Je crois que plus personne n’a le moindre doute aujourd’hui ; le pétrole est le centre du monde. La guerre en Iran devient banale et les chaînes d’infos en continu cherchent des autres centres d’intérêt. Le marché va dans tous le sens, que ce soit sur le baril ou sur le reste, et on commence à se demander à quel moment les choses vont revenir à la normale. Hier on a bien eu les chiffres du CPI – mais les intervenants ont tous bien compris que ce chiffre était une relique du passé, une donnée d’une époque qui n’a plus rien à voir avec celle dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, jeudi 12 mars, la seule donnée qui compte, c’est le prix du baril que le G7 essaie vainement de contrôler.

L’Audio du 12 mars 2026

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Ne pas rire

Hier l’EIA, le G7 et les USA – bien que les USA soient aussi dans le G7, mais là c’est une entité à part – tout ce beau monde a donc décidé de casser la tirelire et d’ouvrir les vannes des réserves stratégiques. 400 millions de barils vont donc être libérés par les autorités pour « maîtriser » les cours du pétrole, le temps que les gendarmes du monde parviennent à pulvériser les mollahs et les gardiens de la révolution avant qu’ils parviennent à couler un pétrolier géant au milieu du détroit d’Ormuz, ce qui ferait quand même vachement tache en ce moment. Surtout que Trump n’arrête pas de causer pour nous dire que les Iraniens sont à poils et qu’ils n’ont plus rien pour se battre, mais que chaque matin au réveil, on apprend que « même avec plus rien », ils arrivent encore à foutre une merde sans nom dans les économies mondiales.

Mais le plus drôle dans tout ça, c’est qu’hier on nous a annoncé en grande pompes que ces 400 millions de barils allaient « finalement » inonder le marché. Et puis à voir Macron quand il a fait l’annonce, on était à deux doigts de croire que c’est lui-même qui a été les forer à la force du poignet. Je sais que j’insiste beaucoup sur Macron, mais c’est pas ma faute, c’est lui qui passe son temps à se ridiculiser et à se mettre en scène comme s’il était un chef de guerre plusieurs fois décoré ! Le gars doit passer ses week-ends déguisé en Vercingétorix avec une armure en carton. Bref, et donc, dès que les barils furent « libérés » par Emmanuel Macron lui-même personnellement tout seul, direct derrière les prix du pétrole ont repris 9% ! Et tiens ! Prends ça dans ta face, tous tes cours d’économie basés sur le principe de l’offre et de la demande partent en fumée. Tout d’un coup, plus d’offre sur le marché font monter les prix et faut pas venir me dire que c’est parce que les mecs viennent faire le plein avec 12 jerrycans pour « faire des réserves ».

Mais pourquoi donc ?

Donc, la question qu’on peut se poser, c’est de savoir pourquoi ça monte quand instinctivement, on se dit que ça devrait baisser. Et on n’est pas les seuls, puisque même les gars de l’EIA ou du G7 le croient. Quand l’Agence internationale de l’énergie annonce fièrement la plus grande libération de réserves pétrolières de l’histoire — 400 millions de barils —, on pourrait penser que les prix du pétrole vont logiquement se calmer. Sauf que le marché pétrolier n’est pas logique, il est paranoïaque. Résultat : au lieu de baisser, le pétrole grimpe de presque 9 %. Pourquoi ? Parce que pendant qu’on ouvre les robinets des réserves stratégiques, la guerre avec l’Iran a déjà fait disparaître environ 15 millions de barils par jour, coincés entre le détroit d’Ormuz bloqué, les ports saturés et les installations à l’arrêt.

Autrement dit, on essaie d’éteindre un incendie de forêt avec un tuyau d’arrosage. Les traders regardent les 400 millions de barils et font rapidement le calcul : ça couvre à peine trois semaines de guerre. Donc au lieu de rassurer, cette annonce confirme surtout une chose : la pénurie est réelle et personne ne sait combien de temps elle va durer (et ça confirme aussi que même les grands de ce monde sont en train de se faire dessus à l’idée que le baril remonte encore plus haut) d’ailleurs à l’heure où je vous écris, où je vous parle, le BRENT est déjà repassé AU-DESSUS des 100$. Moralité du marché : quand on sort les réserves d’urgence… c’est rarement parce que tout va bien. Et ça, les prix du pétrole l’ont très bien compris. En conclusion de tout ça, on veut bien que les réserves stratégiques soient utilisées, mais cette action confirme un malaise général et la seule chose qui semble capable de faire rebaisser le pétrole de façon durable, c’est que la guerre se termine et que le détroit d’Ormuz permette un trafic fluide. Ce qui est loin de se produire si l’on en croit les nouvelles de la nuit. Et même les updates de Trump qui vient dire toutes les 5 minutes que les Iraniens sont foutus, ne suffisent plus à rassurer le marché…

La bonne nouvelle

Alors oui, je sais, c’est super-chiant de parler des mêmes choses encore et encore, mais en même temps, c’est pas moi qui ai commencé à bombarder Téhéran. Pourtant, hier il fallait quand même retenir DEUX BONNES NOUVELLES : la première c’était qu’on arrivait encore à parler d’autre chose au sujet d’Oracle et de l’IA et la seconde, c’est qu’on arrivait à parler d’autre chose en parlant macro et publication du CPI. De la fameuse inflation américaine qui est encore tapie au fond du bois mais qui pourrait largement nous sauter à la gorge à la première occasion. Mais commençons par Oracle. Hier le titre a donc repris 9% et autant il y a encore trois jours on pensait que ce truc était pourri et gangréné par la dette, autant hier le management a su rassurer et cajoler le marché qui trouve à nouveau qu’Oracle est de nouveau le mec hyper-populaire de la cour de récré, le mec avec qui tout le monde a envie de passer du temps.

Au-delà des chiffres qui n’étaient pas mauvais, Oracle a parlé et démystifié pas mal de choses. Ont-ils raison, l’avenir nous le dira. Toujours est-il que depuis quelques mois, un nouveau fantasme circule à Wall Street : l’IA va tuer le logiciel. L’idée est simple — demain, trois développeurs, un laptop et ChatGPT suffiront pour remplacer les mastodontes du SaaS. Résultat : les actions du secteur ont pris une claque, l’ETF des logiciels perd près de 20 % cette année et plus d’un quart depuis son sommet de 2025. Sauf qu’Oracle, lui, regarde la panique ambiante avec un sourire en coin. Lors de ses résultats, la société a expliqué que non seulement l’IA ne va pas la tuer… mais qu’elle pourrait même la rendre encore plus riche. Pourquoi ? Parce qu’Oracle ne fait pas que du logiciel : elle construit aussi les data centers et les serveurs qui alimentent l’IA, un business monstrueusement cher — 50 milliards de capex — mais potentiellement encore plus monstrueusement rentable. Microsoft, SAP ou Salesforce tentent la même pirouette stratégique : si l’IA change les règles du jeu, autant vendre les pelles pendant la ruée vers l’or. Moralité : le “SaaSpocalypse” fait beaucoup de bruit, mais pour l’instant, les géants du logiciel semblent surtout en train de se repositionner pour encaisser la prochaine vague plutôt que de se faire noyer par elle. C’est un peu l’inverse de ce que l’on se racontait en coulisses il y a encore deux semaines. Au milieu de tout ça, il y a forcément quelqu’un qui se goure.

Et puis y avait l’inflation

Hier c’était le jour du CPI. L’inflation américaine. Le truc qui nous permet à chaque fois de se lancer dans la grande tergiversation du mois : « LA FED VA-T-ELLE BAISSER LES TAUX PARCE QUE L’INFLATION EST SOUS CONTRÔLE ? ». Dans le cas présent, on pourrait en effet le croire, puisque le chiffre est sorti à 2.5% – encore un coup de maître des stratégistes qui ont mis pile poil dans le mille. Sauf que – vu ce qui se passe – le challenge va surtout être de de deviner le chiffre du mois prochain parce qu’avec le pétrole qui est dans une machine à laver le linge en mode essorage et que la machine en question est dans un grand-huit par jour de grand vent, autant vous dire que deviner le prochain CPI équivaut à choper les bons chiffres de l’Euro-Millions deux fois de suite. Et encore, les 2 fois de suite où y a 250 millions au tirage.

L’ensemble du marché a donc très bien compris que les chiffres du CPI n’avaient aucune valeur hier et que c’est comme faire une prise de sang pour voir si vous n’avez pas d’alcool dans le sang AVANT d’aller à la fête des vignerons ou pire, à la foire du Valais. Mais bon, c’est pas grave, parce que vendredi y aura le PCE et on aura une seconde chance d’attendre un chiffre qui ne sert à rien. En conclusion de cette journée ; le pétrole reste le centre du monde, Oracle va mieux et on a presque envie de leur faire confiance. Attention, j’ai dit « faire confiance », pas leur prêter de l’argent. Et pour ce qui est de l’inflation, les experts estiment que là tout de suite, l’inflation réelle est autour des 3.3% et que selon ce qui va se passer ces trois prochaines semaines, nous saurons si on va être un tout petit peu dans la merde ou dans la merde jusqu’au cou.

Et pour ce matin

Ce matin ça va être assez facile : il suffit de regarder le cours du pétrole pour savoir où va l’Asie et quelle est la direction à prendre le WTI est à 93.29$, Tokyo est en baisse de 1.87% et Hong Kong recule de 1.2%. La thématique est toujours la même : l’Iran, le détroit d’Ormuz et les risques inflationnistes qui en découlent. On parle de rumeurs comme quoi les tankers qui naviguent avec pavillon indien, pourraient être autorisés à traverser le détroit. Mais tout a été démenti par une « source » iranienne depuis sous les décombres de son bureau. En gros, on va se concentrer sur la crise actuelle et quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a vraiment l’impression que c’est en train de partir en sucette et que la guerre éclair selon Trump est en train mal tourner.

Mais pendant que tout le monde a les yeux braqués sur le pétrole et personne ne lit les journaux plus loin que les sujets militaires, le Private Credit continue de faire des siennes. Il y a un moment assez magique dans la finance : celui où tout le monde veut sortir exactement en même temps d’un investissement qui – par définition – ne permet pas de sortir rapidement. Cette semaine, Morgan Stanley et Cliffwater ont dû freiner brutalement les retraits dans leurs fonds après une vague de demandes de remboursement bien plus importante que prévu. Chez Cliffwater, les investisseurs ont demandé à récupérer 14 % du fonds, mais on leur en a rendu seulement 7 %. Chez Morgan Stanley, même ambiance : le fonds North Haven a plafonné les sorties à 5 %.
Alors pourquoi cette soudaine envie de récupérer son argent ? Parce que certains prêts — notamment dans le secteur logiciel, lui-même bousculé par l’IA — commencent à inquiéter les investisseurs. Et comme ces prêts sont illiquides, c’est-à-dire impossibles à vendre rapidement, les fonds ne peuvent pas simplement sortir le chéquier. Résultat : on ferme un peu la porte et on demande gentiment aux investisseurs d’attendre leur tour. Moralité : le private credit fonctionne parfaitement… tant que personne ne veut récupérer son argent en même temps. Dès que la musique ralentit, on découvre que les sorties de secours sont un peu plus étroites que prévu et surtout, un peu plus loin que prévu. La liste des victimes du Private Credit s’allonge, UBS, Blue Owl, Black Rock et maintenant, Morgan et Cliffwater. Je me dis qu’un jour, la guerre en Iran sera finie et qu’on va se rendre compte que le Private Credit est totalement hors de contrôle… Et là, ça sera vraiment drôle.

Le reste…

Il n’y pas de chiffres économiques très importants, si ce n’est les Jobless Claims américains, les futures sont en baisse de 0.8% et le rendement du 10 ans est à 4.24% ET ça, C’EST DRÔLE, parce que personne n’en parle non plus. On dirait du Private Credit. En conclusion, je dirais qu’on ne sait pas combien de temps va durer cette guerre mais si c’est pour qu’elle s’arrête qu’on doive commencer à gérer les casseroles du Private Credit et de l’obligataire, je me demande si les circonvolutions du pétrole ne sont finalement pas plus drôles et intéressantes.

Je ne serais pas là demain. Il me reste donc à vous souhaiter une très belle fin de semaine, il y a PCE demain et on se voit lundi, comme d’habitude !

Thomas Veillet
Investir.ch

« A correction is nothing more than a Wall Street euphemism for losing a lot of money very rapidly. »
Peter Lynch