Nous sortons d’une semaine spectaculaire. Une semaine qui avait commencé par se concentrer sur la FED – Fed qui n’a rien fait et qui n’est pas près de faire quoi que ce soit dans les prochains mois – puis nous sommes passés au chapitre des chiffres trimestriels qui nous ont bien montré que les promesses de gagner beaucoup d’argent dans très longtemps grâce à l’IA ne suffisent plus. Puis nous avons eu les tensions avec l’Iran qui n’ont rien donné et finalement la nomination de Kevin Warsh à FED qui a laissé pensif les intervenants, parce que Warsh serait finalement trop « hawkish », ce qui a renforcé le dollar et fait plonger les métaux précieux. Et là ce matin, c’est tout rouge et ça pue.

L’Audio du 30 janvier 2026

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Pas simple

Je vous avoue, ça n’est pas simple de mettre le doigt sur la raison de la dépression qui plane sur les marchés en ce lundi matin. On a beaucoup parlé de la nomination de Kevin Warsh ce week-end et il semble important de faire le point. Peut-être que certaines tensions viennent un peu de lui, après tout. Donc, après des mois de suspense et de paris sur Polymarket, Trump a fait son choix et son choix, c’est, Kevin Warsh. Au moment de l’annonce, il y a eu comme un grand silence. Pas d’applaudissement, mais une réaction très diplomatique qui pourrait un peu se résumer par ces mots : “Bon… au moins, ce n’est le pas pire.” Le marché a été soulagé… mais il n’est pas fou amoureux. Ia première réaction a donc été un soulagement poli. Pas de feu d’artifice, pas de krach, pas de champagne.

Puis le dollar s’est redressé, parce que Warsh ne semble pas être un Ayatollah de la baisse des taux envers et contre tout. Et comme le dollar s’est redressé, l’or et l’argent se sont plantés. Et comme le monde entier était dans l’or et l’argent parce que « c’était un coup sûr », tout le monde a voulu sortir. En même temps. Au même moment. Physique. ETF. Options, produits merdiques à levier. Et comme d’habitude, quand t’as le stade de Maracana qui doit se vider en 3 minutes en passant par une seule porte de 80 centimètres de large, forcément, ça coince. Mais même si l’or et l’argent se faisaient déchirer – et c’est rien de le dire – Wall Street parvenait quand même à poser un jugement sur Kevin Warsh : “Ok, c’est quelqu’un de sérieux. On peut respirer.” Kevin Warsh, c’est le gars qui rassure les traders obligataires et mais qui ne fait pas rêver les permabulls, mais c’est moins pire que l’autre Kevin. Warsh est un type orthodoxe, formé à l’ancienne, qui parle inflation sans trembler et qui ne promet pas des baisses de taux massives à la mode de Trump. En résumé, ce n’est pas le messie des marchés, mais c’est pas non plus le fossoyeur. Et vu la liste de ses concurrents… c’était déjà beaucoup.

La méfiance

Du côté des économistes, on le respecte, mais on se méfie. On respecte le CV. On salue l’expérience. On rappelle qu’il a déjà siégé à la Fed, qu’il connaît la machine de l’intérieur, et qu’il ne découvrira pas le bouton “imprimer du pognon” par accident.

Mais…

Parce qu’il y a toujours un “mais”…

La question qui revient partout, comme une mauvaise musique d’ascenseur, c’est : est-il vraiment indépendant de Trump ? Et là, les avis divergent. Certains disent : “Warsh n’est pas un yes-man, il a déjà résisté par le passé.” Mais d’autres répondent : “Oui mais il sait très bien pour qui il travaille.” Sur le papier et en théorie, Warsh n’est pas le portrait du patin évident. Mais ça n’est pas non plus un moine de l’indépendance monétaire. Soyons clairs : cette nomination n’est pas qu’économique. Elle est hautement politique. Trump veut une Fed qui arrête de lui casser les pieds avec l’inflation quand il parle croissance. Il veut des taux plus bas, plus vite, plus fort. Et surtout : une Fed qui ne lui résiste pas publiquement, comme Powell l’a fait.

Sauf que… Le nouveau patron de la FED n’a jamais été un grand fan des bilans hypertrophiés et de la politique monétaire open-bar. Il a souvent critiqué la Fed pour être allée trop loin, trop longtemps. Donc ironie totale :

– Trump pense avoir choisi “son” président de la Fed
– Mais il pourrait bien se retrouver avec un Powell en costume différent

Le vrai message des marchés

Si on résume ce que disent les marchés, sans langue de bois :

• Ils ne croient pas à un pivot monétaire violent juste parce que Warsh arrive
• Ils pensent que les données macro continueront de commander, pas la politique
• Ils anticipent une Fed moins bavarde, plus rigoureuse, et potentiellement moins accommodante que ce que Trump espère

Autrement dit :

– le “Fed put” n’est pas garanti,
– le dollar reste roi,
– et les marchés devront refaire ce qu’ils détestent le plus : réfléchir.

Kevin Warsh, n’est donc ni une révolution, ni un scandale. C’est un choix de stabilité dans un monde instable, un message envoyé aux marchés : “On ne va pas tout casser… mais on ne va pas vous sauver à chaque éternuement non plus.” Et ça, dans un marché drogué à la liquidité depuis 15 ans, c’est presque subversif. La vraie question n’est donc pas : “Warsh est-il pro-Trump ?” Mais plutôt : “Quand Trump va s’impatienter… est-ce que Warsh tiendra ?”. Par exemple, que va-t’il se passer si l’inflation remonte, si les taux restent là où ils sont, si les marchés baissent ? Là, on saura très vite qui commande à la FED. Et ça risque d’être beaucoup moins calme sur les marchés. Un peu comme ça s’est passé sur l’or et l’argent ces derniers jours.

À propos de baisse

D’ailleurs, à propos de marchés qui baissent, ce matin ça ne sent pas super-bon. On a eu deux jours pour digérer Warsh, deux jours pour digérer la baisse de l’or et de l’argent et du coup, on s’est dit qu’il y avait un truc à faire de sympa pendant le week-end – au vu de l’instabilité et des doutes qui nous assaillent ; c’est de vendre le bitcoin. La crypto-vedette s’est donc pris une nouvelle baffe et ce matin on a tapé les 74’500$, l’or est à 4’780$ et l’argent est à 77$. Ce sell-off massif tous azimuts – le massacre sur l’or et l’argent a tout de même fait se vaporiser 7’000 milliards de dollars de valeur – fait que le monde merveilleux de la finance est en plein doute.

Vous rajoutez à cela le pétrole qui se fait exploser ce matin. Trump a déclaré que les USA étaient « sérieusement » en train de parler avec les psychopathes qui dirigent l’Iran, du coup la prime de risque « à la guerre » se dégonfle immédiatement. Sans compter qu’il y a – bien sûr – comme d’habitude, une vague de profit taking ! Bref, là tout de suite, le WTI est à 61.98$ après avoir touché les 66.48$ la semaine dernière. Et puis alors on commence à flipper au sujet de l’IA en Asie. En ce premier lundi du mois de février, le KOSPI coréen se prend 5% dans les dents parce que, je cite : « des commentaires font était du fait que le marché ait pu éventuellement peut-être, avoir mis la charrue avant les bœufs au sujet de l’intelligence artificielle ». Peut-être, c’est même pas sûr. Mais il faut dire qu’au vu de certaines valorisations et d’autres ascensions verticales auxquelles nous avons assisté récemment (Sandisk, Micron et tutti quanti), des actions qui offrent des graphiques qui n’ont rien à envier à l’argent, ça n’est pas surprenant…

Pas de grandes annonces

Il n’y a pas de grandes nouvelles sur le secteur ce matin, mais après l’affaire Microsoft/META, où l’on a bien compris que l’investisseur moyen devenait soudainement plus sensible au « cash tout de suite » qu’aux promesses de fortune dans 3 ans, les intervenants sont de plus en plus frileux et ce matin ; on exprime le doute. Et puis on n’oubliera pas non plus que Jensen Huang, le patron vénéré de Nvidia, a laissé entendre que le deal de 100 milliards avec OpenAI annoncé il y a quelques mois, était soudainement remis en question. Selon les déclarations obtenues en privé, le montant serait en train de fondre tout doucement. Comme un glaçon sous un projecteur. Jensen Huang confirme qu’il y aura bien un investissement, mais pas du tout à la hauteur du chiffre magique annoncé en septembre. Traduction : beaucoup d’enthousiasme en communiqué de presse, beaucoup plus de prudence quand il faut signer les chèques. En interne, Nvidia doute : concurrence future d’OpenAI, dépendance client-fournisseur, et surtout valorisation qui part en orbite (jusqu’à 830 milliards, rien que ça). Résultat : le marché commence à se demander si la bulle IA n’est pas en train de découvrir la différence entre storytelling et cash-flow. Et quand Nvidia temporise… tout le trade IA se met à trembler.

D’où la couleur très très rouge des futures à l’aube, et le plongeon olympique des indices asiatiques. Mis à part le Kospi, le Hang Seng se prend 2.5% dans les dents et la Chine, 1.5%. Il faut dire qu’en Chine le PMI manufacturier s’est affiché sous les 50, indiquant une nouvelle contraction du secteur. Résultat, tout va mal et le doute est partout. Le Japon limite la casse, mais à l’approche des élections qui arrivent, on n’a pas fini de rire. Il semblerait d’ailleurs que la Première Ministre marche sur des œufs et qu’on ne se dirige pas vers une victoire facile. Pour faire simple, ce matin on a comme un doute et dans le doute, il semblerait que la solution soit de prendre la tangente… Et si en plus, Jensen Huang lui-même commence à avoir des doutes, on n’est sorti de l’auberge qui est au fond du trou et au fond des bois.

La semaine qui nous attend

Et en plus de tout ça, la semaine qui nous attend promet d’être spectaculaire, au-delà de la digestion de Warsh, nous allons avoir une avalanche de publications. Et on commence ce soir avec Disney avant l’ouverture et Palantir après la clôture – Disney ne devrait pas changer la face du monde, mais Palantir qui – je le rappelle – se traite à des valorisations qui donnent l’impression que la bulle internet de l’an 2000 était drivée par des « value stocks », ne pourra pas se permettre de décevoir. Et même si le CEO fait des pirouettes et des saltos arrière sur scène pendant la conférence de presse, il va falloir délivrer. Des chiffres et des promesses. Et les promesses, il faudra savoir les déclamer en envoyant des fleurs dans le public. Bref, ça pourrait être intéressant. Et puis plus tard dans la semaine, il y aura du monde au balcon, puisqu’Amazon et Google seront de sortie, sans oublier Novartis et UBS sous nos contrées.

Au-delà des trimestriels, c’est également la semaine de l’emploi. JOLTS, ADP et Non Farm Payrolls pour boucler la semaine. Mais avant toute chose, il va falloir survivre à ce lundi qui a l’air d’être extrêmement tendu quand on voit les couleurs du marché. Et le pire c’est qu’on dirait que ça tire dans tous les sens et qu’on ne fait pas de prisonnier. La tech, l’IA, le pétrole, les Cryptos, les métaux, tout le monde se fait tirer dessus, on se demande où est-ce que l’on va aller se planquer. Et puis alors quand on regarde les nouvelles du jour, il y a pas que des trucs sympas. Il y a par exemple Oracle qui veut encore emprunter 50 milliards – la boîte est déjà surendettée ET les gars commencent à flipper sur la rentabilité de l’IA – j’ai peur que Larry Ellison finisse par devoir vendre son île. Et il y a aussi Strategy – ou MicroStrategy comme disent les « vieux ». Vous savez, la boîte de Tom Saylor, celle qui base son business plan sur acheter du bitcoin, emprunter de l’argent et racheter du bitcoin, puis attendre que le bitcoin monte, pour emprunter plus et racheter encore du bitcoin. Stratégie qui cartonne quand le bitcoin monte. Sauf que là, sous les 76’000$, la stratégie de Strategy est officiellement en perte. Mais restons calmes, selon les « experts », il n’y a pas de « risque » de vente forcée et donc tout va bien. Pas raison de paniquer. Reste à voir jusqu’à quand tout le monde adhérera à cette vision.

Bon début de semaine..

Bref, ce matin on a une bonne ambiance de merde sans que pour autant Trump ait publié la moindre connerie sur ses réseaux. Je ne sais si c’est rassurant ou s’il faut s’en inquiéter. Mais en tous les cas, aujourd’hui le doute nous assaille et visiblement, le doute est présent dans toutes les classes d’actifs et il n’y a plus nulle part où aller se planquer, puisque même l’or et l’argent sont « has been ». Tout comme les cryptos. Et si l’on se base justement sur les cryptos pour connaître notre niveau d’appétit au risque, il y a de quoi se coucher sur le sol en position fœtale avec la tête entre nos mains en attendant que ça passe.

Malgré tout, je vous souhaite un excellent début de semaine et je vous recommande de vous échauffer un peu avant des mettre les mains dans le cambouis des marchés, parce qu’ils ne sont jamais aussi dangereux quand ils baissent pour plein de raisons différentes et qu’on n’arrive à coller la faute sur quelqu’un… mis à part la trouille qui elle, ne se commande pas.

Belle journée et à demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

“With or without religion, you would have good people doing good things and evil people doing evil things. But for good people to do evil things, that takes religion.”

Steven Weinberg