Je ne vous apprendrais rien si je vous dis que le pétrole reste l’obsession principale des marchés. Pourtant, cette semaine on va AUSSI devoir parler de la FED. Oui, parce que pendant que Trump fait son « excursion » en Iran – comme il dit – la FED va quand même se réunir pour ne rien faire. Ne rien faire parce que Powell et ses amis se retrouvent dans une situation fort désagréable et qu’il ne semble pas y avoir de solution idéale pour à la fois relancer l’économie, satisfaire le Président, le tout en s’assurant que l’inflation ne nous pète pas à la figure. Le casse-tête est sans fin et avec le pétrole qui peut partir dans tous les sens à tout moment, ça ne rend pas la chose plus simple.
L’Audio du 16 mars 2026
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Économie en panne
Bon, on va essayer de ne pas parler de l’Iran, ni du détroit d’Ormuz – surtout que depuis que Trump a lancé un appel au soutien des autres puissances mondiales pour sécuriser l’endroit et que personne ne semble vouloir participer à l’effort de guerre – les « experts » sont dans l’attente de voir quel sera le prochain pion que l’on va avancer sur l’échiquier. Mais en attendant, on peut peut-être se plonger deux secondes sur l’économie américaine qui semble donner des signes de faiblesse qui sont inquiétants et qui ne vont pas faciliter le travail de Powell et de son successeur. Le marché financier lui-même n’a plus l’air de vouloir aller en avant. Le S&P500 est à des niveaux que l’on n’avait plus vus depuis novembre dernier, la moyenne mobile des 50 jours qui a longtemps fait office de support est loin derrière nous et c’est maintenant celle des 200 jours qui a stoppé les vendeurs vendredi dernier, mais pour combien de temps ? Le graphique est moche, l’ambiance est mauvaise et Trump ne sait plus à quel saint se vouer pour gagner « sa guerre ». Guerre qui est en train coûter tellement cher au monde entier. Surtout du point de vue économique.
Si on résume la situation économique américaine en ce moment, c’est un peu comme une voiture qui a quatre voyants moteur rouges qui clignotent sur le tableau de bord… et le mécanicien – celui de la FED – qui regarde le moteur en disant : “Je peux peut-être changer les pneus… mais le reste, je peux rien faire.” C’est très exactement là que se trouve le problème. En ce moment, l’économie américaine traîne quatre casseroles majeures, et aucune ne se règle vraiment avec une simple baisse de taux, aucune de ces casseroles ne peut être réglée par la FED. En tous cas pas avec les armes dont elle dispose aujourd’hui. Ce sont les 4 cavaliers de l’Apocalypse et même si en ce moment, on préfère se concentrer sur le pétrole, il faut quand même fouiller un peu dans la macro américaine pour essayer de se faire une idée.
La CROISSANCE qui ralentit sérieusement
La première de ces 4 casseroles que se trimbale l’économie américaine, c’est la croissance qui est en train de tousser. La semaine dernière, Le PIB américain du quatrième trimestre a été publié et il a été révisé à 0,7%. Au départ on nous avait vendu 1,4%. Et un peu avant ça, les économistes imaginaient 2,8%. Même Scott Bessent avait parlé de bien plus que 2.8% de croissance. Nous sommes donc passés de « ça va bien, ça vamême trop trop bien » à « c’est moins bien et c’est pas terrible » avant de finalement se rendre compte « qu’en fait, c’est presque à l’arrêt ».
La raison principale, c’est la consommation américaine. La consommation américaine qui reste le moteur de l’économie. On le sait tous, on nous l’a suffisamment répété depuis des mois et des années. Pour le moment, les Américains continuent de payer leurs factures de santé et leur logement, parce que ça… on ne peut pas y échapper. Mais pour le reste, pour les vêtements, les voitures, les gadgets et tout le reste, ça commence à ralentir. En janvier, les dépenses réelles n’ont progressé que de 0,1%. Autant dire presque rien. Et quand la consommation américaine ralentit, c’est un peu comme si on coupait l’électricité dans un casino : tout le monde continue de jouer quelques minutes dans le noir… Et puis la fête s’arrête.
L’inflation qui refuse de mourir
Ensuite, il y a l’inflation qui refuse toujours de rendre les armes. C’est le second problème et pas des moindres. Mercredi dernier nous avions eu le CPI qui reste accroché à ses 2.5% et vendredi, il y a eu le Core PCE – l’indicateur préféré de la FED – celui-là affiche 3.1% sur un an et c’est même le niveau le plus élevé depuis près de deux ans. Et si on regarde les services, qui représentent la plus grosse partie de l’économie – c’est encore pire – on est encore à 3,5%. Donc l’histoire qu’on nous racontait il y a deux ans — vous vous souvenez du bon vieux : “l’inflation est transitoire”. Eh bien ça commence à ressembler à une mauvaise blague. Et évidemment, avec une inflation encore au-dessus de la cible des 2%, la Fed n’a pas vraiment envie de jouer avec les taux. Parce que si elle baisse trop tôt…elle risque de relancer l’inflation. Et ça, ils l’ont déjà fait en 2021. Et ils ont passé trois ans à réparer l’erreur. Autant dire que personne à la Fed n’a envie de refaire la même bêtise, même si Trump insiste lourdement sur le sujet et même si Powell n’en a plus pour longtemps à la tête de la FED. Il est plus que probable qu’il n’ait aucune envie de partir à la retraite avec pour seul titre de gloire, celui qui aura relancé l’inflation galopante en baissant les taux trop vite et pour les mauvaises raisons.
Le marché de l’emploi commence à mollir
Troisième voyant qui s’allume : l’emploi. En février, l’économie américaine a perdu 92’000 emplois. C’est un peu passé inaperçu, parce que Trump était en train de bombarder Téhéran et qu’on avait un peu la tête ailleurs, mais pourtant c’est bien réel. Ça fait déjà un bon moment qu’on voit que l’emploi c’est plus trop ça. Le Bureau of Labor Statistics peut faire ce qu’il veut, ça commence VRAIMENT à se voir. Ce n’est pas encore la catastrophe, mais c’est un changement de ton. Parce que pendant deux ans, l’emploi américain était incroyablement solide. Mais maintenant, on commence à voir les premières fissures.
Et là encore, ça complique la vie de la Fed. Parce que si l’économie ralentit trop… normalement, on baisse les taux. Mais si l’inflation est toujours là et bien là, on ne peut pas le faire. Surtout qu’avec le pétrole qui a presque doublé depuis le mois dernier, les prochains chiffres de l’inflation seront encore pires. C’est ce qu’on appelle le dilemme de la banque centrale.

Le pétrole qui repart au-dessus de 100 dollars
Et comme si ça ne suffisait pas, il y a le quatrième problème. On vient d’en parler, c’est la guerre avec l’Iran qui fait exploser le baril. Le pétrole est repassé au-dessus de 100 dollars le baril sur le BRENT et le WTI n’en est plus très loin – ça dépend des jours, des heures et des bombardements de Trump sur Kharg Island. Et ça, c’est un grand classique de l’économie mondiale. Quand le pétrole monte, l’essence augmente, les transports coûtent plus cher, l’électricité grimpe, les billets d’avion montent, le transport maritime devient plus cher et au final ; tout devient plus cher. Ce problème s’appelle un choc d’offre. Et un choc d’offre, la Fed ne peut pas le régler. Elle ne peut pas produire plus de pétrole. Elle ne peut pas rouvrir le détroit d’Ormuz à elle toute seule. Et elle ne peut pas empêcher une guerre. Donc elle regarde, elle observe… et elle subit.
Le retour du mot que tout le monde déteste
Et quand on met tout ça ensemble, un vieux mot commence à réapparaître à Wall Street.
Un mot qui vient directement des années 70. Le mot : STAGFLATION. C’est la pire combinaison possible : une économie qui ralentit, mais une inflation qui reste élevée. Normalement, on sait gérer l’un ou l’autre. Mais les deux ensembles, c’est le casse-tête ultime. Du coup la Fed est coincée parce que si elle baisse les taux pour aider l’économie, elle risque de relancer l’inflation. Et si elle ne fait rien, elle laisse l’économie ralentir. Powell va donc devoir choisir entre la peste et le choléra. Et il ne va pas choisir LA BONNE solution, il devoir choisir la MOINS MAUVAISE.
En ce moment, Wall Street commence à comprendre. Généralement, on comprend assez vite ce qui se passe, il faut simplement nous expliquer longtemps. Pendant longtemps, les marchés étaient convaincus que la Fed allait baisser les taux plusieurs fois cette année. C’est d’ailleurs une des raisons majeures des vagues d’achats de ces dernières années. C’est là-dessus qu’on a fondé notre stratégie BUY THE DIP qui fonctionne tellement bien depuis des années. Aujourd’hui, les traders pensent qu’il y a une chance sur trois que la Fed ne touche à rien en 2026. Certains économistes parlent même d’une seule baisse de taux… en décembre. Et encore. Ceux qui croient ça sont presque considérés comme des optimistes délirants. Et pendant ce temps, Trump continue d’hurler à la baisse des taux. Évidemment, il fallait bien que le Président apparaisse dans l’histoire. Cette semaine, il a même demandé publiquement à Jerome Powell de baisser les taux immédiatement. Ce qui a à peu près 0% de chances d’arriver. Mais ça rajoute une couche de pression politique sur la Fed. Une de plus.
Pour l’instant, l’économie américaine n’est pas encore en crise. Mais la marge d’erreur se réduit sérieusement. La croissance ralentit. L’inflation reste élevée. Le pétrole repart à la hausse. Et l’emploi commence à se fissurer. Et pour une fois ; la Fed ne semble pas vraiment contrôler la situation. La suite dépendra probablement moins de Jerome Powell… et beaucoup plus du prix du pétrole et de ce qui se passe au Moyen-Orient. Et ça, malheureusement…ce n’est pas dans les modèles économiques. Par contre, une chose est certaine, la guerre en Iran et l’explosion du prix du pétrole ne vient pas simplifier l’équation et la prudence reste de mise.
Pour le reste
Ce matin l’Asie est relativement hésitante. Le Nikkei est légèrement en baisse, Hong Kong est hausse et la Chine est légèrement dans le rouge. Les chiffres économiques chinois qui ont été publiés montrent que le shopping des vacances de fin d’année a redonné un petit coup de pouce à l’économie, mais pour le reste, c’est toujours le baril et les tensions au Moyen Orient qui posent problème. Le WTI est à 97.80$, le Brent est à 105$ et tout le monde se demande si tout ça va finir par se calmer. Trump veut continuer de mettre la pression sur l’Iran en bombardant l’île de Kharg, cœur du système pétrolier des Iraniens. Et pendant ce temps-là, le détroit d’Ormuz n’est toujours pas sécurisé et aucun autre pays ne veut se mouiller pour donner un coup de main aux Américains. Comme disait John Rambo : « c’est pas leur guerre, colonel ».

Si on devait résumer ce début de semaine en une phrase simple, ce serait probablement : tout le monde regarde le pétrole… mais le vrai problème est beaucoup plus large.
Le marché est coincé entre plusieurs feux. D’un côté, une économie américaine qui ralentit clairement. De l’autre, une inflation qui refuse obstinément de redescendre. Au milieu, une Fed qui ne peut quasiment rien faire sans risquer d’aggraver la situation. Et par-dessus tout ça, un pétrole qui s’emballe à cause d’une guerre qui peut encore basculer à tout moment.
Autrement dit : le cocktail parfait pour rendre les marchés nerveux. Cette semaine, la Fed va se réunir et, sauf énorme surprise, elle ne fera probablement rien. Pas parce qu’elle ne veut pas agir… Mais surtout parce que chaque décision possible a des effets secondaires potentiellement catastrophiques.
Donc pour l’instant, on va probablement continuer à évoluer dans un marché fragile, nerveux et hypersensible à la moindre nouvelle venant du Moyen-Orient. La bonne nouvelle, si on peut appeler ça une bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas encore en crise. La mauvaise, c’est que la marge d’erreur est devenue extrêmement petite.
Et tant que le pétrole restera au centre de l’équation, la prudence restera probablement la seule vraie stratégie raisonnable. Et puis si on veut se faire peur, on peut toujours s’intéresser au Private Credit – ce truc qui pourrait bien nous valoir un petit départ de feu un de ces jours !
Belle journée à tous et à demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
« Investing is fun and exciting, but dangerous if you don’t do any work. »
Peter Lynch