Il est très tard ou très tôt — moi je rentre d'un match de baseball et selon mon Mac (qui devient de plus en plus cher), il est 4h25 du matin. Quelque chose a changé cette semaine. Pas dramatiquement, sans krach ni écrans rouges. Juste un glissement. Discret. Presque poli. La tech qui se fissure pendant que le reste du marché sauve les meubles. Les Mag 7 ont perdu près de 3'000 milliards de dollars de capitalisation en juin et le mois n'est même pas terminé.

La mémoire qui fait mal à tout le monde sauf à celui qui la vendMicron publie des résultats stratosphériques — chiffre d’affaires en hausse de 346% sur un an, bénéfice net multiplié par quinze. Le titre bondit de 16%, Sandisk prend 22%, l’ETF mémoire fait +10%. Fête totale dans les semiconducteurs. Et au milieu de tout ça, Apple annonce qu’elle augmente les prix de ses MacBook et de ses iPad parce qu’elle ne peut plus absorber le coût des puces. Le titre perd 6%, soit 250 milliards partis en fumée en une séance. Microsoft augmente les prix de ses Xbox pour la même raison, -3,5% dans la foulée. Une analyste a résumé ça très bien : « les résultats extraordinaires d’une entreprise signifient que quelqu’un d’autre en paie le prix plus loin dans la chaîne. » Et ce quelqu’un au bout de la chaîne, c’est vous, devant votre MacBook qui coûte désormais un peu plus cher qu’avant. Le marché a passé des mois à nous expliquer que l’IA allait tout sauver et que les marges allaient exploser. Personne n’avait vraiment réfléchi au fait que si les puces coûtent trois fois plus cher, il faut bien que quelqu’un paie.

Le PCE à 4% et la Fed qui fait semblant de réfléchir

Le PCE a officiellement dépassé les 4% pour la première fois en trois ans. Le CPI aussi. Les deux mesures d’inflation de référence sont plus de deux fois supérieures à l’objectif de 2% de la Fed. Dans un monde normal, on se poserait des questions. Dans le monde de 2026, les traders anticipent 25 points de base de hausse d’ici la fin de l’année et puis basta — parce que le PCE mensuel était légèrement sous les attentes et parce que le pétrole a baissé de 40% depuis son pic de guerre, le Brent revenu autour de 75 dollars. La Fed va « attendre et voir », comme elle le fait très bien depuis longtemps. Le PIB du premier trimestre a été révisé à 2,1% annualisé. L’économie tient. Sur le papier, tout va bien. Jusqu’à qu’on ait de l’eau jusqu’aux chevilles.

Le détroit qui ne s’ouvre pas vraiment

L’OMI avait lancé mardi un plan d’évacuation pour les navires bloqués dans le Golfe. Le plan a été suspendu hier après qu’un porte-conteneurs a été touché par un projectile d’origine « inconnue » près d’Oman — un officiel américain pointant l’Iran. Donc il y a un cessez-le-feu de 60 jours. Et on tire quand même des missiles sur des cargos. Deux faits parfaitement contradictoires que le marché a décidé d’accepter comme tout à fait normaux. La réouverture totale du détroit, c’est pas pour demain.

Conclusion

On termine un semestre schizophrène. Le Nasdaq enregistre son pire mois depuis mars 2025. Microsoft affiche -21% en juin, sa pire performance mensuelle historique. Et pourtant le SOX se dirige vers son meilleur trimestre de tous les temps. Ce matin, SoftBank plonge de 12% à Tokyo parce qu’OpenAI retarderait son IPO faute de demande à 1’000 milliards. Tout le monde perd de l’argent sauf ceux qui fabriquent les puces que tout le monde achète à n’importe quel prix.
Quelque part dans le détroit d’Ormuz, un cargo regarde passer les missiles en se demandant si le cessez-le-feu s’applique aussi à lui.
Bon week-end à tous — on se voit lundi depuis quelque part au Canada.

Thomas Veillet

Investir.ch

« When everything seems to be going against you, remember that the airplane takes off against the wind, not with it.”

Henry Ford