Je ne vais pas vous rejouer toute l’histoire du week-end. La semaine dernière nous étions obsédés par Nvidia, l’IA qui voulait nous remplacer et les investissements qu’on ne reverra peut-être jamais dans l’IA. Et puis Trump s’est finalement lâché et l’enturbané en chef, s’est fait plier en 15 minutes. Ça fait 20 ans qu’il menace les USA de guerre totale et de punition divine et 15 minutes après le premier coup de feu, le gars est déjà mort et enterré 65 mètres en-dessous de son salon. Le reste du week-end, c’est beaucoup de breaking news et des influenceuses à Dubaï qui soudainement trouvent la France très cool. Et ce lundi matin, nous, on va devoir gérer l’ouverture qui va être violent.

L’Audio du 2 mars 2026

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Une violence relative

On ne va pas revenir trois jours sur le concept du son du canon et du son du clairon, vous avez largement entendu parler du concept dans ces colonnes ces dernières années. Ceux qui ont encore un doute, voici un lien [https://youtu.be/OV2ns8ooOSc] pour aller voir la vidéo d’hier où je reviens encore une fois sur le concept… Mais en gros, il faut juste savoir qu’historiquement, chaque fois que ça pète et que ça baisse fort, il faut acheter, parce qu’ensuite, dès que le marché a appris à gérer l’incertitude, ça remonte comme un boulet de canon. Oui. Bon. D’accord, la référence n’est peut-être pas très appropriée, mais il fait nuit et j’ai rien de mieux pour le moment. Et là, au milieu de la nuit, pendant que ça continue de tirer ans tous les sens au Moyen Orient, les futures viennent d’ouvrir et force est de constater que c’est pas si moche que ça. Le S&P est en baisse de 1% et les médias US commencent déjà à titrer en gros caractère : LE DOW JONES PERD 500 POINTS À L’OUVERTURE À CAUSE DE LA GUERRE EN IRAN…

Euh, les gars, 500 points, c’est un gros pourcent. On va peut-être commence à se calmer avant de parler de guerre nucléaire et de krach boursier EN MÊME TEMPS. Il est un peu tôt pour le dire, mais si on se réfère à la baisse annoncée pour le moment et que l’on mélange doucement avec la théorie du canon et du clairon, j’ai très envie de dire que les marchés ont commencé à comprendre ; on va même pas laisser baisser avant de racheter. Alors oui, certainement que j’anticipe un peu et que je m’emballe, mais là tout de suite, ça ne laisse pas augurer d’une panique monstrueuse dans l’immédiat. Par contre, c’est du côté du pétrole que ça pourrait couiner ce matin et ces prochains jours. À propos de ce dernier, je vous fais grâce des EXPERTS EN PÉTROLE qui se sont excités tout le week-end pour expliquer que ce qui se passe actuellement pourrait déclencher un CHOC PÉTROLIER et que le baril pourrait bien monter à 100$.

Le détroit qui est très étroit

Alors je ne vais pas me lancer dans les prédictions sur le cours du pétrole. Je suis déjà excessivement mauvais sur le reste des classes d’actifs, alors me lancer sur le sujet d’un truc qui est produit aux quatre coins du monde et qui a déclenché presque plus de guerres que toutes les religions du monde réunies – ce qui n’est pas peu dire – me paraîtrait excessivement gonflé. Pourtant, il faut tout de même admettre que la hausse verticale du baril (si elle se prolongeait), pourrait avoir des conséquences quelques peu dérangeantes pour les économies occidentales. Ce matin, le baril a donc ouvert autour des 72$ sur le WTI et de 78$ sur le Brent. Pas besoin de suivre les marchés en détail depuis 30 ans pour savoir que c’est pas bon pour le consommateur, que c’est pas bon pour l’inflation et que c’est encore moins bon pour le consommateur qui EN PLUS, roule en V8.

À l’heure où je vous parle, personne ne sait quand est-ce que les gardiens de la révolution vont rendre les armes et quand est-ce que ce gouvernement théocratique à deux balles – ou ce qu’il en reste, va rendre les armes. Mais une chose est certaine : avec un baril qui frôle les 80$ sur le Brent, il va rapidement falloir que ça change, sinon les derniers espoirs que nous avions de voir les taux baisser avant l’été vont s’évaporer dans l’atmosphère à la vitesse de la lumière. Vous voyez, on n’a même pas encore fini d’intégrer la guerre en Iran que l’on panique déjà au niveau des taux, de l’inflation et de la macro… Souvenons-nous quand même qu’il existe un vieux proverbe qui dit que quand le baril dépasse les 100$, c’est la récession qui frappe à nos portes.

Et alors ?

Et soudainement le détroit d’Ormuz refait surface dans les médias. Oui, parce qu’il y a des endroits sur la carte qu’on ne remarque jamais… jusqu’au jour où ils deviennent le centre du monde. Le détroit d’Ormuz fait partie de ceux-là. Un simple couloir maritime, à peine une vingtaine de kilomètres à son point le plus étroit, mais par lequel transite environ un cinquième de l’énergie mondiale. Pétrole, gaz liquéfié, tout ce qui fait tourner la planète.

Et depuis ce week-end, ce couloir s’est vidé. Après l’opération américaine “Epic Fury” et la mort du guide suprême iranien, la riposte de Téhéran n’a rien eu de symbolique. Frappes sur des bases américaines, tensions régionales élargies, ton nettement plus agressif que lors des précédents épisodes. On n’est plus dans le missile diplomatique envoyé pour la forme avant un retour au calme. Là, on parle d’un conflit qui change de dimension. Officiellement, l’Iran ne ferme pas le détroit. Officieusement, des navires reçoivent des avertissements radio des Gardiens de la Révolution, les assureurs retirent leurs couvertures et certains tankers font demi-tour. Résultat : le flux quotidien, qui tournait autour de 20 millions de barils, est tombé quasiment à zéro. Techniquement, ce n’est pas “fermé”. Concrètement, c’est paralysé.

Le retour de l’ingérable inflation

Le pétrole n’a pas attendu longtemps pour réagir. Vendredi, il valait environ 67 dollars. À la réouverture, il a bondi de plus de 7%. Les projections commencent à circuler : 108 dollars le baril si le blocage se confirme, 120 à 150 dollars si la situation dure ne serait-ce qu’une journée complète. Une journée suffit à faire dérailler les calculs d’inflation, les espoirs de baisse de taux et l’équilibre fragile des marchés actions. Parce que le pétrole reste l’impôt invisible mondial. Quand il monte, tout monte : transport, production, prix à la consommation. Les banques centrales se retrouvent coincées, les marchés corrigent, la croissance ralentit. On peut parler d’IA et de révolution technologique, mais l’économie mondiale tient encore à quelques points de passage physiques extrêmement vulnérables.
Certains espèrent que le scénario classique se répétera : choc, flambée des prix, puis désescalade rapide et retour au calme. Sauf que cette fois, le contexte est différent. La décapitation du leadership iranien rend la réaction plus imprévisible. Fermer totalement Ormuz serait une arme redoutable, mais aussi aveugle, qui frapperait adversaires et partenaires, y compris la Chine. Pourtant, quand un régime joue sa survie, la rationalité économique peut devenir secondaire.

Les pays du Golfe peuvent détourner une partie de leur production via des pipelines terrestres, mais cela ne compense qu’environ un tiers des volumes habituels. Autrement dit, si Ormuz reste bloqué, une part massive de l’offre mondiale disparaît temporairement. Et dans un marché déjà tendu, c’est suffisant pour provoquer une onde de choc globale.
Aujourd’hui, l’économie mondiale est suspendue à ce couloir maritime étroit. Ce n’est pas un algorithme ni une décision de banque centrale qui dicte la tendance, mais la question très simple de savoir si des tankers peuvent, ou non, traverser un détroit. Parfois, la mondialisation tient à un étroit passage de 20 kilomètres. Et ça, c’est tout sauf rassurant.

L’Asie

Ce matin, l’Asie étaient les premiers à rouvrir au milieu de cette crise géopolitique. Le résultat ne s’est pas fait attendre, mais en même temps, il n’est pas si catastrophique que ça. Le Nikkei perd moins de 2% et Hong Kong, pareil. La Chine est presque inchangée et on a l’impression que personne ne veut croire à la durée de ce conflit. Ce qui paraît plutôt logique quand on voit la puissance de feu des Américains et des Israéliens. Le régime iranien est en train de tenter le tout pour le tout pour sauver ses fesses, mais vu la colère de Trump et son discours de « chef de guerre » de cette nuit, durant lequel il parle d’une durée de 4 semaines et de sa volonté de venger chaque vie américaine perdue, ça devrait aller vite. Mais peut-être pas assez vite pour sortir de la crise pétrolière qui pourrait avoir des conséquences mondiales assez rapidement.

On ne va pas se mentir, en ce début de semaine, tout le monde aura les yeux rivés sur le cours du pétrole et tant que l’on n’en saura pas plus au sujet de la fin du conflit et de la protection du détroit d’Ormuz, tout peut arriver. En tous les cas, en ce premier jour de réouverture, on va plus se concentrer sur la thématique pétrolière que sur les petits bonheurs de l’intelligence artificielle qui va nous piquer nos jobs. Pour le moment, l’or est à 5’364$, l’argent suit le mouvement à 94.08$ et le Bitcoin est à 66’700$. On pourrait parler des rendements, mais disons que pour le moment, la baisse des taux prévue en début d’été semble être mise entre parenthèse jusqu’à nouvel ordre. On imagine mal une baisse des taux avec un baril à 120$…

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Le début de semaine sera très intéressant et les intervenants vont devoir redéfinir leurs priorités, mais une chose à l’air plus qu’évidente c’est que l’ouverture de ce matin ne sera pas le « BAIN DE SANG » qui nous a été prédit en début de week-end. On va tous surveiller les chaînes d’info pour voir s’il se passe un truc important qui serait susceptible de changer la donne et en attendant, on va marcher sur des œufs. Inutile de vous dire que le centre du monde sera le pétrole tant qu’on n’y verra pas plus clair et bien malin qui pourrait dire comme la semaine va se terminer.

L’ouverture sera très intéressante, même si – à voir le comportement des futures durant la nuit – ça sera moins pire que prévu. Je ne sais pas si le concept du « buy the dip » fonctionne aussi bien dans ce genre d’évènement, pour le moment j’aurais tendance à répondre par l’affirmative, mais ça demande un peu de recul et de voir le comportement des traders dans cette partie du monde. Ensuite, on pourra tirer des plans sur la comète et peut-être réintégrer un peu « d’autre chose » que du pétrole dans notre réflexion. En tous les cas, pour un type comme moi qui suis resté debout la plupart de la nuit, j’ai l’impression que le pire c’était à minuit et que plus ça avance, moins ça à l’air de paniquer. Même si les Iraniens viennent d’envoyer Trump se faire voir lorsqu’il leur a proposé de négocier. Si on avait encore un doute que le régime de Téhéran soit suicidaire, visiblement il a été levé ce matin. La question reste de savoir comment ils vont réussir à mettre un terme à tout ça et quand est-ce que les bateaux qui traînent à l’embouchure du détroit vont pouvoir bouger.

Les chiffres (pour ceux que ça intéresse)

Pendant que tout le monde va s’improviser expert sur le pétrole, il y aura quand même plein de Manufacturing PMI’s en Europe et cette après-midi, il y aura l’ISM Manufacturing Employment aux USA. Un bon échauffement pour les NFP’s de vendredi. Je ne sais pas si on aura le temps d’aborder le sujet d’ici-là, mais on en reparlera.

Pour le moment, les futures sont en baisse de 0.87%, le pétrole est à 71.25$ sur le WTI et rien ne bouge dans le détroit d’Ormuz… Passez une belle journée et à demain pour la suite des aventures de Donald en Iran.

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

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― Winston Churchill