Ce mardi 17 février, c’était le premier jour de la semaine pour les marchés américains. On aurait pu croire que tout le monde était excité de revenir au bureau, histoire de trouver le prochain secteur qui va se faire massacrer par l’IA, mais en fait non. On s’est contenté de digérer des chiffres économiques dont tout le monde se fout, en attendant les chiffres économiques qui ne servent à rien mais que tout le monde attend avec impatience. Des performances intraday médiocres – et aucune nouvelle concrète qui nous donne un peu de lumière au bout du tunnel. Pour être franc, j’ai connu des week-ends pluvieux bien plus passionnants que la séance d’hier.

L’Audio du 18 février 2026

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Des calmants

Si on prenait le temps d’observer la séance d’hier avec un poil de recul, on avait vraiment l’impression que Wall Street était sous Lexomil et qu’en plus, les cachets avaient été consommés avec de l’alcool. Alors oui, effectivement, le Nasdaq a mis fin à 3 séances de baisse consécutives. La belle affaire. Le Nasdaq en question, finit en hausse de 0,1%. Tout comme le S&P500, d’ailleurs. Et si vous cherchiez de l’excitation, il ne fallait pas frapper à la porte du Dow Jones. Lui il terminait en hausse 0.07%. Rien qu’à réciter ces performances de la journée, j’ai failli m’endormir sur mon clavier. Alors oui, je sais, à l’intérieur des indices, ça bouge un peu – d’accord – mais quand même, l’un dans l’autre, ça veut quand même dire que ça fait des semaines qu’on s’emmerde sous les 7’000 sur le S&P500 et on a l’impression qu’on se fait secouer au 220 volts dès qu’on s’approche à moins de 50 points de ce MUR qui semble inatteignable – enfin, tant qu’on n’aura pas pris une décision sur les Magnificent 7 ou sur les conséquences de l’IA dans le business classique pour les 9 prochaines années. Ce qui risque de prendre un peu de temps.

En clair : ça bouge. Mais pas trop. Le marché respire… mais en apnée et en serrant les fesses. Et comme d’habitude, quand on ne sait pas trop quoi faire, on achète de la techno et un peu de finance. Parce que ça rassure. C’est un peu « la Fondue » de la Bourse, parce qu’une bonne fondue ; ça passe toujours en hiver. Notez bien qu’en été aussi. Et puis, ce qu’il y a de bien quand on regarde les secteurs, c’est qu’on se rendait compte que l’immobilier était en hausse. C’est qui est presque ironique quand on regarde les chiffres publiés en parallèle. Oui, parce qu’hier, il y a les chiffres du NAHB qui sont sortis. Le NAHB c’est le baromètre du « moral des constructeurs » et je le reconnais, en 20 ans de chroniques boursières, je crois que l’on peut dire que la plupart du temps : ON S’EN FOUT ! Mais comme hier, il n’y avait pas grand-chose à faire ou à regarder, on s’est soudainement intéressé à tous les chiffres qui sortaient comme si notre vie en dépendait.

Des chiffres en pagaille

DONC, l’indice NAHB est sorti à 36 alors qu’on attendait 38. Et là, vous allez me dire : « et ça veut dire quoi 36 ou 38 ? C’est par rapport à quoi ? ». Comme quoi, vous êtes en train de l’expérimenter par vous-mêmes : on ne sait même pas de quoi on parle ! – Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est qu’en dessous de 50, on estime que les constructeurs ne sont pas franchement euphoriques. En résumé, construire coûte cher, les taux sont encore là et sont trop hauts et l’accessibilité au logement reste un parcours du combattant. Mais heureusement, les chiffres récents de l’inflation disent que ça va mieux. Selon les experts qui ont toujours un truc à dire, le problème c’est le coût de le construction et l’offre sur le marché. SANS BLAGUE ? ça veut donc dire – si j’ai bien tout compris – que si la construction était moins chère et que l’offre était plus abondante, ça irait mieux ? Bref ; rien de nouveau sous le soleil. On sait ce qui ne va pas, mais on ne sait toujours pas comment régler le truc rapidement.

Mais attendez ! Comme c’était super-chiant hier, on a trouvé un autre chiffre à analyser : Le New York Empire State Manufacturing Index qui est sorti à 7,1. Alors là c’était moins que le mois dernier où on était à 7,7. Mais c’était une bonne nouvelle, parce que les attentes étaient nettement, mais alors nettement plus basses. D’ailleurs Je ne sais pas comment les gars sont arrivés à des chiffres aussi bas pour se rater à ce point, mais disons que c’était surtout « moins pire » que prévu et c’était donc bien. L’industrie américaine n’est pas morte, mais elle n’est pas non plus en train de courir le marathon de New York en 2h30 avec un sac cailloux se le dos. Elle marche. Tranquillement. Comme un joggeur de 54 ans qui aurait décidé de s’y remettre, mais sans forcer. Pour le reste, je crois qu’hier on pouvait dire que le marché était en « réflexion » et qu’ils ne savaient pas trop quel chemin prendre. D’un côté les chiffres récents nous disent que la FED va baisser les taux et maintenant que l’inflation est sous contrôle, mais en même temps on se demande si tout ça est vrai et on hésite quand même à se jeter dans le grand-bain. Peut-être qu’on préfère attendre les Minutes de ce soir et le PCE de vendredi et qu’ensuite on préfèrera attendre les chiffres de Nvidia qui seront publié mercredi soir la semaine prochaine. Non, parce CES CHIFFRES-LÀ, ils vont vraiment nous donner la direction à suivre. En attendant, je reprendrais bien une double dose de Lexomil pour passer le week-end.

Allemagne : le moral prend une claque

Les marchés européens terminaient tous dans une hausse plus marquée qu’aux USA – tout en restant relativement prudents par rapport aux angoisses que l’on vit sur l’IA aux USA. Le DAX termine en hausse de 0.8%, le CAC de 0.54% et la Suisse est au plus haut de tous les temps malgré le fait que Nestlé est empêtré dans ses histoires de lait pour bébé et ce, même si ça représente des peanuts dans leur bilan. Mais on a aussi eu droit à des chiffres économiques bien glauques en Europe, même si le marché s’en contrefiche comme de son premier Stop Loss. Hier le ZEW allemand est tombé à 58,3. Les EXPERTS attendaient 65 et le mois dernier on était à 59.6. Donc non seulement ça baisse… mais ça surprend à la baisse. Le moral des investisseurs et bientôt presque aussi bon que celui des Allemands de l’Est 6 mois avant la chute du mur de Berlin. En tous les cas, c’est tout aussi grisâtre.

Le même chiffre est sorti aussi en zone euro : 39,4 – avec un consensus de 45.7 et le mois dernier à 40.8 – l’optimisme est devenu hyper-timide. Alors bon, on n’est pas en panique, mais c’est pas simple d’écrire le mot « EUPHORIE » au Scrabble, quand t’as un X, un Z, deux Q, un M et pas de voyelles. L’Europe reste clairement coincée dans cette espèce de dépression économique chronique, avec en bonus des incertitudes politiques permanentes. Alors perso, je ne suis pas la politique en Allemagne, mais en France, quand on voit la bande de clowns qui gère le pays, comment voulez-vous que l’investisseur soit rongé par l’envie d’investir… Mais bon, hier l’Europe était en hausse et elle faisait mieux que les Américains, ça donne envie de se refaire un milk-shake au Xanax.

L’Asie à moitié fermée

Les marchés asiatiques montaient mercredi matin très tôt. Tokyo est en hausse de 1.4%, Hong Kong est en hausse, la Chine est toujours fermée. Si vous cherchez les raisons de la hausse, c’est la tech qui redresse un peu la tête après s’être fait démonter ces dernières semaines. Mais attention ; la peur autour de l’impact de l’intelligence artificielle sur le secteur n’a pas disparu. On est dans un rebond technique. Pas dans une renaissance spirituelle. Parlons maintenant un peu du PARADOXE japonais. Lundi, le Japon a publié un PIB trimestriel décevant. Le Marché était en baisse. Mercredi, les chiffres du commerce extérieur montrent que les exportations explosent plus que prévu. Bonne nouvelle. Sauf que, les importations chutent et que le pays reste en déficit commercial. Donc oui, les exportations vont bien, mais la dynamique interne est plus fragile qu’elle en a l’air. C’est un peu comme annoncer que ton chiffre d’affaires monte… mais que tes dépenses baissent parce que tu n’investis plus. Ça rassure à court terme. Pas forcément à long terme. Mais bon, tant que le Nikkei monte, on va pas se plaindre.

L’or est à 4’956$, l’argent est à 75$ et des poussières et le baril de pétrole made in WTI se traite à 62.36$. Et vous savez pourquoi ça baisse ? Si vous trouvez, je vous paie un café. OUI ! c’est parce qu’on s’autorise à penser dans les milieux autorisés que les Iraniens seraient prêts à faire des concessions sur le nucléaire. YOUPIE ! Tout grâce au climat favorable de Genève. Aaaah, Genève, son service des contraventions, sa circulation fluide, ses supporters… En tous les cas, ça fonctionne, puisque le monde entier semble d’accord pour dire que l’Iran est prêt baisser son pantalon pour que les Américains les laisse rentrer à Téhéran pour que les débiles qui sont au pouvoir puisse continuer à massacrer le peuple, mais tout en étant raisonnable sur le nucléaire. Que du bonheur. Bref, le pétrole rebaisse en « signe de détente ». Qu’est-ce que Trump n’est pas prêt à faire pour choper son prix Nobel à la con. Le Bitcoin est à 67’600$ et le rendement du 10 ans est à 4.06%.

Pour le reste

Autrement, on notera que Norwegian Cruise est en folie parce que le fonds activiste Elliott détient plus de 10% et qu’il veut secouer le cocotier. Le titre a pris 12% et on se dit que parfois, il suffit de menacer le management pour que le marché retrouve le sourire. Et puis, Un nouveau joueur vient d’entrer dans l’arène quantique et il s’appelle Infleqtion (INFQ). Ils se sont introduits à Wall Street via une SPAC, valorisé 1,8 milliard. Le titre a commencé à 14$ et a grimpé direct au-dessus de 15, comme si le marché cherchait déjà le prochain Nvidia version physique quantique. La boîte ne fait pas que rêver d’ordinateurs futuristes refroidis à coups de lasers et d’atomes neutres ; elle vend aussi des horloges atomiques capables de remplacer un GPS devenu trop facile à brouiller, et bosse avec la NASA pour envoyer des capteurs gravitationnels dans l’espace. En clair, c’est du très long terme, pas rentable aujourd’hui, mais blindé de cash – 550 millions levés pour tenir jusqu’au moment magique où le quantique battra enfin les machines classiques. Le pari est clair : ce n’est pas une histoire de trimestre, c’est une histoire de décennie.

Hier soir, Palo Alto a publié de bons chiffres : bénéfice au-dessus des attentes, chiffre d’affaires en hausse, carnet de commandes solide. Sur le papier, tout va bien. Sauf que la prévision pour le prochain trimestre déçoit clairement. Et à Wall Street, ce n’est pas le passé qui compte, c’est l’élan. Résultat : -8% après la clôture. Le CEO vend le grand thème du moment : l’IA va créer de nouveaux risques, donc il faudra encore plus de cybersécurité. Logique imparable. Mais entre le discours sur le futur et une guidance trop molle, le marché a choisi. Il est susceptible, le marché. Et puis, Sandisk a littéralement explosé depuis son spin-off, +1’500% en un an, presque +150% rien que cette année… Et forcément, à un moment, l’ancienne maison mère regarde ça et se dit : “On va peut-être encaisser le pognon” Western Digital balance donc une offre secondaire de plus de 3 milliards pour monétiser les actions qu’elle détient encore. Résultat immédiat : Sandisk recule de plus de 5%, classique effet dilution. L’opération n’a rien d’un drame, c’était annoncé : WDC veut réduire sa dette, muscler son bilan et redevenir un pur player des disques durs, plus propre, plus lisible, plus rentable. En clair, ils transforment la hype Sandisk en cash pour se désendetter et potentiellement racheter leurs propres actions.

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Et pour finir

Officiellement, l’inflation ralentit – on en a assez parlé après les chiffres de vendredi dernier. Le CPI “core” glisse vers 2,5%, plus bas depuis presque cinq ans, et Wall Street respire comme si la bataille était gagnée. Sauf que… pas si vite. Une étude de la Fed de New York vient mettre un petit coup de pied dans la fourmilière. En retirant les effets temporaires — notamment le shutdown de 43 jours qui a complètement déréglé la collecte des prix à l’automne — leurs économistes – ceux de la FED – estiment que l’inflation tournait plutôt autour de 2,83% fin 2025. Pas 2%. Pas vraiment sous contrôle. Juste moins visible.
Le problème, c’est que pendant que les statisticiens étaient à l’arrêt, les promotions de fin d’année ont artificiellement aplati les prix. Donc on a peut-être regardé un thermomètre faussé en se disant que la fièvre tombait. Peut-être que l’inflation ralentit vraiment. Peut-être que c’est juste une illusion statistique. Et tant que le brouillard des données ne se dissipe pas, la Fed reste coincée entre ceux qui crient victoire… et ceux qui sentent que le feu couve encore sous les cendres. Alors ? On nous aurait menti ?

En résumé, on a des marchés qui flottent entre deux eaux : pas assez de mauvaises nouvelles pour paniquer, pas assez de bonnes pour s’enflammer. On s’ennuie en regardant des indices sous calmants, on dissèque des statistiques qu’on ignorait la veille, on s’excite sur deux-trois dossiers isolés pour se donner l’illusion qu’il y a encore de la vie là dehors. Et pendant ce temps, l’inflation joue à cache-cache, l’IA fait peur autant qu’elle fascine et la Fed observe le tout avec un air de prof qui attend que la classe se calme.

Bref, rien ne se casse, mais rien ne s’accélère non plus. On est suspendus entre l’espoir d’un nouveau bull market et la crainte qu’on se raconte des histoires. Et tant qu’on n’aura pas un vrai catalyseur – on continuera à tourner en rond sous Lexomil… en faisant semblant d’appeler ça de la stratégie.

Belle journée à tous et à demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

“The only place success comes before work is in the dictionary” – Vince Lombardi