Là, je dois dire que nous sommes en train de nous enfoncer très loin dans la psychologie de marché. Tellement loin que ça commence à dépasser l’entendement et la raison. Le retour au bureau aura été tendu en ce lundi matin, mais ça n’aura pas duré. Pendant que les Européens étaient en forte baisse à cause des « inquiétudes liées à la guerre au Moyen-Orient », les marchés américains étaient déjà passés à l’étape suivante : la fin de la guerre et la baisse du pétrole. Hier je vous parlais du son du canon et du son du clairon. Eh bien nous avons donc décidé de griller les étapes en partant du principe qu’on se foutait TOTALEMENT du son du canon et qu’on allait directement viser le clairon.

L’Audio du 3 mars 2026

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L’art de l’interprétation du « RIEN N’À FOUTRE »

Je dois l’avouer, je suis ABSOLUMENT fasciné de l’interprétation que nous faisons du conflit actuel. Et je vous jure, je ne l’invente pas. En lisant la presse de cette nuit, je suis tout bonnement stupéfait des justifications qui sont utilisées pour motiver le rebond durant la séance américaine d’hier. Non, parce que pour ce qui est des européens, on ne va pas trop se poser de question, comme d’habitude ils étaient inquiets – en plus comme personne leur a demandé de venir s’occuper des Iraniens, ils ne savaient pas trop quoi faire de leurs dix doigts, alors ils ont tout vendu parce qu’avec le pétrole qui monte, la consommation et l’inflation allait probablement tirer la gueule à moyen terme et la seule chose que les Européens pouvaient espérer, c’est que Trump se magne de finir le boulot, rouvre le détroit d’Ormuz et fasse rebaisser le pétrole bien avant les midterms pour pouvoir fêter ça.

Pour être franc, le seul chef d’État qui m’a impressionné hier, c’était Macron. Tu sentais que le mec il était frustré de pas avoir été invité, ni même prévenu de la guerre en Iran. Depuis samedi, le gars organise des « Conseils de Défense » toutes les 15 minutes, comme si les Mollahs étaient en train de faire la queue aux douanes de Charles De Gaulle pour envahir la France. Et puis ensuite, il s’est précipité en Bretagne en jet, escorté par 4 Rafales pour montrer la puissance militaire de la France, parler de son nouveau sous-marin qu’on ne verrait pas avant dix ans et annoncer qu’il ne dira PLUS JAMAIS combien d’ogive nucléaires il possède. Tu sens tellement que le Président français il est tout chafouin et tout énervé et il doit ABSOLUMENT trouver un moyen de faire parler de lui. Je ne suis pas loin de penser qu’il va bombarder l’Algérie, juste parce qu’il doit ramener un peu de lumière sur lui. Mais bon, là n’est pas le sujet. Hier les marchés européens se sont fait allumer, parce qu’ils étaient inquiets.

L’art de l’interprétation du « RIEN N’À FOUTRE », chapitre DEUX

Mais alors pendant ce temps, aux USA, les indices avaient ouvert en baisse pour les mêmes raisons : la fameuse inquiétude et le son du canon. Et puis, plus les heures passaient, plusWall Street semblait se raviser. Comme l’expliquait un expert des marchés américains et de la psychologie de Wall Street ; « au cours des 15 dernières années, les investisseurs américains ont été conditionnés à ne pas réagir de manière excessive à ces gros titres géopolitiques. » EH BEN VOILÀ ! Y A QU’À, FAUT QU’ON… Y a qu’à ne pas surréagir à la baisse parce qu’à la fin c’est les Bulls qui gagnent. Habituellement ce genre de processus prend au moins deux-trois jours, mais visiblement, depuis l’arrivée de Trump, tout semble s’accélérer.

Alors oui, la guerre n’est pas finie, mais visiblement, les investisseurs n’ont aucun doute sur la finalité de cette dernière et il n’y a vraiment pas de raison de perdre du temps à attendre bêtement l’occasion de racheter. On a carrément court-circuité notre bon vieux « buy the dip » et on est passé directement à « buy tout court ». La vision des intervenants est assez simple : la guerre ne va pas durer et le pétrole va rebaisser – sans compter qu’avec le détroit d’Ormuz qui est fermé, les Américains sont clairement les plus gros producteurs de pétrole « libre » de la planète. Mais lorsqu’on lit un peu plus loin dans les « commentaires de la veille », ce qui est absolument fascinant c’est qu’on pense que la guerre va « très vite » s’arrêter, mais on a quand même racheté tout le secteur « armement » en anticipation des contrats juteux à venir. En résumé, hier les marchés US sont remontés en terrain positif parce que les États-Unis ne sont plus l’ado fragile dépendant du pétrole du Moyen-Orient.

Moins de dépendance

Depuis 2019, ils sont exportateurs nets d’énergie. En clair : quand le baril monte, ça pique moins que chez les autres… et ça peut même faire du bien. Les valeurs énergie flambent, le secteur signe des records, et Wall Street se comporte presque comme un mini-OPEP coté en bourse. Vous ajoutez à ça un ISM manufacturier au-dessus des 50 pour le deuxième mois d’affilée — oui, de l’expansion, ce truc qu’on n’avait plus vu en double dose depuis 2022 — et on obtient un cocktail parfait pour les optimistes : guerre là-bas, croissance ici. Et soudainement, la macro retrouve de l’importance.

Même la tech, qui avait perdu un peu de son aura la semaine dernière, profite du mouvement : Nvidia, Microsoft, Palantir rebondissent, certains se disent que tant qu’à avoir un conflit, autant acheter ceux qui vendent les puces et les logiciels qui vont avec. Évidemment, tout le monde n’est pas béat d’admiration et d’optimisme exacerbé. Jamie Dimon parle de complaisance, certains rappellent que si le détroit d’Ormuz reste bloqué plus de quelques semaines, l’Europe et l’Asie pourraient tousser sévèrement, et que l’inflation pourrait se réveiller au pire moment. Mais pour l’instant, le marché regarde au-delà des bombes. Il parie que ça ne durera pas, que les bénéfices ne seront pas touchés, que la guerre sera courte et que la macro US reste solide. En résumé : le monde tangue, Wall Street hausse les épaules, encaisse la mèche rouge du matin, et termine presque tranquille. Acheter quand les bombes tombent ? Acheter au son du canon ? En 2026, ce n’est plus un proverbe. C’est devenu un réflexe, on n’attend même plus 24 heures avant de racheter. Et comme tous les réflexes en Bourse, ça marche… jusqu’au jour où ça ne marche plus.

Et pendant ce temps-là, en Asie, la guerre n’est pas terminée

Pendant que Wall Street jouait les cow-boys imperturbables en mode “buy the bombs”, l’Asie, elle, n’a pas trouvé ça drôle du tout. Ce matin, les marchés asiatiques ouvrent avec cette sensation bizarre qu’on connaît trop bien : personne ne sait où ça va, mais tout le monde sait que ça peut mal tourner. Les déclarations américaines, israéliennes et iraniennes ne parlent pas d’apaisement, le pétrole flambe, le commerce mondial tousse déjà, et les futures US redonnent un petit -0,75% histoire de rappeler que la nuit porte conseil… mais pas toujours des bonnes nouvelles. Et que, peut-être, finalement, on est moins optimiste qu’hier. Ou alors on veut continuer à faire baisser l’Europe pour racheter pas cher. Après avoir été LA STAR incontestée ces derniers mois, la Corée du Sud prend la claque la plus spectaculaire : le KOSPI décroche de plus de 5% après un long week-end, un peu comme si le marché avait accumulé l’angoisse et décidé de tout lâcher d’un coup. Les stars locales de la tech, SK Hynix et Samsung, corrigent sévèrement, Hyundai aussi, et ce qui était encore porté par l’euphorie IA en février se transforme en prise de bénéfices brutale. Moralité : l’intelligence artificielle ne protège pas des missiles. Enfin, pas tout de suite. Mais on notera que pendant que la tech coréenne se faisait massacrer le secteur de la défense sud-coréenne explosait à la hausse, comme quoi, y a toujours moyen de faire du business et la diversification a du bon.

Le Japon n’est pas beaucoup plus serein. Le Nikkei et le TOPIX perdent près de 3%, coincés entre des chiffres domestiques contradictoires — investissement solide, chômage qui remonte — et une Banque du Japon qui continue de parler hausses de taux. Oui, en pleine tension géopolitique mondiale, Tokyo se demande encore comment normaliser sa politique monétaire. Courageux… ou inconscient, je vous laisse juge. Pendant ce temps, la Chine reste presque zen. Les indices de Shanghai ne reculent que légèrement. Pourquoi ? Parce que Pékin prépare ses grandes réunions politiques, son quinzième plan quinquennal, ses promesses de soutien à la tech et à l’industrie, et surtout — mot magique — du stimulus. Quand la géopolitique s’emballe, la Chine répond souvent par des plans à cinq ans et des chèques à long terme. C’est moins spectaculaire, mais ça rassure un peu. Hong Kong limite aussi les dégâts grâce aux valeurs énergie et à quelques technos soutenues par des recommandations d’analystes. Comme quoi, même au milieu des tensions, des bombardements et des missiles, un bon “Overweight” peut encore faire sourire un trader.

En résumé : l’Asie n’a pas adopté le mantra américain du “tout va bien se passer”. Elle regarde le pétrole, le commerce mondial, l’inflation potentielle, et se dit que si le détroit d’Ormuz reste bloqué trop longtemps, ce ne sera pas une simple bougie rouge intraday.

Wall Street parie sur une guerre courte. L’Asie, elle, regarde la carte, compte les tankers bloqués au port… et serre les dents.

Mais encore

Le pétrole est à 73.33$ et semble démarrer encore un peu plus fort à la hausse ce matin. L’or est 5’358$, l’argent à 89.35$ et le Bitcoin à 68’000$ et des poussières. Et pendant que les traders actions gèrent leur psychologie à très-très court terme, du côté de l’obligataire, c’est pas la même vision, ni la même mayonnaise. Pendant que les actions américaines faisaient semblant d’avoir du sang-froid, le marché obligataire, lui, a clairement perdu le sien. Troisième jour de conflit avec l’Iran, pétrole qui flambe, détroit d’Ormuz sous tension… ça ne plaît pas à tout le monde et les investisseurs ont décidé de larguer les bons du Trésor américain comme si c’était devenu un actif risqué. Résultat : le rendement du 10 ans grimpe de 9 points de base en une séance, sa plus forte hausse depuis neuf mois, et repasse au-dessus des 4%. Et quand le 10 ans s’énerve, ce n’est jamais anodin : crédits immobiliers, coûts de financement des entreprises, valorisations boursières… tout est accroché à ce thermomètre-là.

La logique derrière ce mouvement est brutale mais limpide : la guerre est inflationniste. On brûle du matériel, on dépense sans produire, le pétrole monte, les coûts suivent. Le Brent et le WTI touchent leurs plus hauts de l’année. Et si le pétrole s’installe durablement à ces niveaux, l’inflation, qu’on croyait à peu près contenue, pourrait refaire surface au pire moment. Ironie du timing : la semaine dernière encore, les Treasurys jouaient les valeurs refuge. Le 10 ans était brièvement repassé sous les 4%, les taux hypothécaires sur 30 ans retombaient sous les 6% pour la première fois depuis 2022, et certains commençaient à rêver d’un environnement un peu plus respirable pour l’immobilier et la consommation. Tout ça vient de prendre un coup de chaud. Le marché obligataire était déjà nerveux avant les frappes, comme le montrait la flambée de l’indice MOVE — le “VIX des taux”. Mais le conflit a servi de catalyseur. Et surtout, il complique sérieusement la tâche de la Fed : même si la banque centrale considère la hausse du pétrole comme transitoire, baisser les taux en plein regain de pressions inflationnistes donnerait un très mauvais signal. Ce qui frappe, c’est le contraste : les actions finissent presque stables, certains achètent le dip, la tech rebondit… pendant que les obligations encaissent la plus grosse claque depuis neuf mois. En clair, les actions parient sur une guerre courte. Le marché obligataire, lui, commence à envisager un scénario plus long… et potentiellement plus coûteux.

Du côté de la guerre

Pour le reste, on reste tout de même concentré sur ce qui se passe « là-bas ». L’ambassade américaine à Ryad a été touchée par des drones, Trump promet une réponse très bientôt. Les Iraniens déclarent avoir détruit le poste de commandement américain de la base de Bahreïn. Ce qui n’est pas confirmé. Les Israéliens bombardent les positions du Hezbollah à Beyrouth. Des avions ont redécollé de Dubaï. Rien ne semble terminé et Trump parle régulièrement sur un ton vindicatif et ne semble pas du tout prêt à lâcher du lest. Le Président américain n’exclut d’ailleurs pas d’envoyer des troupes au sol. Pendant ce temps, Bloomberg estime que l’Europe peut très bien supporter la crise actuelle, ainsi que la crise pétrolière actuelle, si c’est plié en moins d’un mois. Ça tombe bien, Trump a parlé de 4 semaines. Et puis le département d’état américain a encouragé l’ensemble de ses ressortissants qui sont dans la région à trouver un avion et à rentrer à la maison.

Et puis, pendant que nous peaufinons nous compétences en stratégie militaire et qu’on passe nos journées sur flightradar et sur marine-trafic, la vie continue et Apple lance sa semaine de nouveautés avec un iPhone 17e à 599 dollars, version “cheap” de la gamme 17, équipé d’un modem maison plus rapide et pensé pour relancer les ventes dans un contexte où les consommateurs gardent leur téléphone plus longtemps. Objectif clair : élargir la base sans casser le premium, tout en préparant le terrain aux futures évolutions autour d’Apple Intelligence et de Siri. En parallèle, un nouvel iPad Air débarque avec puce M4, plus de mémoire et un positionnement axé performance et IA, toujours à partir de 599 dollars.
Rien de révolutionnaire côté design, mais un rafraîchissement stratégique avant de plus grosses annonces attendues dans la semaine (MacBook, Apple TV…). Le message est simple : Apple muscle l’entrée de gamme… en attendant le vrai feu d’artifice IA.

Les chiffres

Côté chiffres du jour, nous aurons le CPI en Europe et des membres de la FED qui vont parler. Il y aura aussi les publications de Crowdstrike. Et Thales est en train de publier à l’instant. Ça a même l’air au-dessus des attentes, reste à voir l’interprétation qu’on en fera. Pour le moment, les futures sont en baisse de 0.84% – comme hier matin. Les USA seront-ils capables renverser encore une fois la tendance ? Réponse dans quelques heures !

Excellente journée à tous et on se retrouve demain pour de nouvelles aventures et de nouvelles déclarations de Trump. Sans aucun doute.

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

“God created war so that Americans would learn geography.”
― Mark Twain