La guerre contre l’Iran, l’opération «Epic Fury», devait durer 4 semaines - «une petite excursion» selon Trump - et faire tomber le régime iranien. Malgré de terribles bombardements, le régime iranien a résisté, a bombardé les monarchies pétrolières et Israël en faisant des dégâts considérables. Il a pris le détroit d’Ormuz en otage et le régime veut poursuivre son programme nucléaire. Et l’Iran force Trump à la négociation.
Le régime des Mollahs a été remplacé par le régime militaire des Gardiens de la révolution, les Pasdarans et les Bassidjis (maintien de l’ordre, police des mœurs, surveillance des universités et des lieux publics, et répression des manifestations), beaucoup plus autoritaire et surtout en faveur de la bombe nucléaire, alors qu’Ali Khamenei était plus prudent sur le sujet.
Racontée en détail par The New York Times, la réunion secrète tenue le 11 février dans la salle de crise (situation room) de la Maison Blanche au cours de laquelle Benyamin Netanyahou, présent, a convaincu Trump que l’Iran était «mûr pour un changement de régime». Mais l’article révèle que le directeur de la CIA jugera ce scénario «grotesque» et que le vice-président, J. D. Vance, y était opposé. Il donne aussi la mesure de la soumission de l’exécutif aux «intuitions» personnelles du président Trump qui nourrissent ses discours emphatiques.
Les Etats-Unis veulent revenir à l’accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire, accord déchiré en 2018 par Trump lui-même, considéré comme le «pire accord jamais négocié» et qu’il pourrait déclencher un «holocauste nucléaire».
Voyant l’impasse militaire, le mécontentement croissant des Américains et un gallon d’essence unleaded regular au-dessus des $4 à l’entrée de la driving season», Trump doit faire marche arrière, en déclarant toutefois sa victoire. Le temps presse à 6 mois des élections de mi-mandat de novembre – la campagne commençant en juin – où le taux d’approbation de Trump est le plus bas pour un président américain, surtout sur les sujets économiques.

L’incohérence de Trump, sa volatilité, ses volte-face permanentes et sa volonté de «détruire en une nuit une civilisation entière» ont poussé le camp démocrate à questionner la santé mentale de Trump en menaçant à recourir au 25ème amendement de la Constitution pour le démettre de ses fonctions. Certains démocrates, mais aussi certains républicains, considèrent que leur président est devenu «fou» et «hors de contrôle».
Un article du Le Monde compare Trump au roi Ubu, un bouffon tyrannique imaginaire, narcissique, brutal, vulgaire et malhonnête. Le Père Ubu n’a pas attendu Trump et son phénoménal enrichissement personnel au pouvoir pour se réjouir, après avoir décrété qu’«on paierait deux fois tous les impôts»: «J’aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m’en irai.» Comme Ubu, le président américain ne cesse de crier victoire. «Laissez-moi vous dire, nous avons gagné», a-t-il proclamé onze jours après avoir déclenché la guerre en Iran aux côtés d’Israël lors d’un meeting dans le Kentucky. «Cette guerre a été gagnée», a-t-il répété le 25 mars au cours d’une réception à la Maison Blanche. Et lorsque, mardi 7 avril, il a été amené à conclure un cessez-le-feu, il n’a pas hésité à trompeter «une victoire totale et complète». La différence avec Ubu est que Trump ne part pas à l’assaut avec un simple « sabre à merdre », mais à la tête de la plus puissante armée du XXIe siècle. «Un mode de fonctionnement a guidé Donald Trump depuis des décennies: construire un récit, affirmer inlassablement qu’il est vrai et contraindre le monde à s’y soumettre», résume le journaliste David Smith dans The Guardian. De la prétendue naissance au Kenya de Barack Obama au complot qui lui aurait fait perdre la présidentielle de 2020, la carrière politique de Trump est parsemée de milliers de mensonges.
La proclamation, mardi 7 avril, d’une «victoire totale et complète», très loin de la situation sur le terrain iranien, semble s’inscrire dans cette stratégie consistant à imposer des vérités alternatives à coups d’esbroufe, de forfanterie, de manipulation et d’élan disrupteur.
L’Iran déclare également sa «victoire» avec un régime toujours présent qui «contrôle» dorénavant le détroit d’Ormuz et qui conserve une capacité de nuisance très forte. L’Iran force les Etats-Unis à négocier. Les Etats-Unis continuent de menacer, mais ils n’ont pas d’autres choix que de stopper cette guerre avec des objectifs qui n’ont jamais été bien établis. Malgré la différence d’époque et de moyens (chars d’assaut vs sanctions/drones), la gestion des crises régionales par des dirigeants aux postures rigides tend à transformer des défis tactiques en fardeaux stratégiques durables.
On fait aussi des parallèles entre Trump en Iran et Brejnev en Afghanistan (1979). La décision de Donald Trump d’entrer en guerre en Iran, malgré les mises en garde de ses conseillers, a abouti à une période de conflit intense. Les médias parlent déjà d’un président ressortant affaibli après seulement quelques semaines de combat, illustrant la difficulté de remporter une victoire nette contre un adversaire régional majeur. Pour Brejnev, ce qui devait être une intervention rapide pour stabiliser un régime allié s’est transformée en une guerre de dix ans. Elle a épuisé les ressources de l’URSS et a été surnommée le « Vietnam soviétique ». Il y a d’autres exemples d’opérations militaires américaines illégales aux conséquences extrêmement néfastes comme en Afghanistan, Irak, Vietnam ou Corée ou encore des missions pour des changements de régime, réussies ou ratées, au Guatemala, à Cuba, au Brésil, en Bolivie, au Chili, à la Grenade, au Panama et récemment au Venezuela.
Les relations internationales risquent de changer après cette guerre. Les Etats-Unis pourraient en payer le prix fort auprès des monarchies pétrolières qui n’ont pas pu être protégées malgré leurs avertissements d’éviter de bombarder l’Iran. L’Arabie saoudite devrait s’intéresser à la bombe nucléaire.
Trump attaque à nouveau l’OTAN dont les membres n’ont pas voulu l’aider au Proche-Orient. L’OTAN est une alliance défensive qui vient en aide à un membre qui est attaqué. Il annonce des représailles sur l’Europe comme fermer des bases militaires. Les menaces habituelles.
La diversification mondiale hors du dollar, ou dédollarisation, demeure un risque, mais elle a été temporairement freinée par la guerre en Iran, indiquent les analystes de Nomura. Les principales économies, notamment en Europe et en Asie, ont subi un impact négatif sur leurs termes de l’échange et des sorties de capitaux en raison de ce conflit, précisent-ils. La dédollarisation devrait reprendre de l’élan à terme, s’appuyant sur des enquêtes auprès des investisseurs, des déclarations de dirigeants mondiaux et les risques d’une nouvelle agression américaine, ainsi que sur des indicateurs de flux de capitaux étrangers. Parmi les autres facteurs susceptibles de peser sur le dollar figurent les risques liés à l’indépendance de la Réserve fédérale, la détérioration des perspectives économiques américaines et le renforcement des couvertures contre le risque de dépréciation de la devise.
Les conclusions sont nombreuses. «Victoire» du régime iranien qui force les négociations avec les Américains. Les Iraniens sont des négociateurs hors pair. Le seul grand perdant est le peuple iranien et libanais en tant de «dommage collatéral». Les Gardiens de la révolution est un régime plus autoritaire que celui des Mollahs. Ils veulent la bombe nucléaire. Le détroit d’Ormuz est devenu le sujet principal des négociations. Donald Trump doit arrêter cette guerre pour des raisons de politique intérieure. Les relations entre les Etats-Unis et les monarchies pétrolières pourraient se détériorer. L’Arabie saoudite, serait-elle tentée d’acquérir l’arme nucléaire? L’OTAN toujours plus à risque. A notre avis, au détriment des Etats-Unis et de son appareil militaro-industriel. La dédollarisation pourrait s’accélérer. Malgré la «diversion» iranienne, l’affaire Epstein revient. La position défensive de Trump est favorable aux actions et relance le «Sell America trade». On est solidement installé dans un bull market, jusqu’à fin 2026/début 2027 en tout cas. Les prix du pétrole et du gaz devraient rester durablement élevés (>$80-$90) pour financer la reconstruction des infrastructures pétrolières et gazières endommagées dans le Golfe arabique et en Iran.