autre, cela ouvrait la porte à une réflexion un peu plus profonde : celle qui se demandait si l’IA allait vraiment rapporter quelque chose un jour et qui dérivait en même temps sur celle que l’on connait déjà bien : est-ce que le business du software ne va pas se faire GRAND-REMPLACER par l’IA. On ne va pas y répondre dans cette chronique, mais ça vous donne déjà une idée de la réflexion dans laquelle nous sommes et on ne parle QUE DES CHIFFRES DE MICROSOFT.

Meta explose, Microsoft se fait démonter

Microsoft s’est donc fait déchirer, démonter, massacrer, pulvériser. Les qualificatifs ne manquent pas. Mais ce qui surprenait le plus hier, c’est qu’au moment où la boîte fondée par Bill Gates – juste avant qu’il parte faire mumuse avec Jeffrey Epstein – se faisait exploser par le marché et perdait 10% sur la séance, META prenait exactement la direction inverse. Même semaine, même hype IA, mêmes milliards crâmés dans tous les sens… mais deux réactions totalement opposées. Et pourtant, sur le papier, les deux battent les attentes. Donc non, ce n’est pas une histoire de résultats. C’est une histoire de timing, de lisibilité, et surtout de “MONTRE MOI TON POGNON AUJOURD’HUI et pas dans 3 ans.. »

Microsoft a donc publié de bons chiffres. Vraiment bons. Mais… Azure ralentit. Et là, panique à bord. Azure, c’est le thermomètre de l’IA chez Microsoft. Et le message envoyé au marché, c’est : “On investit comme des malades, mais la croissance ne s’accélère plus.” Ce qui donne des Capex massifs, une demande client énorme, mais une capacité insuffisante quand même et des profits immédiats qui sont… bof… Vous ajoutez ensuite à ça OpenAI qui siphonne une grosse partie de la capacité, et on obtient un scénario très “long terme”, très stratégique… mais chiant comme la pluie pour un marché qui veut du résultat maintenant tout de suite et pas dans 6 mois. Comme le résumait parfaitement un stratège de Wall Street : “Dans le cycle de l’IA, les profits sont la photo. Les investissements sont le film.” Et le film Microsoft est long. Très long. Trop long. On dirait que les gars se sont paumés dans le scénario et ne savent plus comment conclure.

Alors que chez Meta, c’est l’inverse. Zuckerberg dit : “Je balance 135 milliards dans l’IA.”

Le marché répond : “Ok, mais ça rapporte combien ?” Réponse immédiate :
• +18% d’impressions publicitaires
• +31% de croissance attendue du chiffre d’affaires
• L’IA qui optimise le temps passé, donc vend plus de pubs, donc fait rentrer du cash

Meta ne vend pas de la capacité de calcul. Meta vend de l’attention. Et l’IA, chez eux, transforme directement des secondes de cerveau humain en dollars. C’est clair. Lisible. Monétisable maintenant. Même si ça ne paraît pas simple à visualiser concrètement si on est un minimum rationnel. Cependant, le message du marché est actuellement très brutal : Wall Street ne déteste pas l’investissement. Wall Street déteste investir sans date de retour sur investissement. Aujourd’hui, les géants tech vont cramer plus de 550 milliards de dollars en IA cette année (Amazon vient encore de laisser entendre qu’ils vont signer un chèque de 50 milliards à OpenAI), et pendant ce temps-là, l’énergie, les matériaux, l’industrie rapportent du cash sans storytelling futuriste. Donc la patience s’effrite. Et elle s’effrite vite. Très vite. En conclusion, on a deux salles deux ambiances – comme hier – dans la première salle META nous dit : “Je dépense, je gagne plus, donc je prends +10%” et dans l’autre salle au fond du couloir après les toilettes, Microsoft nous sort un autre scénario dans lequel ils disent qu’ils dépensent beaucoup, ils expliquent pourquoi et comment en disant qu’on comprendra plus tard…et le titre se fait déchirer. Et avec Google et Amazon qui arrivent au rapport la semaine prochaine, on n’a pas fini de rire. Pour faire simple : on veut moins de promesses et plus de preuves. Et aussi du cash qui rentre le plus vite possible. C’est la phase 2 de l’avènement de l’IA…

Et puis il y a le reste

Et ça c’était juste l’histoire Microsoft/META. Hier, en Europe, le CAC40 pensait ses blessures après que LVMH se soit fait ouvrir en deux après ses trimestriels, l’indice terminait inchangé pendant que Macron faisait le clown à la télé, toujours déguisé en Maverick, mais maintenant un Maverick qui parle Groenlandais. On se demande à quoi sert son team communication. Ils doivent être en RTT. Et pendant que la France se stabilisait au-dessus des 8’000, c’est le DAX qui se faisait exploser parce que SAP S’EST FAIT démonter pour plus ou moins les mêmes histoires que Microsoft. Moins 16% sur SAP, le DAX n’y a pas résisté, -2% en fin de journée.

À la clôture des marchés européens, les USA étaient en panique. Le Nasdaq perdait près de 2.5% et tout le monde se disait qu’on la tenait enfin notre VÉRITABLE correction. En plus l’or tapait les 5’600$, tout le monde avait l’air de vouloir se planquer. Et soudainement, tout a basculé, la TOTALITÉ des algos du monde libre et des gros fonds d’investissement de l’Univers entier a commencé à prendre ses profits sur l’or (oui, j’exagère un peu, mais si je ne mets pas de hype dans tout ça, ça vite devenir très chiant) – du coup l’or s’est comporté plus comme une cryptomonnaie que comme une valeur refuge et a effacé 2’500 milliards de valorisation en moins de temps qu’il n’en faut pour dire :

« Euh, mais pourquoi ça baisse ??? – Parce qu’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs, imbécile !!! »

Ce matin le métal jaune est à 5’225$. Alors vous me direz que 400$ c’est rien pour un truc que personne ne voulait à 1’800$, il y a 2 ans et demi. Mais 2’500 milliards de valorisation explosé en 30 minutes… avec une volatilité qui rappelait les meilleures années du Nasdaq, on peut dire ce qu’on veut, ça secoue. D’ailleurs, là tout de suite, on sent la matinée de convalescence sur l’or. Après, les raisons du sell-off sont diverses et variées, y en a une qui est assez intéressante, c’est que l’on s’autorise à penser dans les milieux autorisés que, comme la TOTALITÉ des algos du monde libre et des gros fonds d’investissement de l’Univers entier se sont fait exploser sur la baisse de Microsoft parce qu’ils étaient TOUS surinvestis en marge – et qu’ils ont commencé à avoir des téléphones qui sonnaient partout, à cause des appels de marge en question – ils ont liquidé Microsoft et pris leurs profits sur l’or. Et si après une explication comme ça, vous me dites que la finance est opaque, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

Et c’est pas tout…

Là-dessus, vous avez Trump qui cause toutes les 5 minutes pour dire un maximum de conneries dans un minimum de temps. Ce qui rajoute une couche d’incertitude et de tension dans tous les sens. Le Japon qui est embuscade, qui ne dit rien, mais qui donne l’impression du mec qui souffre d’un PTSD à qui on a laissé accès aux codes nucléaires. Il y aussi des tensions sur le marché obligataire, le rendement du 10 ans qui est à 4.27%, le 30 ans qui est à 4.90%. Les rumeurs insistantes comme quoi « ça va péter en Iran ce week-end », le pétrole qui s’envole à nouveau et qui va mettre la pression à la hausse sur l’inflation si ça dure trop longtemps.

Et ça c’était rien qu’hier soir. Parce que depuis, Trump a annoncé qu’il allait coller 50% de droits de douane sur l’aéronautique canadien et annuler les certifications des avions qui sont produits là-bas, tant que les Canadiens ne reviennent pas sur leurs propres sanctions. Dans la foulée, il menace de taxer tous les pays qui vendent du pétrole à Cuba – salutations amicales au Mexique – et un autre message subliminal pour expliquer que Cuba doit tomber prochainement. Et puis le Président doit annoncer vendredi matin – en gros cette après-midi chez nous – la nomination de son nouveau patron de la FED. La déclaration pour annoncer la chose était mythique – déjà c’était pendant la première du documentaire pathétique sur sa femme – mais en plus le narratif était du Trump tout craché, ce qui fait qu’on craint pire pour tout à l’heure. Trump a déclaré – en substance – que le nouveau président de la FED sera « quelqu’un qui ne surprendra pas vraiment les gens, beaucoup de gens pensent qu’il s’agit de quelqu’un qui aurait très bien pu être en poste il y a quelques années. Ce sera quelqu’un de très respecté, quelqu’un que tout le monde connaît dans le monde de la finance, et je pense que ce sera un très bon choix » – je vous avoue que quand je regarde la liste des « papables », mis à part Rieder de chez BlackRock, je ne vois pas qui d’autre serait respecté par le monde de la finance. Selon Polymarket, ça serait Warsh qui passerait. Le suspense est insoutenable.

Bref, en conclusion, les indices n’ont pas fait grand-chose, mais les marchés donnent l’impression d’être au milieu d’un champ de mines avec les yeux bandés et qu’au moindre pas de travers, ça peut très mal finir. Difficile de deviner d’où est-ce que ça viendra. Et même si ça viendra, mais en tous les cas on est dans un beau bordel qui peut partir dans tous les sens à n’importe quel moment. Mais comme disait le mec qui tombait du 87ème étage en passant devant le 25ème : jusque-là, ça va !

Et le reste

Pour la suite, le Nikkei est dans le sillage de Wall Street : il ne fait rien. La Chine et Hong Kong sont dans une baisse un peu plus franche : 1.12% à Shanghai et 2% à Hong Kong. Le pétrole est à 64.24$, l’or est à 5’185$, l’argent à 108$ et le Bitcoin est au plus mal à 82’300$. Autrement, il y a eu des chiffres hier soir : Sandisk a sorti le lance-flammes sur ses prévisions, et le marché a adoré. La boîte annonce un chiffre d’affaires trimestriel 60% au-dessus des attentes et des profits plus que doublés par rapport au consensus. Résultat logique : une action déjà en orbite qui rappelle qu’elle a fait +1’400% en moins d’un an. Derrière le feu d’artifice, un moteur simple : l’IA bouffe du stockage, et Sandisk vend des pelles dans une ruée vers l’or. Les data centers tournent à plein régime, les prix montent, les marges explosent. Et tant que l’IA aura faim de mémoire, Sandisk restera au menu des marchés. Le titre prenait 20% hier soir after close.

Et puis, Apple a rassuré Wall Street avec ce qu’elle fait de mieux : dire peu, mais dire juste ce qu’il faut. Tim Cook annonce des marges brutes entre 48% et 49%, largement au-dessus des attentes, malgré la flambée des prix de la mémoire. La recette est connue : vendre plus de produits haut de gamme et empiler du Services ultra-margés. Résultat : 30 milliards de revenus côté Services, en hausse de 14%, et une machine à cash toujours bien huilée.
Les coûts montent, mais Apple garde la main grâce à son mix produits et son pouvoir de pricing implicite. Et l’année aura été carton plein pour l’iPhone. Bref, pendant que le marché panique sur les coûts, Apple prouve encore qu’elle sait encaisser les chocs sans transpirer, c’est pas l’histoire la plus passionnante, mais ils délivrent. Le titre ne faisait rien after close, on sent toute la passion qu’Apple génère en ce moment. Dire qu’il fût un temps, on montait la garde le soir des chiffres d’Apple, aujourd’hui on préfère aller au resto et penser à autre chose.

Mais encore…

Pour conclure, Trump est en train se fâcher avec les Anglais parce qu’ils parlent aux Chinois, le franc suisse est au plus haut depuis 11 ans, le secteur du software est au plus mal, la Chine va injecter 29 milliards dans ses plus grandes assurances et selon les rumeurs, Kevin Warsh sera le nouveau patron de la FED et l’Iran va se faire marcher dessus par Trump ce week-end, je vais aller checker la consommation de pizza autour du Pentagone et je reviens…

Il y aura un wagon de chiffres économiques en Europe, le PPI aux USA et les publications de Chevron, d’Exxon et d’Amex. D’ici-là, passez une excellente journée, un très bon week-end et on se voit lundi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“If you want to do this, if you want to play big, if you want to really impact lives, you’ve got to face yourself. You’ve got to be courageous and willing to go all in and address everything about you that is uncomfortable.”
– Harry Lopez