Pour être honnête, si vous vous posez devant un écran de trading et que vous regardez bouger le pétrole depuis trois jours, il y a un mot qui vient à la bouche : MAGIC CIRCUS. Oui, bon, ça fait deux mots. D’accord. Mais moi non seulement j’ai ces deux mots qui me viennent à la bouche, mais en plus j’entends la musique dans mes oreilles. Le pétrole va absolument dans tous les sens depuis le début de la guerre en Iran, mais depuis lundi on est passé en mode « champions league ». Lundi c’était du plus 35%, moins 35% et hier c’était du plus 10, moins 10. Si on est objectif, on dira qu’hier c’était moins pire. Mais c’était quand même du tout grand n’importe quoi.
L’Audio du 11 mars 2026
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L’image qu’on donne vu de loin
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques semaines, pour noyer le poisson de l’opinion publique, Trump avait laissé entendre qu’il allait publier tous les documents relatifs à une vie extra-terrestre que le gouvernement avait en sa possession. Jusque-là, aucune trace d’ET, de Alf ou d’un quelconque Alien qui aurait débarqué depuis une lointaine planète inconnue. Mais une chose est certaine, si dans l’hypothèse la plus déjantée possible, il y avait une forme de vie extra-terrestre là dehors et qu’en plus, elle prenait le temps de nous observer, le spectacle qu’on donne en ce moment ne doit pas vraiment lui donner envie de prendre contact.
Non parce que personnellement, si j’étais un néophyte total et que je « suivais » les marchés depuis les débuts de la seconde ère Trump, je crois que je commencerais à me dire que non seulement le gouvernement américain est dirigé par une tripotée de débiles mentaux à un stade très avancé. Mais en plus, à voir comment les bourses et les marchés financiers internationaux réagissent à la moindre déclaration d’un de ces clowns qui passe son temps dans le périmètre la Maison Blanche, je me commencerais à me demander s’il y a encore la moindre rationalité dans ce qui se passe. Et puis quand on apprend que Trump vient de nommer la veuve de l’activiste Kirk à un poste dans l’US Air Force, on se dit qu’on n’a pas complètement tort de penser que nous sommes dans un cirque tellement ridicule, que même Las Vegas est jaloux.
Mode essorage (encore)
Et hier c’était encore la même chose : une journée tellement agitée qu’à la fin, les marchés ont fini… presque exactement où ils avaient commencé. Tout ça pour ça. Si j’avais su j’aurais pas venu. En clôture, le Dow Jones a reculé de 34 points (soit 0,1%), le S&P 500 a perdu 0,3%, et le Nasdaq a fait le mort. Bref, des milliers de traders qui ont pagayé dans tous les sens pour en arriver là. Un résultat aussi spectaculaire qu’un disclaimer de 14 pages écrit en Arial 2. Mais ce qui est plus intéressant à observer, c’est ce qui s’est passé entre l’ouverture et la clôture. Non parce qu’hier, chaque déclaration, chaque news publiée sur les écrans, qui avait un lien de près ou de loin avec le détroit d’Ormuz, avait le potentiel de faire bouger les indices ET/OU le pétrole dans absolument tous les sens et de préférence très rapidement.
La vraie drama-queen du jour, c’était clairement le pétrole. Depuis lundi matin, c’est le Muppet Show total sur le baril et il passe tout simplement par tous les états. On se souvenait encore que lundi on s’est fait l’Everest sans oxygène avec descente en luge par le chemin le plus court et hier on a remis ça avec l’amplitude en moins. Mais 10% dans les deux sens – quand même. Si on doit reprendre la chronologie, on se souviendra que lundi, entre le G7 qui voulait taper dans la réserve stratégique et Trump qui nous annonçait la fin de la guerre pour tout soudain entre maintenant et dans 18 mois, on avait largement de quoi faire pour faire booster la volatilité du plein d’essence. Hier matin, à 5 heures du matin, le brut était à 91$. 4 heures plus tard, retour à 85$. Après le lunch ; retour à 91$. Et puis il y a eu l’histoire
Chris Wright. Chris Wright, c’est le secrétaire à l’Énergie sous Trump 2.0. Hier matin il a posté un truc online, mentionnant le fait que la marine américaine escortait un tanker pétrolier dans le Détroit d’Ormuz. Les marchés ont adoré, le pétrole a plongé à 76.50$ – c’était 18h30… BIEN SÛR, comme d’habitude, la Maison Blanche a démenti. Parce que visiblement, la Maison Blanche est mieux informée que Chris Wright, secrétaire d’état à l’énergie qui donc à peu près autant de valeur qu’un emballage de frites froides chez McDo. Chris a effacé son post. Le pétrole a rebondi. Oui, vous l’avez compris, C’est comme ça, qu’on gère l’économie mondiale en 2026 sous Trump 2.0.
L’Iran met une ambiance de fou et allume le feu
Et puis comme ça aurait été dommage de s’arrêter en si bon chemin – au milieu de ce Vaudeville militaro-économique, la chaîne CBS a sorti une info annonçant que l’Iran envisagerait de poser des mines dans le Détroit d’Ormuz (SANS BLAGUE ???) — les marchés ont immédiatement fait la tête et décidé de bouder, pendant que Trump, fidèle à lui-même, a sorti son plus beau style épistolaire sur Truth Social :
« Si des mines ont été posées et qu’elles ne sont pas retirées immédiatement, les conséquences militaires seront à un niveau jamais vu ! »
C’est pratiquement le même discours que la veille, il menace il dit que demain, ça sera pire. Et le lendemain ; C’EST PIRE. Mais à la fin, on ne sait toujours pas quoi faire avec le pétrole et les marchés. Rassurant. Vraiment très rassurant. Enfin, toujours est-il que ce matin à 6h45, le baril est à 84.10$ que les Américains annoncent avoir coulé 16 bateaux iraniens qui étaient censés poser ces mêmes mines et si les Iraniens n’ont plus de matériel pour aller larguer ça au milieu de la flotte, il va falloir y aller à la nage et ça sera plus compliqué, surtout qu’ils risquent bien d’être confronté à Macron en maillot de bain en train de réguler le trafic dans le détroit d’Ormuz, à la main et de façon pacifique. Bref, vous l’aurez sans doute compris ; si vous avez suivi les marchés un peu plus de 5 minutes depuis 10 jours, c’est clairement le pétrole qui nous montre la voie. Hier avec la baisse du pétrole, les marchés européens terminaient enfin en hausse et en fin de journée on nous parlait de mines dans le détroit et le marché américain terminait péniblement à l’équilibre en faisant semblant de s’intéresser au CPI de tout à l’heure et aux chiffres d’Oracle qui devaient sortir après la clôture.
En résumé : une journée de folie, des marchés complètement débiles qui n’ont quasiment pas bougé à la fin (sauf en Europe, mais ça c’est juste à cause du décalage horaire), un tweet supprimé qui a failli faire toute une histoire mais qui à la fin, démontre que les politiciens vont et viennent, mais qu’à la fin c’est le Président qui décide de qui dit quoi et comment, quitte à inventer des news. Et puisqu’on parle de lui ; dans la séance d’hier, il ne faut pas oublier l’assaisonnement de toute bonne crise géopolitique mondiale : Trump qui rédige des ultimatums et des menaces sur les réseaux sociaux. Business as usual. Moi je vous le dis, les extra-terrestres existent – mais si on les voit pas c’est juste qu’ils attendent que le management de la planète et des marchés financiers soit moins con. Et s’ils comptent là-dessus, on n’est pas près de les voir.
Et l’Asie force le rebond
Après une semaine de montagnes russes sur les marchés de l’énergie, le pétrole a enfin trouvé un semblant de calme depuis 3 heures. Et ça, ça fait du bien aux Bourses asiatiques, dont les économies avalent des quantités industrielles de pétrole importé. Le Nikkei reprend plus de 2%, le Kospi est en hausse de 4% après 5% la veille. La Chine ne fait rien et le Hang Seng grimpe de pas grand-chose. Le grand gagnant de la journée, c’est la Corée du Sud avec son KOSPI qui enchaîne une deuxième journée de hausse musclée. Les Japonais ne sont pas en reste non plus. Il n’y a pas d’urgence à mettre le champagne au frais. Personne ne croit vraiment que la situation au Moyen-Orient est réglée. Les tensions géopolitiques sont toujours là, bien installées à attendre le prochain tweet débile qui sortira.
Et puis, tous les regards sont tournés vers la sortie des chiffres de l’inflation américaine – le fameux CPI – ce mercredi. Pourquoi ? Parce que si l’inflation est encore trop haute, la Fed n’aura aucune raison de baisser ses taux directeurs — et ça, les marchés n’aiment pas du tout. Pour l’instant, les chances d’une baisse des taux la semaine prochaine sont quasi nulles. Mais les chiffres du jour pourraient rebattre les cartes pour les mois à venir… ou les refermer définitivement. Mais attention, sur le mois de février, le baril était quand même près de 20$ plus bas que là où il se trouve ce matin. Le chiffre qui sortira tout à l’heure ne veut donc pas dire grand-chose, puisqu’il sera immédiatement remis en question. L’Asie profite d’un répit sur le pétrole pour souffler un peu, la Corée et le Japon font la fête prudemment, et tout le monde attend l’inflation américaine pour se donner un genre. L’or est à 5’211$, le rendement du 10 ans américain est à 4.14% – la Banque du Japon a bien l’intention de monter les taux et le Bitcoin est à 70’000$.
Pour le reste des choses à savoir…
Bon, ce matin je vais vous faire un cadeau, on ne va pas parler du pétrole, de l’Iran et du détroit d’Ormuz pendant au moins 12 secondes. Oui, parce que hier soir il y avait les publications trimestrielles d’Oracle. Et comme vous le savez, comme je vous le disais hier, Oracle c’est le vilain petit canard de l’IA qui a. Ou qui aurait dépensé trop de fric. Hier soir c’était le juge de paix. La décision qui ferait qu’on allait se dire que « finalement c’est un bon business et ça vaut la peine d’être surendetté dans tous les sens » – ou que ce qu’Oracle a fait, c’est quand même bien de la merde et que ça pue. Hier soir, Oracle a publié des résultats meilleurs que prévu et le marché a immédiatement applaudi : bénéfice de 1,79 dollar par action contre 1,70 attendu, revenus de 17,2 milliards et une action qui grimpe d’environ 8 % après la clôture. Mais la vraie histoire ne se trouve pas dans les chiffres trimestriels. Elle se trouve dans la transformation. Pendant des années, Oracle était considéré comme un vieux dinosaure du logiciel d’entreprise. Une boîte solide, rentable, mais avec une croissance aussi excitante qu’un rapport d’audit ou que le bilan de Lehman Brothers en 2014. Entre 2012 et 2020, les ventes progressaient à peine de 1 % par an.
Aujourd’hui, le groupe est en train de se réinventer autour du cloud et de l’intelligence artificielle.
Le cloud représente désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires et la croissance est impressionnante : +44 %, avec l’infrastructure cloud – les serveurs utilisés pour l’IA – qui explose de 84 %. En clair, Oracle est en train de devenir l’un des fournisseurs de puissance informatique pour la ruée mondiale vers l’IA. Et les commandes suivent. Le carnet atteint désormais 553 milliards de dollars, dont environ 300 milliards liés à un contrat avec OpenAI.
Mais construire l’infrastructure de l’IA coûte une fortune. Oracle a dépensé 19 milliards dans ses data centers sur le trimestre et a dû ajouter 27 milliards de dette, portant l’endettement total à environ 135 milliards. En résumé, Oracle est en train de parier très gros dans la ruée vers l’or de l’intelligence artificielle. Pour l’instant, la croissance est spectaculaire. La seule question qui reste ouverte est assez simple : est-ce qu’Oracle construit la prochaine autoroute mondiale de l’IA…ou la facture d’électricité la plus chère de la Silicon Valley. Non, parce qu’autant il y a trois mois on se faisait dessus rien qu’à regarder la taille de la dette, autant hier soir, personne n’en parlait. Rhaaaaa, cette foutue mémoire de poisson rouge qui fait défaut…
Mais encore…
Vous voyez, ça fait super bizarre de ne pas parler guerre ni pétrole, on ne sait plus comment faire. Ça tombe bien, on y retourne. Du côté pétrole, l’EIA propose également d’utiliser ses réserves pour contrer le blocage du détroit d’Ormuz et tôt ce matin, un cargo vient d’être touché par un missile d’origine inconnue et les Iraniens déclarent avoir frappé des intérêts américains et israéliens comme jamais. C’est quand même extraordinaire, à écouter Trump, les Iraniens se battent avec des lance-pierres parce que c’est tout ce qui leur reste, tous les jours on nous annonce que les Iraniens n’ont plus de marine, mais tous les jours, on leur coule ENCORE des bateaux, comme s’ils poussaient pendant la nuit et tous les jours, les Iraniens continuent de tirer des missiles et font voler des drones. Il y a forcément quelqu’un qui ment quelque part et là tout de suite, je ne vois pas à qui on peut faire confiance.
En conclusion, nous en sommes au même point qu’hier : le détroit n’est pas vraiment fermé, mais pas vraiment ouvert non plus. Le G7 et l’EI Asont prêt à allumer des contre-feux pour empêcher le pétrole de monter trop haut. La guerre est presque finie, mais personne ne connaît la définition précise de presque et Trump peut faire bouger le baril de 10% simplement en disant bonjour. Les futures sont en hausse de 0.3%, le baril est à 83.71$ et cette après-midi, l’inflation devrait sortir à 2.5% mais ça ne voudra pas dire grand-chose tant qu’on n’a aucune visibilité sur le baril et la presque fin de guerre.
Belle journée à tous et à demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
“I’ve found that when the market’s going down and you buy funds wisely, at some point in the future you will be happy. You won’t get there by reading ‘Now is the time to buy.’”
Peter Lynch