Je crois que là tout de suite, on va faire très simple. La (presque) seule chose qui nous intéresse et qui fait bouger les marchés, c’est le pétrole. Le reste n’a qu’un intérêt que je qualifierais de « moyen » ou d’opportuniste. Les Iraniens sont en train de mener une guerre qui est en train de poser problème aux Américains et au reste du monde. Une guerre qui fait monter le prix du pétrole et qui menace tous les plans prévus par Donald Trump. Le Président est en train de prendre des coups de tous les côtés et si la guerre ne se termine pas rapidement, ça va sérieusement commencer à se compliquer.
L’Audio du 6 mars 2026
Pour des raisons techniques, ce matin l’audio est celui du Morningbull Live sur YouTube… Retour à la normale lundi matin ! Désolé
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Réflexion de base
Hier les marchés n’avaient que d’yeux pour le baril qui franchissait les 80$. Les Iraniens ont attaqué un tanker américain dan le Golfe Persique et le WTI a pris l’ascenseur. À partir de là, la réflexion est simple : si le pétrole prend l’ascenseur, le prix de l’essence va exploser à la hausse. Si le prix de l’essence monte vite et haut, l’inflation va revenir au galop et ça va finir par se ressentir sur la consommation. La consommation en Europe n’étant déjà pas des plus fringante, on ne verra peut-être la différence, mais aux États-Unis comme on compte un peu sur le consommateur pour faire tourner le moteur de la croissance, ça risque de tousser un peu plus fort. La hausse des hydrocarbures d’hier a fait prendre conscience au marché que soudainement, tout le reste passait au second plan. Alors bien sûr, on parle toujours de l’Intelligence Artificielle parce qu’Anthropic s’est fâché avec le pentagone qui voulait utiliser l’IA pour jouer à Big Brother. Et pendant que ça s’insultait pas avocats interposés, OpenAi s’est glissé dans l’ouverture et semblait un peu moins scrupuleux. Et puis Marvell a également cartonné sur son trimestre À CAUSE de l’IA. Mais pour être franc, à la fin de la journée, le pétrole reste le centre du monde et la crainte numéro une du moment.
Les experts ont tous sortis leurs spreadsheets excel et se sont lancés dans des calculs savants tout en ressortant leurs bouquins d’économie et ils se sont rapidement rendu compte qu’à coup de 5 dollars de hausse, on va vite se retrouver avec une inflation galopante. Une situation qui pourrait bien commencer à se faire ressentir de manière assez violente. Cette prise de conscience et cette réflexion profonde nous a également mené sur le chemin d’une baisse des taux qui ressemble plus à un film de science-fiction qu’une réalité économique. Alors oui, Warsh sera le nouveau patron de la FED au mois de mai, mais même avec toute la meilleure volonté du monde et la pression tout en douceur de la part de Trump, même Tom Cruise ne serait pas capable de baisser les taux dans une situation inflationniste telle que la crise Iranienne est en train de créer.
La durée sera le maître du jeu
Alors oui, il est évident que les bourses mondiales ont une mémoire de poisson rouge et la réflexion « pétrole qui monte = inflation = pas de baisse des taux », n’était que la préoccupation de la journée d’hier et que tout peut changer demain, mais force est de constater que sans changement majeur et avec un WTI qui se balade au-dessus des 80$, la pression psychologique liée à une éventuelle « absence » de baisse des taux en 2026 pourrait commencer à laisser des traces dans le psyché des investisseurs. Il faudrait voir à ne pas oublier que le concept des taux bas était quand même l’axe central du narratif de base qui nous a permis de monter là où nous sommes. Si, si, rappelez-vous depuis que la FED changé son fusil d’épaule il y a bientôt trois ans, nous n’avons qu’une préoccupation en tête : trouver l’argumentaire macro-économique pour justifier la prochaine baisse de taux.
Aujourd’hui, il n’y pas besoin de se noyer dans la théorie économique pour bien comprendre qu’avec un pétrole qui explose, ça ne sera pas simple d’obtenir notre « came » habituelle pour justifier la hausse des marchés. La question de la durée de ce conflit devient donc assez logiquement « le nerf de la guerre ». Et on sent bien que les USA ne sont pas super à l’aise avec tout ça et qu’un enlisement du conflit serait une catastrophe que personne n’a envie de vivre. Et pire, depuis 48 heures, depuis que Macron et Trump ont promis assistance aux tankers pour traverser le détroit d’Ormuz, rien ne se passe. Rien ne bouge. On aurait pu se satisfaire de voir quelque chose de concret. Des actes plutôt que du bla-bla devant les journalistes. Mais pour l’instant, il ne se passe toujours rien et la situation reste bloquée. Autant vous dire qu’il va falloir que ça bouge rapidement, ou tout ça risque d’empirer. Sans compter qu’on sent que la panique d’un CHOC PÉTROLIER commence à pointer son nez à l’horizon. Pas plus tard que cette nuit, les USA ont autorisé l’Inde à acheter du pétrole russe pendant les 30 prochains jours. On voit que le concept de la girouette qui devient en ventilateur prend toute sa saveur. Les Américains qui avaient collé 25% de droits de douane punitif aux indiens parce qu’ils dealaient avec les Russes, viennent de tourner la veste de façon magistrale… En gros, tant que le problème du détroit d’Ormuz n’est pas réglé, on est prêt à s’asseoir sur toutes nos convictions au nom du Dieu Pétrole. Bref, même si aujourd’hui ça ne sera peut-être pas la même chose, hier le marché était lié uniquement au cours du baril et puis c’est tout. Le reste n’est que du vent. Une solution doit être trouvée rapidement ou sinon Trump se sera marqué le plus gros autogoal économique de l’histoire.
En Asie, on panse ses plaies
Pendant que la géopolitique s’emballe au Moyen-Orient, les marchés asiatiques terminent la semaine avec un sérieux mal de tête. Les indices ont bien tenté quelques rebonds techniques par moments, mais dans l’ensemble la tendance reste clairement négative, plombée par deux choses que les marchés détestent : la guerre et un pétrole qui s’envole. Ils n’ont rien inventé, c’est pas parce qu’ils sont réveillé 8 heures avant nous qu’ils réfléchissent différemment. Le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis est entré dans son septième jour et, pour l’instant, rien ne laisse penser qu’il va se calmer rapidement. Là aussi, le problème du pétrole devient obsessionnel. La Corée du Sud en fait les frais : l’indice KOSPI se dirige vers une semaine catastrophique avec une chute proche des 12 %. Le Japon limite un peu la casse, mais le Nikkei reste tout de même en baisse d’environ 6 % sur la semaine. En Chine, les indices reculent également, tandis que Hong Kong tente un petit rebond technique sans parvenir à sauver la semaine. Là-bas aussi l’inflation commence à faire peur et là-bas aussi on a les yeux rivés sur ce qui se passe dans la banlieue de Téhéran.
Ce matin le brut est à 80.68$ du côté WTI et à 85.18$ sur le Brent. L’or est à 5’120$, le Bitcoin vaut 70’000$ et le rendement du 10 ans US est à 4.14%.
Pour le reste
Voilà. Vous l’aurez compris, nous sommes 100% concentrés sur le baril, la disparition possible de la baisse des taux et le retour de l’inflation hors de contrôle et pas forcément transitoire. Au milieu de tout ce sable et de toute cette poussière soulevée par les bombardements, si on fouille un peu dans les médias, on se retrouve quand même avec des craintes sur le « Private Credit » qui refont surface. Rien de neuf sous le soleil, mais les gens commencent à fouiller un peu plus loin dans ces structures opaques, histoire de voir si tout cet argent n’a pas été prêté n’importe comment à n’importe qui, histoire que tout ça ne nous pète pas à la figure alors qu’on peine déjà à régler le problème de l’inflation importée du Moyen Orient.
Et puis, pendant que Trump est en train de gérer « sa guerre » à l’autre bout du monde, ses opposants ne rate pas une occasion de lui jeter du sable au visage. Depuis hier, une coalition de 24 États américains, menée par la procureure générale de New York Letitia James, vient de déposer une nouvelle plainte pour tenter de bloquer la dernière vague de droits de douane décidée par la Maison-Blanche. Pas l’ancienne. LA NOUVELLE. Après que la Cour Suprême ait mis les bâtons dans les roues de Donald sur le sujet de la loi IEEPA, Trump avait immédiatement relancé sa stratégie en s’appuyant cette fois sur une autre base juridique : la Section 122 du Trade Act de 1974, qui permet d’instaurer des tarifs temporaires pour corriger des déséquilibres économiques. Le tarif global est actuellement de 10 %, avec l’intention de le porter à 15 %. Pour les États plaignants, il s’agit surtout d’une tentative de contourner la décision de la Cour suprême. Ils estiment que cette loi n’a jamais été conçue pour mener une politique commerciale globale et que le président empiète sur les prérogatives du Congrès, qui détient normalement le pouvoir d’imposer des droits de douane. La plainte vise donc à faire déclarer ces nouveaux tarifs illégaux et à obtenir le remboursement des milliards déjà payés par les entreprises. Du côté de la Maison-Blanche, la ligne de défense reste simple : Trump utilise, selon eux, les pouvoirs que le Congrès lui a donnés pour corriger les déficits commerciaux des États-Unis. Autrement dit, pendant que les marchés essaient d’évaluer l’impact économique des tarifs, la guerre commerciale américaine est aussi devenue une bataille juridique… et elle ne fait probablement que commencer. Mais entre ça, le baril qui monte et la guerre qui pourrait bien s’enliser au Moyen Orient, l’année 2026 de Donald Trump semble assez mal barrée et la route vers les Mid-Terms, va être parsemée d’embûches.
Le chiffre du jour
Voilà, nous sommes vendredi, c’est le premier vendredi du mois de mars et comme il n’y a pas eu de shutdown depuis 2 semaines, le Bureau Of Labor Statistics va pouvoir nous annoncer les chiffres de l’emploi, les fameux non-farm payrolls. Oui, parce que comme la guerre et le prix du baril ne sont pas assez pénibles à gérer on s’est dit qu’on pourrait bien remettre une couche de macro dans l’histoire. Ça pourrait bien mettre de l’ambiance et pousser la réflexion, ça nous fera du bien avant le week-end. Les attentes sont de 65’000 créations d’emplois. Je me réjouis de voir de combien ils se sont ratés ce mois.
C’est donc tout pour cette semaine, mais je suis persuadé qu’il y aura plein de choses à dire lundi matin, parce que la guerre ne s’arrête pas pendant le week-end et il n’est exclu qu’on ait un peu de rattrapage à faire dans trois jours…
Excellent week-end à tous et à lundi !
Thomas Veillet
Investir.ch
“Be who you are and say what you feel, because those who mind don’t matter and those who matter don’t mind.”
– Bernard M. Baruch