Le président américain nous annonce que la destruction des capacités nucléaires iraniennes est plus importante que l’augmentation du prix du pétrole. On verra ce qu’en pensent les américains.
Le président américain Donald Trump affirme jeudi qu’il est « beaucoup plus important » à ses yeux d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire que de se soucier des prix du pétrole, qui flambent avec la guerre au Moyen-Orient. « Les États-Unis sont de loin le plus grand producteur de pétrole au monde, donc lorsque les prix du pétrole augmentent, nous gagnons beaucoup d’argent. MAIS, en tant que président, ce qui est beaucoup plus important pour moi, c’est d’empêcher un empire du mal, l’Iran, de se doter d’armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier », a écrit le chef de l’Etat, sur sa plateforme Truth Social.
Il semblerait que les acteurs des marchés financiers n’aient pas tout à fait la même vision. Les Bourses européennes ont terminé en baisse jeudi, la poursuite du conflit au Moyen-Orient pénalisant toujours les marchés d’actions tandis que les prix du pétrole restent élevés, oscillant autour de 100 dollars le baril. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,71% à 7.984,44 points. À Francfort, le Dax a reculé de 0,29% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,47%. L’indice EuroStoxx 50 a fini sur une baisse de 0,88%, le FTSEurofirst 300 a perdu 0,62% et le Stoxx 600 a reculé de 0,66%. La bourse suisse n’échappe pas à la baisse et le SMI perd 0,90%. Les banques européennes ont enregistré jeudi la pire performance sectorielle du Stoxx 600, le compartiment perdant 3,53%. À Paris, BNP Paribas et Société Générale ont reculé de plus de 4% et 3% respectivement. Le secteur bancaire a figuré parmi les plus touchés en Europe, les investisseurs redoutant l’impact des pressions inflationnistes sur l’économie. Un indice des banques britanniques a chuté de 4,8%. HSBC a fermé ses succursales au Qatar cette semaine, tandis que Standard Chartered a évacué ses bureaux de Dubaï en demandant au personnel de travailler à domicile, signe que le conflit perturbe désormais les activités quotidiennes. En Suisse, UBS cède 2,1%.
Aux Etats-Unis, le Dow Jones a reculé de 1,56%, l’indice Nasdaq a cédé 1,78% et l’indice élargi S&P 500 a perdu 1,52%. Au tableau des valeurs, la solution de paiement mobile PayPay a connu une première journée de cotation réussie. Son action a terminé à 18,16 dollars, soit 13,5% au-delà de son prix initial de 16 dollars. Les fabricants d’engrais ont terminé en forte hausse, à l’instar de CF Industries (+13,21%) et Intrepid Potash (+10,62%). Un tiers des fertilisants mondiaux passent par le détroit d’Ormuz. Le secteur de l’énergie a aussi encore profité de la hausse des prix des hydrocarbures, le géant Chevron gagnant 2,70% et son concurrent ExxonMobil 1,29%.
Sur les marchés obligataires, le risque d’une inflation croissante l’a emporté sur les considérations de valeur refuge, poussant les rendements à la hausse mondialement. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans a progressé de 4,3 points de base pour s’établir à 4,249%, après avoir bondi de 7 points de base la veille. Le marché du crédit privé, estimé à 2’000 milliards de dollars, inquiète également après que la société de capital-investissement suisse Partners Group a prévenu que les taux de défaut pourraient doubler au cours des prochaines années. Morgan Stanley a chuté de 4% après avoir limité les rachats dans l’un de ses fonds de crédit privé, suivant des mesures similaires prises par Blackstone et BlackRock plus tôt ce mois-ci. Blackstone et BlackRock ont reculé respectivement de 3,8% et 2,3%. Le rendement du Bund allemand à dix ans a terminé quasi stable à 2,9354%. Le deux ans a clos en légère baisse à 2,3863%.
Trois instituts de recherche ont déclaré jeudi que la reprise économique allemande ne ralentira que légèrement cette année, à condition que les prix de l’énergie, poussés à la hausse par la guerre en Iran, se stabilisent dans les mois à venir. L’Ifo prévoit une croissance de 0,8% en 2026, conformément à ses prévisions de décembre dernier. L’IfW a revu à la baisse de 0,2 point de pourcentage sa prévision pour la ramener à 0,8%, tandis que le RWI a abaissé de 0,1 point sa prévision et table désormais sur 0,9%.
Alors quid du prix du pétrole
L’Agence internationale de l’énergie a revu à la baisse jeudi ses prévisions de croissance de la production de pétrole pour cette année, affirmant que le conflit en cours au Moyen-Orient génère la plus importante perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du brut. L’agence prévoit désormais que l’offre de pétrole augmentera de 1,1 million de barils par jour cette année, contre une estimation précédente qui tablait sur une hausse de 2,4 millions de barils. Goldman Sachs a relevé ses prévisions sur les prix du pétrole pour la deuxième fois en un peu plus d’une semaine, anticipant une perturbation plus longue des flux transitant par le très stratégique détroit d’Ormuz. Les experts en stratégie sur les matières premières s’attendent désormais à ce que les contrats à terme sur le pétrole brut Brent atteignent en moyenne 98 dollars le baril en mars et avril, soit une hausse d’environ 40% par rapport à son prix moyen en 2025. Les experts s’attendent à ce que les prix reculent à 71 dollars d’ici au quatrième trimestre, un niveau toujours supérieur aux quelque 60 dollars auxquels le Brent a terminé l’année dernière. La nouvelle prévision de prix des experts en stratégie repose sur des perturbations plus longues que prévu initialement dans le détroit d’Ormuz. L’équipe table désormais sur 21 jours de faibles flux de pétrole à travers cette voie navigable cruciale, à 10% des niveaux normaux, avant une reprise progressive sur 30 jours. Mais…la situation pourrait également s’aggraver, a indiqué l’équipe, entraînant une nouvelle flambée des prix. Les prix quotidiens du pétrole pourraient atteindre 150 dollars le baril si les flux devaient rester faibles jusqu’en mars. Les prix du brut Brent ont atteint un niveau record d’environ 146 dollars en juillet 2008.
Ce matin en Asie
En Asie, l’indice MSCI le plus large des actions d’Asie-Pacifique a cédé 0,5 %, se dirigeant vers un recul de 1,5 % sur la semaine. Le Nikkei japonais a lâché 1,3 %, tandis que les valeurs technologiques sud-coréennes ont dévissé de près de 2 % et que les actions taïwanaises ont perdu 1 %.
Du côté des devises, l’euro s’échangeait à 1,1527 dollar, en légère hausse sur la journée mais toujours en voie de subir une perte hebdomadaire de près de 1 %. L’indice dollar se situait à 99,599, prêt pour une progression de 0,8 % sur la semaine. Le yen s’est légèrement raffermi à 159,13 pour un dollar, oscillant autour de la barre des 160, bien que les rumeurs d’intervention soient restées discrètes.
L’or au comptant gagnait 0,7% à 5’112,34 $ l’once. L’argent au comptant a progressé de 1,5% à 85,03 $ l’once. Le platine a gagné 1,3% à 2’159,01 $ et le palladium a pris 0,8% à 1’630,71 $.
Le contrat d’aluminium le plus actif sur le Shanghai Futures Exchange affichait une baisse de 0,26 % la tonne métrique mais restait en voie de réaliser un gain hebdomadaire de près de 3 %. Ailleurs sur le SHFE, le cuivre a chuté de 0,31%, le zinc a perdu 0,41%, le plomb a reculé de 0,45%, l’étain a lâché 1,29% et le nickel a progressé de 0,11%.
Les cours du pétrole ont baissé ce matin après que les États-Unis ont délivré une licence de 30 jours permettant aux pays d’acheter du pétrole et des produits pétroliers russes actuellement bloqués en mer, apaisant ainsi les craintes sur l’approvisionnement. Le contrat à terme sur le Brent a reculé de 71 cents, soit 0,71%, à 99,75 dollars le baril à 01h23 GMT, tandis que le brut américain West Texas Intermediate (WTI) perdait 88 cents, soit 0,92%, à 94,85 dollars. La licence a été délivrée dans ce que le Secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a qualifié de mesure visant à stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, bouleversés par la guerre en Iran. Poutine ricane…
Source : Reuters, AFP, AWP, MT, Zonebourse