Un début d’année 2026 intense pour les marchés financiers avec Donald Trump encore une fois au centre de toutes les polémiques. Le résultat de ce chaos plus ou moins organisé est une accélération des principales tendances de 2025 et des mouvements parfois assez exceptionnels de certains actifs.
Par François Rimeu, Stratégiste sénior, Crédit Mutuel Asset Management
Métaux en ébullition et incertitudes politiques aux États-Unis
Impossible de passer sous silence ce qu’il se passe actuellement sur le marché des matières premières et spécifiquement sur le marché des métaux rares (surtout) et industriels. Entre les tensions opposant l’Union européenne et les États-Unis autour du Groenland, les menaces de mise en place de 100% de droits de douane sur le Canada, l’éviction de Maduro au Venezuela ou encore les menaces contre l’Iran, les raisons d’augmenter leurs allocations à l’or ou l’argent n’ont pas manqué pour les investisseurs. S’ajoute à cela un contexte macroéconomique plutôt positif sur la croissance et des politiques budgétaires expansionnistes; là encore, il était peu surprenant de voir les métaux industriels se joindre à la fête, surtout dans un contexte de déficit d’offre important pour le cuivre par exemple.
Comme expliqué à de maintes reprises lors de nos dernières publications, tout était en place pour que la hausse des métaux rares et industriels se poursuive et nous conservons une vision positive à moyen terme. Malgré tout, il ne faut pas sous-estimer la dimension spéculative des derniers mouvements; il n’est ni normal ni tenable de voir le cuivre s’apprécier de 10% en une seule journée ou de voir l’argent progresser de plus de 30% en l’espace d’un mois. À court terme, la prudence nous semble donc de mise.
À ce chaos ambiant s’ajoute l’incertitude liée à la succession de Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine. Les favoris se sont succédés les uns après les autres au cours du mois écoulé et à l’heure d’écrire ces lignes, c’est Kevin Warsh qui semble être le choix le plus probable. Mais il faut rappeler ici que Jerome Powell est toujours visé par une enquête judiciaire portant sur de potentiels dépassements financiers liés à la rénovation du siège de la Fed à Washington et qu’à la suite de cette mise en accusation, certains sénateurs républicains ont déclaré qu’ils ne valideraient pas le prochain président tant que cette mise en accusation restait en place. C’est le cas de Thom Tillis, sénateur républicain de Caroline du Nord.
Enfin, et pour en terminer avec les États-Unis, difficile de ne pas évoquer la situation dans le Minnesota. Les fortes tensions actuelles pourraient provoquer un nouveau «shutdown» aux États-Unis, les démocrates refusant de voter le budget lié à la police de l’immigration («ICE»). Cela pourrait déboucher sur une nouvelle période de flou quant aux données économiques alors que les marchés n’ont toujours pas totalement digéré les conséquences du dernier shutdown. Une solution semble toutefois être en passe d’être trouvée.
Accords commerciaux pour l’Europe et risques inflationnistes
Parallèlement à tous ces évènements, l’Union européenne a signé deux accords commerciaux majeurs. Le premier avec les pays du Mercosur et le deuxième avec l’Inde. Dans les deux cas ces accords sont encore soumis à validation et vont prendre du temps avant d’être mis en place. C’est une bonne nouvelle pour l’Union Européenne qui diversifie ses échanges commerciaux pour moins dépendre des États-Unis ou de la Chine. C’est aussi une bonne nouvelle quant au futur approvisionnement en matières premières nécessaire à la transition écologique et numérique, l’Amérique latine étant la principale zone exportatrice d’aluminium ou encore de lithium. La Commission européenne estime l’impact positif sur la croissance à +0,1% dans les deux cas. Certains secteurs devraient en profiter de manière significative; c’est le cas de l’automobile, de la chimie ou encore des vins et spiritueux.
La fin du mois de janvier a été aussi marquée par le début de la saison des résultats du 4e trimestre. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions mais les signaux semblent encourageants du côté des entreprises technologiques (TSMC, Texas Instruments ou ASML). La baisse du dollar au cours des dernières semaines fait cependant peser un risque sur l’évolution des perspectives bénéficiaires en Europe ce qui n’est pas une bonne nouvelle après trois ans de croissance nulle.
Concernant les perspectives macroéconomiques, nous ne constatons pas de changement majeur. La consommation continue d’être plutôt dynamique aux États-Unis et en Europe ce qui soutient la croissance de ces deux zones. Le risque inflationniste reste de son côté pour le moment maitrisé sans avoir pour autant disparu.
La hausse récente du prix des matières premières énergétiques pourrait cependant remettre en question ce scénario si jamais elle perdurait. En effet, notre scénario qui reste plutôt positif sur les actifs risqués en dépit des risques évoqués plus tôt serait remis en question si le pétrole restait durablement sur des niveaux de 75-80$. Cela engendrerait une remontée du risque inflationniste, un effet négatif sur la consommation et un durcissement probable du ton des banquiers centraux. Nous n’en sommes toutefois pas là et notre hypothèse principale reste de voir le pétrole évoluer entre 55 et 70$ tout au long de l’année en raison d’une capacité de production excédentaire importante au sein des pays de l’OPEP.
Côté obligataire, nous conservons une préférence pour les actifs européens et la hausse récente de l’Euro devrait d’ailleurs être plutôt positive pour cette thématique. Les parties longues de la courbe semblent toujours dangereuses : les déficits budgétaires devraient rester très élevés en 2026 avec un risque supplémentaire aux États-Unis en raison des élections de mi-mandat. Les turbulences du marché obligataire japonais (mouvement de 6 écarts-types sur le 40 ans japonais le 20 janvier) pourraient par ailleurs se poursuivre avec les élections au Japon prévues le 8 février.
Perspectives pour le mois de février
Le risque a augmenté en janvier suite aux différentes tribulations de l’administration américaine. Il est probable que la volatilité reste un peu plus forte que précédemment dans les semaines qui viennent. Malgré tout, nous conservons une vision plutôt optimiste sur les actions à moyen terme, en lien avec des politiques budgétaires expansionnistes.