Rien ne va plus. C’est la première chose qui me vient à l’esprit quand je me rejoue la séance d’hier. Bon, bien sûr, on ne va pas se mentir, nous sommes entrés en mode « bordel maximum » sur les tarifs douaniers. D’un côté Trump est fou de rage et il s’en prend à tout le monde. Le reste du monde ne comprend plus rien et ne sait même pas ce qu’il doit payer pour exporter aux States, dès ce mardi les douaniers vont cesser de taxer les anciens tarifs, mais visiblement ils ne savent pas quoi faire avec les nouveaux. Et puis en plus de ce merdier total, nous sommes en train d’entrer en panique totale du côté de l’IA qui pourrait bientôt grand-remplacer à peu près n’importe quel business…

L’Audio du 24 février 2026

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On va donc essayer de faire simple, de poser les choses sur la table et de tenter de comprendre où nous sommes, on nous allons aller et ce qui pourrait éventuellement se passer si nous étions dans un film de science-fiction. Donc, du côté des tarifs, on a bien compris ce qui se passait : Trump s’est fait défoncer par la Cour Suprême et par les gars qu’il a LUI-MÊME nommé, comme quoi il ne peut faire confiance à personne. J’ose même pas imaginer ce que Warsh va lui faire quand il sera patron de la Fed ; monter les taux ??? Cette gigantesque claque n’a pas vraiment déstabilisé le Président puisqu’il a d’autres alternatives et qu’à la fin, les mêmes taxes devraient rentrer dans le tiroir-caisse, mais par une voie détournée. Pour ce qui est des remboursements des taxes passées, c’est du business d’avocats et pour le moment c’est carrément de la musique d’un très très lointain avenir.

Maintenant, le problème, c’est l’incertitude. Les pays qui paient les taxes en question sont en train se faire plaisir. L’Europe a cessé tout négociation à ce sujet depuis la décision de la Cour Suprême, en demandant plus de clarté aux autorités avant de continuer et les Chinois ont carrément demandé au gouvernement américain de se contenter d’obéir à ses institutions immédiatement. Autrement dit : plus de taxes et laissez-vous inonder par nos produits dès aujourd’hui. Et pendant ce temps, Trump est en train d’entrer gentiment dans une grosse colère. Alors non, il n’a pas encore transformé l’Iran en grand parking pour faire diversion, mais par contre il a déjà menacé ses partenaires commerciaux en disant :

« Tout pays qui voudra « jouer » avec cette décision ridicule de la Cour suprême, en particulier ceux qui ont « dépouillé » les États-Unis pendant des années, voire des décennies, se verra infliger un tarif bien plus élevé, et pire, que celui auquel ils viennent tout juste de consentir »…

Reste à traduire

Le message a l’air bien agressif à souhait et on dirait que le Président est plutôt enclin à se moucher dans le jugement de la Cour Suprême – pour rester poli – et que sa seule et unique préoccupation c’est de trouver un autre moyen de taxer, plus vite – et potentiellement : plus fort. En conclusion de tout ça, le Président américain est en colère et même si les Européens et les Chinois se délectent de la situation, il ne semble pas avoir dit son dernier mot. Ces incertitudes liées aux tarifs douaniers ne sont, bien évidemment, pas bons pour les marchés.

Hier soir le S&P500 perdait près de 1%, le Nasdaq un poil plus et le Dow Jones se faisait rétamer de 1.66%, mais pas uniquement à cause de Trump, plus à cause de l’IA. Pour les techniciens, on notera que le S&P500 avait terminé la semaine au-dessus de la moyenne mobile des 50 jours et que ce matin, tout est à refaire. Oui, parce qu’en plus de la thématique des droits de douane, nous avons eu droit à une nouvelle version de l’angoisse de l’IA.

L’IA va tous nous remplacer

Vous vous souvenez sûrement que depuis deux semaines, on ne se préoccupe plus trop de la construction de l’IA en elle-même et de la création de l’infrastructure qui va avec. Non, depuis deux semaines on est clairement obsédé par les IA qui vont remplacer les logiciels, les IA qui vont remplacer les avocats, les IA qui vont remplacer les banquiers, les programmateurs et à peu près tous les métiers qui nous passent sous la main. Je vous préviens, là tout de suite, c’est encore moi qui écris les chroniques tous les matins avec mes petits doigts et que jusqu’à présent, ChatGPT et ses cousins n’ont toujours pas compris comment fonctionnait le second degré et qu’ils sont assez nuls en humour. Mais bon, tout espoir n’est pas perdu.

Si l’on revient à ce qu’il se passe à Wall Street, hier nous sommes repartis sur le même modèle. D’un côté il y avait IBM qui se faisait défoncer parce que CLAUDE nous a sorti une nouvelle version qui peut lire le COBOL et qui pourrait donc simplifier certaines opérations qui sont très rémunératrices pour IBM, mais en plus, il y a un gars qui tient un blog – enfin, un article sur Substack – qui a foutu la trouille à tout le monde. Et du coup, nous sommes passés à la vitesse supérieure avec un bon scénario catastrophe version “Skynet fait un MBA et un CFA ». Il y a donc un Citrini Research qui a publié un papier qui explique en gros :

“Et si l’IA ne se contentait pas d’aider les banques… mais les remplaçait ?”

Et là, dans leur scénario, l’IA :

• remplace les cols blancs,
• disrupte les business models financiers,
• flingue les marges dans la consommation discrétionnaire,
• et met au chômage la moitié de LinkedIn.

Bon, si vous ne connaissez pas Citrini Research – moi non plus – mais c’est un « think-tank d’investissement, orienté macro & thematic equity », qui produit des idées de marché et des modèles, avant tout pour des investisseurs qui veulent une lecture “narrative et actionnable” des grandes tendances financières. C’est une des lettres d’investissement les plus lues sur Substack. Leur avis vaut ce qu’il vaut, mais hier on a plongé comme un seul homme pour suivre la réflexion. Il faut dire qu’actuellement, nous sommes très preneurs d’idées pour connaître le prochain secteur à se faire démonter par l’IA. Ce qu’a écrit Citrini hier n’est pas une prévision. C’est pas un modèle. C’est un scénario plausible parmi tant d’autres. Mais le marché a décidé de prendre le pire. Évidemment, c’est toujours plus drôle quand y a du sang sur les murs.

C’est quoi le texte ? AAAHHHHH

Résultat : panique dans la finance. American Express, Visa, JPMorgan, Goldman Sachs, Capital One, tout, le monde est parti à la cave. Le secteur financier du S&P 500 a vécu sa pire séance depuis avril. Presqu’aussi moche que quand y avait des faillites bancaires. Alors pourquoi tout ça ? Ben parce que depuis des semaines, le marché se demande :

“Ok, l’IA c’est génial… mais qui va se faire écraser en deuxième vague ?”

On a d’abord acheté Nvidia. Puis les semi-conducteurs. Puis les hyperscalers. Puis la mémoire. Et maintenant on cherche les victimes potentielles et on n’a pas besoin de preuves, juste des théories fumeuses ou des intuitions, on tire en premier et on se posera les questions plus tard. Peut-être aujourd’hui. Et là, l’idée que l’IA puisse automatiser l’analyse crédit, le risk management, la relation client, le conseil financier… ça fait transpirer les banques. Si ça se trouve, l’IA fera aussi du compliance et saura gérer la confidentialité. Enfin sauf à l’intérieur des serveurs de SKYNET qui sera au courant de tout. Sur tout le monde.

Timing parfait pour la panique

En gros, hier le marché était nerveux et angoissé à cause des tarifs et de Trump qui est au bord de l’apoplexie. Donc, les intervenants cherchent un moyen de réduire les risques. Et comme nous étions au plus haut de tous les temps, il ne suffit pas de grand-chose pour trouver des victimes. On va être clair : on n’a pas découvert hier que l’IA allait bouleverser le monde du travail. Mais ce qui change, c’est la psychologie, la manière d’interpréter les choses. Avant, l’IA était vue comme un accélérateur de profits. Aujourd’hui, on commence à la voir comme un destructeur de modèles existants et c’est pas tout à fait la même histoire

Hier, ce n’était pas un krach. C’était un rappel. Un rappel que quand une révolution technologique arrive, elle ne distribue pas des médailles à tout le monde. Elle choisit ses gagnants. Et elle enterre les autres. Google et Yahoo ! ça vous rappelle quelque chose ? Bienvenue dans la phase où on commence à chercher les victimes. Reste plus qu’à trouver quand est-ce qu’on met en place le buy the dip.

Et l’humeur asiatique

L’Asie s’est réveillée ce matin avec deux humeurs différentes. D’un côté, la Chine rouvre après neuf jours de Nouvel An lunaire… et revient en mode optimiste. Shanghai et Shenzhen montent franchement. Tout ça parce que la Cour Suprême américaine a torpillé une bonne partie des tarifs de Trump. Et même si Trump a ressorti des droits de douane version 2.0, ils sont moins ciblés contre Pékin et un peu moins violents. Résultat : les exportateurs respirent.
Vous ajoutez ensuite à ça des chiffres de consommation solides pendant les fêtes, et hop, le marché se dit : “Tiens, si le consommateur chinois revenait vraiment ?” – À Hong Kong c’était plus compliqué, le Hang Seng se faisait secouer, –2%, plombé par la tech. Toujours la même angoisse : l’IA ne va pas seulement créer des gagnants, elle va aussi démolir des modèles existants. Anthropic sort des outils qui promettent de réduire la dépendance aux logiciels traditionnels, et ça suffit à faire transpirer Alibaba, Baidu et Tencent. Ils perdent 3 à 4% comme ça, presque par principe.

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Pendant ce temps, la Corée du Sud explose à la hausse. Toujours les mêmes histoires, record pour le KOSPI. Les fabricants de puces, Samsung et SK Hynix, cartonnent. Logique : si l’IA accélère, il faut de la mémoire. Beaucoup de mémoire. Et tout le monde attend maintenant les résultats de Nvidia comme on attend le messie. Si Nvidia confirme, les Coréens souriront encore plus. Le Japon monte aussi, porté par ses exportateurs. En toile de fond, on a toujours le même bruit permanent : Trump menace encore d’augmenter les tarifs si quelqu’un “dévie” des accords signés. Donc oui, les marchés respirent un peu… mais l’angoisse reste présente. Du côté des matières premières, ça monte encore et encore. Le pétrole s’envole à 66.77$, le volume des options explose à la hausse et tout le monde se prépare pour « quelque chose ». Et ce quelque chose, c’est une éventuelle guerre en Iran. Je ne vois pas quoi d’autre. J’insiste peut-être un peu lourdement sur le sujet, mais je ne vois pas COMMENT les Américains et les Iraniens pourraient se mettre d’accord, sans que les Mollahs soient passés par les armes. L’or est à 5’200$, l’argent à 88.25$ et le Bitcoin prend toute la mesure de l’incertitude en se faisant taper dessus à 63’000$.

Pour le reste

Aujourd’hui, il y aura le discours de Trump sur l’état de l’Union. Il devrait expliquer Ô combien l’Amérique est forte et Ô combien elle mérite le respect. Et on peut s’attendre à tout et n’importe quoi. Il n’y a pas grand-chose d’autre à attendre, puisque tout le monde est la recherche du prochain secteur qui va se faire massacrer… En général, ça dure deux-trois jours. La Cybersécurité en est à son second jour de sell-off, ça devrait donc continuer sur les bancaires, à moins que quelqu’un tire la prise de l’IA.

Par contre, dans les bonnes nouvelles, Le patron intérimaire du Bureau of Labor Statistics, William Wiatrowski — 45 ans de maison, un survivant de toutes les crises depuis Carter — affirme calmement que personne ne manipule les données. Ni hier sous Biden, ni aujourd’hui sous Trump. Selon lui, si quelqu’un “cuisinait les chiffres”, ça se saurait immédiatement. Les accusations ont explosé après une grosse révision des créations d’emplois, qui a déclenché une guerre de soupçons entre les deux camps. Résultat : chaque publication économique est désormais scrutée comme un complot potentiel. Mais l’institution qui mesure la santé de l’économie jure qu’elle reste indépendante… dans un climat où même la statistique doit désormais se justifier. On n’a effectivement aucune raison de ne pas les croire. Et puis il y a Novo Nordisk qui s’est ENCORE pris une tôle de 16% parce que son nouveau traitement CagriSema, censé reprendre l’avantage sur le tirzepatide d’Eli Lilly, a finalement affiché une perte de poids légèrement inférieure, 23 % contre 25,5 %, et dans un marché aussi colossal, “presque aussi bien” ne suffit pas à convaincre les investisseurs. Le message est clair : Lilly reste le leader incontesté, avec des ventes qui explosent et un pipeline solide, tandis que Novo, déjà fragilisé par des perspectives prudentes, voit son positionnement devenir plus flou, car en pharma blockbuster la différence entre numéro un et numéro deux pèse des milliards en valorisation, et ce revers oblige désormais le groupe danois à réfléchir à la manière de regagner un véritable avantage compétitif.

Les chiffres et le shopping du jour

Mis à part ça, Gilead a dégainé 7,8 milliards de dollars pour racheter Arcellx, en offrant 115 dollars par action, soit une prime de 80 %, preuve qu’il fallait frapper vite et fort. La cible c’est Anito-cel, une thérapie cellulaire contre le myélome multiple, un cancer du sang où les innovations peuvent devenir extrêmement lucratives si les essais cliniques tiennent leurs promesses. Gilead paie cher, mais mise sur une technologie à fort potentiel dans un segment stratégique de l’oncologie. Et puisque l’on parle de take over, il y a des rumeurs comme quoi des requins tourneraient autour de PayPal… Affaire à suivre d’une oreille.

Les futures sont en hausse de 0.25%. Aujourd’hui, il n’y a pas de chiffres importants, la prochaine étape c’est demain soir avec les publications de NVIDIA… Passez une excellente journée et essayez de vous passer de votre IA au moins un jour dans la semaine, avant qu’elle ne vous donne des ordres.

À demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« Everyone has the brainpower to follow the stock market. If you made it through fifth-grade math, you can do it. »

Peter Lynch