Comment 2,1 milliards ont parié contre le pétrole quinze minutes avant les annonces de la Maison-Blanche.
Il y a des semaines où le marché ressemble à une machine de précision suisse – Bon, d’accord, en ce moment, c’est très rare, mais quand même, des fois ça arrive. Et puis il y a des semaines le même marché ressemble à un casino de Las Vegas, une rumeur de cessez-le-feu, des menaces, un tanker qui brûle dans le détroit d’Ormuz et trois types en chemise blanche qui cliquent sur « SELL OIL » trente secondes avant tout le monde. Des types qui sont plus égaux que les autres.
Récemment et surtout depuis le retour de Trump sur Pennslyvania Avenue, on nous a demandé de croire à beaucoup de choses. Un peu trop souvent, d’ailleurs. On nous a demandé de croire que le marché pétrolier réagissait normalement. Que les futures bougeaient parce que les investisseurs « réévaluaient le risque géopolitique ». Que les gros volumes placés juste avant les annonces politiques étaient probablement le fruit du hasard. Que des traders anonymes, quelque part entre Londres, New York, Genève et Mar-a-Lago avaient simplement eu une « intuition ». Un coup de génie.
Une intuition !!!
Comme par hasard, toujours quinze minutes avant le communiqué. Comme par hasard, toujours dans le bon sens. Comme par hasard, toujours avec des tailles de position qui ne ressemblent pas à « j’ai un feeling », mais plutôt à « je sais très bien ce que je fais parce que je suis TRÈS BIEN informé et que du coup, je sais que mon intuition est extrêmement correcte ».
Soyons clairs dès la première ligne : ce n’est pas une nouvelle histoire. Les opérations d’initiés sont la norme depuis que la bourse a été inventée. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une nouvelle saison de la même série qui dure depuis des décennies. La seule différence, c’est que cette fois elle s’écrit en lettre rouge sang et ces lettres disent « Méthode MAGA ».
Le fantôme de Steve Cohen
Avant d’aller plus loin, il faut faire un détour par un nom que tous les vétérans de la finance connaissent : Steve Cohen. SAC Capital. Le hedge fund le plus rentable, le plus craint, le plus admiré et le plus surveillé de sa génération.
Pendant près de vingt ans, SAC Capital a affiché des performances que les statisticiens jugeaient à peu près aussi naturelles qu’un cheval qui parlerait italien – italien du Sud, même. Des rendements moyens autour de 30 % par an, année après année, dans des marchés qui parfois se faisaient massacrer. Comment faisaient-ils ? Du talent disait-on. De la recherche. Et une connaissance approfondie des marchés.
En 2013, le voile est tombé. SAC Capital a plaidé coupable d’insider trading, payé 1,8 milliard de dollars d’amende — la plus grosse de l’histoire à l’époque pour ce motif — et a mis la clé sous la porte. Huit anciens employés ont été inculpés, plusieurs ont été condamnés. Steve Cohen, lui, n’a jamais été inculpé personnellement au pénal. Il a écopé d’une interdiction temporaire de gérer l’argent des autres, il a payé une amende colossale. Cash. Puis il est revenu, plus riche, sous le nom de Point72. Aujourd’hui, il possède les Mets de New York et une des plus grosses collections d’art du monde.
Retenez bien la morale de l’histoire. Parce que cette morale est essentielle pour comprendre ce qui se joue maintenant.
Quand une machine financière gagne avec une régularité qui défie les lois des probabilités, ce n’est presque jamais le talent. C’est presque toujours l’information. Et quand le système finit par sanctionner, il sanctionne souvent les soldats. Les généraux, eux, paient un chèque, ferment une porte, en ouvrent une autre, et reviennent au sommet quelques années plus tard, sans trembler.
C’est exactement avec cette grille de lecture qu’il faut analyser ce qui se passe sur le pétrole en 2026.
Des trades trop parfaits pour être honnêtes
Commençons par les faits. Récemment, Reuters a rapporté que des traders ont placé environ 430 millions de dollars de paris à la baisse sur le pétrole environ quinze minutes avant que Donald Trump annonce une extension du cessez-le-feu avec l’Iran. Selon Reuters, ce n’était pas un épisode isolé.
C’était au moins le troisième cas en avril, et le quatrième au total, de gros trades extrêmement bien synchronisés avec des développements majeurs du conflit iranien. Le total des opérations similaires évoquées pour avril atteindrait plus de deux milliards de dollars, après un « petit » 500 millions en mars.
À ce stade, il y a deux possibilités.
Soit nous sommes face à la plus grande concentration mondiale de génies dans le monde financier depuis l’invention même du Nasdaq.
Soit quelqu’un savait quelque chose. Je vous avoue que je penche nettement pour la seconde alternative.
Soyons francs, vu la taille des ordres, on n’est pas dans le petit trader qui a repéré un signal de vente sur un graphique bricolé à la main. On parle de positions massives, prises quelques minutes avant des annonces qui changent brutalement le prix du baril. C’est la signature classique du trade informé – de l’insider trading – pas d’accumulation discrète sur plusieurs jours, juste un gros ordre dans le flux habituel des transactions. Une trop gros ordre pour être honnête et qui plus est au moment précis où elle rapporte le plus.
Selon le Wall Street Journal, un élu démocrate, Ritchie Torres, a demandé à l’organe qui supérvise les produits financiers sur le pétrole (la CTFC) d’élargir son enquête à une fenêtre de deux minutes pendant laquelle 4’269 contrats futures pétrole, représentant plus de 430 millions de dollars, auraient été échangés juste avant un post de Trump qui disait qu’ils avaient un accord pour cesser les bombardements. La Maison-Blanche a répondu qu’il n’y avait pas de preuve directe d’insider trading et que son personnel est soumis à des règles éthiques. Bien sûr.
C’est évidemment rassurant. Et très convaincant. Parce que s’il y a bien une chose qui empêche les êtres humains de faire des bêtises avec de l’argent, ce sont les règles éthiques imprimées dans un PDF, c’est bien connu. Il avait déjà rapporté, une semaine plus tôt, que la même CFTC examinait des trades suspects réalisés avant des changements de politique de Trump sur l’Iran, notamment autour du 23 mars et du 7 avril, avec un pari évoqué de 950 millions de dollars.
Donc résumons : des annonces politiques, des trades massifs, un timing chirurgical, des gains potentiels énormes, et une enquête.
Ça ne prouve pas encore la fraude. Mais ça pose une question assez simple : combien de coïncidences faut-il empiler avant que le hasard commence à devenir suspect ?
Le pétrole, un le terrain de jeu rêvé
Le pétrole est un actif magnifique. Pas parce qu’il est propre. Pas parce qu’il est simple. Pas parce qu’il est moralement intouchable. Le pétrole est magnifique parce qu’il est à la fois une matière première, une arme géopolitique, un indicateur d’inflation, un actif financier, un outil diplomatique, un produit de spéculation et parfois un thermomètre indicateur de panique mondiale. Et surtout, c’est un marché qui se traite massivement via futures. Autrement dit : on n’a pas besoin de posséder un baril, on n’a pas besoin d’être Exxon et de posséder une raffinerie et de nager dans les hydrocarbures. On peut acheter ou vendre du pétrole en levier, à la vitesse de la lumière, sur des contrats standardisés, avec des tailles monstrueuses. Et depuis la terrasse de sa maison de campagne, depuis le yacht d’un ami oligarque russe ou depuis la « situation room de la Maison Blanche ».
C’est pratique. Et simple d’utilisation. Le marché des futures est censé permettre aux producteurs, raffineurs, compagnies aériennes et industriels de se protéger. Sur le papier, c’est noble. Le fermier moderne protège son champ de pétrole contre les intempéries du marché. Dans la vraie vie, ce sont aussi des hedge funds, des banques, des desks de trading et plein de types qui ont probablement au moins trois écrans Bloomberg et une tension artérielle de hamster sous cocaïne.
Quand un gros acteur arrive avec un ordre énorme dans un moment délicat, il fait bouger le prix. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Parce que si vous savez à l’avance (totalement par hasard) qu’une annonce va faire baisser le pétrole, nul besoin d’être un génie. On peut vendre avant. Tranquille, sans stress. Il suffit alors d’attendre et d’encaisser. Ensuite on expliquera au monde entier qu’on avait simplement « bien analysé la situation ».
C’est le plus beau métier du monde : voyant extra-lucide avec terminal Bloomberg qui gagne à tous les coups.
Le vrai problème, c’est la fuite
Quand on parle de manipulation de marché, les gens imaginent souvent un méchant de James Bond avec un chat blanc, un bouton rouge et une plateforme pétrolière au milieu de l’océan. Mais la manipulation moderne est beaucoup moins glamour. Et donc beaucoup plus dangereuse. Celle dont nous parlons actuellement c’est la plus toxique politiquement : l’utilisation d’une information non publique liée à une décision gouvernementale.
C’est là que l’affaire devient explosive. Parce que si un trader sait à l’avance qu’une banque centrale va surprendre le marché, c’est grave. Si un trader sait à l’avance qu’une entreprise va publier une mauvaise nouvelle, c’est grave. Mais si quelqu’un sait à l’avance qu’un président va annoncer une pause militaire, une extension de cessez-le-feu, une suspension de frappe ou n’importe quelle autre décision sur l’Iran qui est susceptible de faire bouger le baril, on entre dans une autre dimension.
On n’est plus seulement dans la magouille financière. On est dans la monétisation privée de décisions de politique internationale.
Le précédent
C’est là que le précédent SAC Capital prend toute son épaisseur. Parce que dans l’affaire Cohen, le mécanisme était simple : on payait des gens, on arrosait des médecins, des chercheurs, des cadres, des consultants, des collaborateurs, et on récoltait des informations matérielles non publiques. La structure du fonds était conçue pour rendre la traçabilité quasi-impossible.
Tout était cloisonné et personne ne savait rien des activités du type assis à côté de lui. Là, on frisait les méthodes du Mi6 et du Mossade. Le big boss « ne savait pas ». Les emails « n’étaient pas conservés ». Les conversations « se passaient au téléphone ». Il y avait des noms de codes. Des boîtes aux lettres mortes. Bref, du James Bond, je vous dis.
Mais là, si une administration laisse fuiter le contenu d’une décision géopolitique majeure quinze minutes avant son annonce officielle, vous n’avez besoin que d’un coup de fil pour transformer ça en 200 millions de dollars. Pas d’expert. Pas de réseau. Juste un téléphone jetable et un compte chez un broker basé à l’étranger dans un pays complaisant et 5 minutes de temps libre pour passer l’ordre.
C’est plus simple, plus propre, plus rapide, plus invisible. Et infiniment plus rentable.
Quand c’est trop évident…
Le Guardian a évoqué plus d’un milliard de dollars de paris parfaitement timés autour de la guerre en Iran. Reuters parle de mouvements « suffisamment inhabituels pour mériter un examen », touchant les options et les futures sur matières premières. Le problème n’est pas de désigner un « coupable ». Le problème, c’est de dire expliquez-nous. Expliquez-nous pourquoi ces volumes apparaissent juste avant les annonces. Expliquez-nous qui est derrière. Expliquez-nous si les ordres viennent toujours des mêmes entités. Expliquez-nous si ces entités ont des liens avec des cercles politiques, diplomatiques, militaires, gouvernementaux ou de lobbying. Ou si papa est juste Président.
Dans un marché normal, on dit que « le prix découvre l’information ». Ici, on a parfois l’impression que certains participants découvrent l’information avant le prix, avant les journalistes, avant les citoyens, et peut-être même avant la moitié de l’administration qui apprendront l’info dans 10 minutes.
C’est embêtant. Surtout quand c’est embêtant à hauteur de 950 millions de dollars.
Que fait à la police ?
Dans le langage courant, on dit souvent : « Mais que fait la SEC ? » C’est normal. La SEC, c’est le gendarme des marchés financiers. Celui qu’on cite dans les films, dans les séries, dans les scandales d’insider trading sur actions. C’est elle qui a coincé SAC. C’est elle qui fait trembler les CEO du Nasdaq qui parlent trop à leurs copains.
Mais sur le pétrole, sur les futures, sur les matières premières, le vrai régulateur central, c’est la CFTC (Commodity Futures Trading Commission). Moins glamour, moins connue du grand public, mais absolument essentielle. Elle surveille les futures, les swaps, les options sur matières premières, les marchés énergétiques. Bref, tout ce qui ressemble à un produit financier a le moindre lien avec l’or noir. Et la CFTC aurait effectivement commencé à bouger. Comme disait Coluche : « on s’autorise à penser dans les mieux autorisés qu’elle enquêterait sur ces mouvements suspects qui ont l’air un peu trop bien informés ». Ladite commission promet une application « ferme des règles » et des enquêtes demandant un examen plus poussé des possibles utilisations d’informations non publiques ont été ouvertes.
Utilisations « possibles ». J’adore.
Donc non, les régulateurs ne dorment pas complètement. Mais ils n’avancent pas vite devant l’évidence et on dirait qu’ils sont terrorisés découvrir le pot aux roses. Là encore, ils ne sont pas tous égaux. Le marché bouge en millisecondes, des fortunes se font et se défont en moins de 3 minutes, par messages cryptés ou conversations privées. Et la CFTC bouge avec des procédures qui vont mettre 20 ans pour aboutir, tellement la paperasse est lourde.
Il faut aussi comprendre la difficulté juridique. Pour prouver une manipulation, il ne suffit pas de dire « regardez, c’est bizarre ». Il faut démontrer l’intention, le lien, parfois l’artificialité du prix, ou l’usage frauduleux d’une information. Traduction pour le commun des mortels ; voir un truc louche, c’est facile. Le prouver devant un juge, c’est une autre paire de manches. Et quand la paire de manches est portée par un cabinet d’avocats à 1’800 dollars de l’heure, il faut demander l’aide de Jim Phelps et Ethan Hunt, parce que ça devient « Mission : Impossible ».
Souvenez-vous : SAC Capital, ce n’est pas tombé en six mois. Il aura fallu dix ans d’enquête, des centaines d’écoutes, plusieurs lanceurs d’alertes, une montagne de documents internes et une coopération inter-agences pratiquement jamais vue. Et même au bout de tout ça, le patron a payé un chèque, il bosse toujours dans la finance et est à nouveau respectable. Inutile de vous dire que quand l’adversaire a la ligne direct du Bureau Ovale, ce n’est pas dix ans qu’il faut. C’est une vie.
Le marché est devenu une machine à monétiser le chaos politique
La grande nouveauté, ce n’est pas qu’il y ait des trades suspects. Il y en a toujours eu. La finance n’a pas attendu Trump pour découvrir que l’être humain aime beaucoup l’argent, surtout quand il n’a pas besoin de travailler honnêtement pour le gagner. Le concept du « Greed is Good », n’est pas nouveau. N’est-ce pas Monsieur Gekko.
La vraie nouveauté, c’est que le chaos politique est devenu un actif dans lequel on peut investir.
Trump annonce. Le pétrole bouge.
Trump menace. Le pétrole monte.
Trump temporise. Le pétrole baisse.
Trump poste. Les futures explosent.
Trump recule. Les shorts encaissent.
Avant, un trader pétrole regardait les stocks américains, la production de l’OPEP, la demande chinoise, les raffineries, les flux maritimes, le dollar et les graphiques. Maintenant, il regarde surtout Truth Social. On a transformé la première matière première énergétique du monde en sous-produit d’un réseau social politique. C’est fascinant, grotesque et c’est probablement très rentable. Mais c’est aussi un tout petit peu terrifiant.
Parce que le jour où le marché comprendra que certaines annonces sont précédées de trades gagnants trop régulièrement, la confiance se fissure. Et la confiance, en finance, c’est comme l’oxygène. On n’en parle jamais quand il y en a. On panique dès qu’il manque. Le vrai risque, ce n’est pas seulement que quelques traders se soient fait des millions. Le vrai risque, c’est que les autres participants commencent à penser que le jeu est truqué. Et quand le jeu est perçu comme truqué, deux choses arrivent : les petits sortent, les gros exigent une prime de risque. Et là, clairement, le jeu est truqué. On ne va pas se mentir !
Dans les deux cas, le marché devient moins sain, moins profond, plus brutal. Les prix deviennent plus violents. Couvrir le rique coûte plus cher. La volatilité augmente. Et à la fin, tout le monde trinque : les entreprises, les consommateurs, les États, les banques centrales. Ce qui était au départ un trade suspect sur pétrole devient une hausse du prix de l’essence, une inflation plus collante, une Fed plus nerveuse, un consommateur plus fragile et un marché actions plus schizophrène.
La finance, c’est rarement un crime sans victime. C’est juste que la victime reçoit la facture trois mois plus tard sous forme d’un litre d’essence à 2 balles 80.
Le grand silence
Ce qui me frappe dans cette histoire, ce n’est pas seulement l’existence possible d’insiders. C’est le calme relatif autour du sujet. La manière dont tout le monde s’en fout.
Imaginez un instant que des traders aient placé des centaines de millions de dollars sur une action quinze minutes avant une annonce de rachat. La SEC débarquerait en hélicoptère avec le SWAT, CNBC ferait des plateaux spéciaux, les avocats seraient déjà en train de facturer avant même d’avoir lu le dossier. Le DOJ préparerait des perquisitions avant d’avoir les adresse sur les mandats. Mais là, parce que c’est du pétrole, parce que c’est de la géopolitique, parce que c’est la CFTC, parce que c’est technique, parce que ça touche potentiellement des décisions politiques sensibles, parce que les implications sont probablement au niveau de la Maison Blanche, tout semble plus mou, moins volontaire. La trouille, ça ne se commande pas.
Il faut dire les choses : sous l’ère Trump 2.0, la frontière entre l’intérêt politique et l’intérêt privé s’est dissoute dans une zone grise tellement vaste qu’elle a sa propre météo et sa propre législation. Famille présidentielle dans la crypto, conflits d’intérêts assumés à coup de « haussements d’épaules », accords commerciaux annoncés puis défaits puis annoncés puis re-défaits — chaque tournage de veste est une opportunité de trade. Et plus le pouvoir tweete vite, plus le radar des régulateurs rame pour y comprendre quelque chose.
Attention. Je ne dis pas qu’il y a déjà une condamnation. Je ne dis pas que tous ces trades sont illégaux. Je ne dis pas que tel ou tel acteur est coupable.
Je ne dis pas qu’il y a des preuves.
Je dis simplement que quand des centaines de millions, voire des milliards, sont placés juste avant des annonces géopolitiques majeures, et que le timing se répète, il ne suffit pas de dire que le marché est efficient. Un marché efficient, c’est très joli dans les livres. Dans la vraie vie, le marché est surtout efficient pour enrichir ceux qui sont plus égaux que les autres.
C’était vrai pour SAC en 2008. C’est vrai pour le pétrole en 2026.
Ce n’est plus un marché, c’est une scène de crime potentielle
Le pétrole reste coincé dans le détroit d’Ormuz, Trump, l’Iran, les futures, les hedge funds, les algorithmes, les régulateurs et des annonces politiques qui tombent souvent au moment où les marchés ont déjà commencé à bouger.
Officiellement, il n’y a pas encore de preuve définitive. Mais il y a assez d’éléments pour poser une question simple :
Est-ce que le marché du pétrole est encore efficient ?
Ou est-ce que certains la monétisent avant tout le monde parce qu’ils connaissent la fin de l’histoire, la chute, la conclusion ?
Parce que si la réponse est la deuxième, on n’est plus dans un marché libre. On est dans un marché à deux vitesses. Une vitesse pour ceux qui lisent les nouvelles. Une vitesse pour ceux qui les connaissent avant qu’elles existent. Ou carrément, pour ceux qui fabriquent les nouvelles, qui les manipulent.
Dans ce monde-là, le petit investisseur, le gérant honnête, l’industriel qui a réellement besoin de pétrole, le consommateur qui paie son essence, tout le monde devient figurant dans une pièce écrite par quelqu’un d’autre et dont ils ne connaissent même pas le scénario.
Steve Cohen nous a appris une leçon que personne n’a vraiment voulu retenir : quand le système attrape enfin les tricheurs, il les attrape trop tard, il en attrape trop peu, et ils sont trop bas dans la chaîne. Pendant ce temps, les généraux refont surface, rachètent des équipes de baseball et donnent des conférences sur l’éthique en finance. Cohen l’a fait, Michael Milken l’a fait et Michael Douglas a fait passer Gordon Gekko pour un héros, alors que c’était juste un escroc.
Le plus inquiétant, ce n’est pas que des gens trichent. Les gens ont toujours triché et ils tricheront toujours. Le plus inquiétant, c’est quand le système voit passer les mêmes signaux, les mêmes timings, les mêmes volumes, les mêmes profits, et répond avec la dynamique d’une limace écrasée que ça fait peur.
Parce qu’à force de laisser croire que certains ont le droit de jouer avec les dés pipés et que nous sommes tous égaux mais que certains sont juste plus égaux que les autres, le marché finit par perdre quelque chose de beaucoup plus précieux que quelques milliards.
Il perd la confiance.
Et un marché sans confiance, c’est comme un tanker dans le détroit d’Ormuz avec une mine sous la coque.
Ça flotte encore.
Jusqu’au moment où ça ne flottera plus.
Thomas Veillet
Morningbull.ch