Ce qui ne doit jamais arriver finit forcément par arriver un jour. On appelle ça « la Loi de Murphy ». Il y a plusieurs manières d’interpréter la chose, mais l’idée globale, c’est de se dire que ce qui ne DEVRAIT JAMAIS se produire, se produira forcément. Si je vous dis ça, c’est parce que ce qui s’est passé sur le baril durant la séance d’hier, se rapproche plus ou moins de quelque chose qui ne DEVRAIT JAMAIS se produire. Un gap à l’ouverture après le week-end, le baril qui s’envole près de 120$ et un retour à 85$ en fin de séance, c’est tout bonnement du TOUT, TOUT, MAIS alors du tout grand n’importe quoi. Mais c’est visiblement devenu l’essence même du monde de la finance sous Trump 2.0.
L’Audio du 10 mars 2026
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Clownesque…
Je dois dire que « raconter » ce qui s’est passé dans les marchés depuis dimanche soir relève d’un exploit sportif sans précédent, tant il est pratiquement impossible de mettre tout ça à plat sans se perdre dans les méandres de l’information médiatique et de l’interprétation qu’il en est fait de la part des marchés financiers. Hier matin, le détroit d’Ormuz était verrouillé, 20% de la production mondiale était bloquée dans le Golfe Persique et on entendait parler du fait que plusieurs pays producteurs allaient freiner la production parce qu’ils ne savaient plus où stocker le pétrole qui ne POUVAIT PAS PARTIR à sa destination finale. Du côté de la guerre, les dépôts de pétrole iraniens avaient été attaqués durant le week-end et des millions de litres de sans plomb 98 étaient partis en fumée.
Résultat, hier matin le baril explosait à 119.50$. On ne parlait que de ça. Puis le G7 a fait mine d’utiliser ses stocks stratégiques et le baril s’est effondré. D’abord jusqu’à 100$, puis sous les 100$. En fin de journée, Trump a parlé. Il a dit beaucoup de choses et pas mal de trucs très très flous. Tout d’abord, il a dit que la guerre serait bientôt terminée. Ce qui, fondamentalement est une bonne nouvelle. Le pétrole a continué de chuter et Wall Street a rebondi massivement. Pour vous donner un ordre d’idée, à l’ouverture, le Nasdaq a plongé de 1.5% pour aller presque chercher sa moyenne mobile des 200 jours. Et puis, dès que Trump a parlé de « fin de guerre », l’indice a repris près de 3%. Mais attention, Trump a dit que c’était bientôt fini, mais pas cette semaine.
Brouillon
La guerre devrait se terminer, mais ça pourrait aussi se prolonger. Du Trump tout craché. Il a plus ou moins tout dit et son contraire, mais à la fin, on garde les bonnes nouvelles, parce qu’on est quand même vachement plus balaise quand il s’agit de racheter le marché. Donc, pour faire simple, hier l’Europe a terminé en baisse et les USA se sont retournés pour terminer massivement en hausse. Mais que l’on soit bien clair ; rien n’a changé. Ça bombarde toujours dans tous les sens et il y a toujours des répliques iraniennes sur les pays du Golfe. Ce matin, l’aéroport de Dubaï était à nouveau bloqué pour des attaques de missiles possibles. Mais Trump a été très clair, l’Iran n’a plus de marine, plus d’avions, plus de munitions et le nouveau guide suprême est en sursis – certains comptes X annonçaient déjà sa mort durant la nuit.
Et puis la grande question qui revient, c’est le détroit d’Ormuz. Les Iraniens viennent de laisser entendre que le passage n’était pas fermé, mais qu’il serait contrôlé. Visiblement le message s’adressait aux Chinois. En résumé, si le brut part chez des amis, il pourra toujours passer. Ils ont même proposé que chaque pays qui expulsera les Ambassadeurs Israéliens auront un passe-droit. Trump en a rajouté une couche en encourageant les tankers à traverser le détroit, expliquant que les Iraniens n’avaient plus de moyens d’empêcher le passage des navires, plus de moyens militaires, et que s’ils venaient tout de même à s’opposer au passage des tankers, les États-Unis les frapperaient 20 fois plus fort que ce qu’ils font déjà. Bon, perso je ne sais pas comment il mesure cela, mais disons que ça doit avoir pour but de faire très très peur aux Iraniens et de donner beaucoup de courage aux capitaines des tankers qui ne sont quand même plus assurés par personne. On peut comprendre que dans le doute, vaut peut-être mieux attendre que la guerre soit vraiment terminée et de manière un peu plus concrète que les déclarations troubles du Président américain.
Pas simple
En tous les cas, en ce moment ça n’est pas simple de parler finance, puisque tout est lié au cours du pétrole. Le baril a pris 30% entre dimanche soir et lundi matin tôt et il a reperdu 30% entre hier matin et hier soir. C’est un évènement que l’on qualifie de 5 sigma. Alors présenté comme ça, ça fait un peu jargon de physicien nucléaire. Mais en réalité, c’est assez simple. En finance, on mesure les mouvements par rapport à la volatilité normale d’un actif. On appelle ça un écart-type, ou en langage quant : un sigma.
En gros :
• 1 sigma : mouvement banal
• 2 sigma : mouvement un peu agité
• 3 sigma : mouvement rare
• 4 sigma : mouvement très rare
• 5 sigma : mouvement censé être quasiment impossible
Statistiquement, si les marchés suivaient une belle courbe de Gauss bien propre, un événement 5-sigma a une probabilité d’environ 0,00006 %.
Dit autrement :
• ça devrait arriver une fois tous les 3,5 millions d’observations
• soit grosso modo une fois tous les 13’000 ans de trading
Autrement dit… ça ne devrait jamais arriver dans une carrière humaine. Et pourtant… les marchés en font régulièrement. C’est là que ça devient drôle. Parce que dans les manuels de finance, les marchés sont censés être raisonnables, statistiques, prévisibles. Bon, on est bien d’accord que toutes ces théories sont valables quand il n’y a pas Trump comme Président. Parce que pour le moment, dans la vraie vie, les marchés ressemblent beaucoup plus à un bar à 3h du matin : tout le monde est ivre, sur-leveragé et persuadé d’avoir raison. Résultat : les événements “impossibles” arrivent :
En 1987, lors du fameux Black Monday, le Dow Jones s’effondre de 22 % en une seule séance.
Selon plusieurs modèles quantitatifs, c’était un événement entre 20 et 30 sigma.
En théorie statistique, un truc pareil ne devrait arriver qu’une fois depuis la naissance de l’univers.
Mais bon… c’est arrivé un lundi.
Deuxième exemple : le franc suisse en 2015.
Le 15 janvier, la Banque Nationale Suisse abandonne le peg avec l’euro. Le franc prend 30 % en quelques minutes.
Des brokers sautent, des hedge funds explosent, et certains modèles quant parlent d’un événement 10 à 15 sigma. Encore une fois : statistiquement… impossible.
Troisième exemple : le pétrole en avril 2020.
Pendant le COVID, les stocks débordent, personne ne veut prendre livraison, et le contrat WTI plonge à –37 dollars le baril. On ne payait plus pour acheter du pétrole. On payait pour s’en débarrasser. Encore une fois : événement considéré comme 6 sigma ou plus.
Et puis il y a ces mouvements récents où le pétrole a fait un swing d’environ 30 % dans la même journée. Selon les calculs : 5-sigma event. En théorie statistique, un mouvement comme ça ne devrait arriver qu’une fois tous les 3,5 millions de jours de marché. En clair : les événements extrêmes arrivent beaucoup plus souvent que prévu.
Pourquoi ?
Parce que les marchés ne sont pas des équations.
Ce sont des humains, du levier, des algos, des appels de marge, des paniques collectives et des hedge funds qui se retrouvent tous du même côté du bateau. Et quand le bateau penche…tout le monde tombe du même côté. C’est pour ça que les marchés produisent régulièrement des événements qui sont censés être statistiquement impossibles. Et c’est aussi pour ça que les traders expérimentés disent souvent une chose très simple :
« Le problème des modèles statistiques… c’est qu’ils supposent que les marchés sont raisonnables. »
Or les marchés sont tout sauf raisonnables. Et encore moins sous Trump 2.0.

La suite au prochain épisode
En résumé, les marchés sont suspendus au cours du baril – ce matin, il remonte un poil et tôt ce matin, il était au-dessus des 90$, parce que pour le moment, les mots de Trump ne reflètent pas forcément la réalité du terrain. Mais tout peut changer dans les 30 prochaines minutes. À l’heure où j’écris cette chronique, le baril vaut 88.48$, mais comme il est presque aussi volatile qu’une cryptomonnaie victime d’un « pump & dump », bien malin qui pourra dire où la journée va se terminer. L’Asie rebondit fortement après avoir vécu une grosse hémorragie hier et pour l’instant on veut croire que tout va se régler, même si les futures américains pointent dans le rouge – mais seulement de 0.2%.
La météo semble donc vouloir se calmer et avec un peu de chance, on va pouvoir bientôt reparler d’autre chose que géopolitique d’ici la semaine prochaine. C’est bien comme ça après les chiffres du CPI de demain, pourra parler de la FED la semaine prochaine. C’est moins captivant comme sujet et les chaînes d’infos vont devoir changer leur programmation, mais il y aura peut-être un retour à une certaine normalité qui nous permettra d’enfin de retrouver un peu de calme. Non, parce que la bourse, les marchés financiers, c’est fun quand ça s’excite. Mais quand tout est « drivé » par « une seule chose » comme le baril. Baril qui lui-même est capable de se laisser influencer par tout et n’importe quoi, ça devient un peu pénible. Mais bon, tant pis, ça fait des vues pour les chroniqueurs boursiers.
Les choses à retenir
Dans les nouvelles du jour qu’il faudra retenir (peut-être) ce matin, on notera qu’après Trump qui a parlé, l’Iran vient de déclarer qu’ils étaient prêts à se battre aussi longtemps qu’il faudra contre les USA et Israël. Bon, il est clair que quand on voit le nouveau guide suprême qui – en une semaine – a perdu son père, sa mère, sa femme, son fils, sa sœur et son beau-frère, on peut largement imaginer que – dans l’hypothèse où il est encore vivant – il n’a pas trop envie de négocier la paix. Ou alors c’est un agent du Mossad et c’est pour ça qu’il est toujours en vie. Mais bon, parlons d’autre chose que de la guerre, parce qu’aujourd’hui, il y aura les résultats trimestriels d’Oracle. Et à voir ce qu’on leur a collé sur le dos depuis plusieurs mois, il sera intéressant de voir comment la communauté des analystes qui est tout spécialement pointilleuse en ce moment, va interpréter la chose…
Une chose est sûre ; un titre qui a perdu 56% de sa valeur depuis le 11 septembre et à qui on reproche un endettement thermonucléaire, va devoir prouver sa bonne foi et ses bonnes intentions. Et surtout ne pas faire la moindre erreur… ni dans les chiffres, ni dans la communication.
Et maintenant ?
Pour la journée qui nous attend, mis à part Oracle, on va se concentrer sur le baril et si vous voulez un conseil, allez sur marine-traffic et vérifiez en direct s’il y a des bateaux qui franchissent le détroit d’Ormuz, si c’est le cas, le pétrole va continuer de baisser. Si c’est pas le cas, allez sur Truth Social et attendez le prochain communiqué de presse de la Maison Blanche.
Belle journée à tous et à demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
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