Les chiffres de Broadcom ont déclenché chez les intervenants de marché quelque chose d'inhabituel : une réflexion. Brève, superficielle, probablement douloureuse — mais une pensée quand même. Genre : "et si on avait légèrement exagéré sur les semi-conducteurs ?" Pas besoin d'un doctorat en finance comportementale pour trouver une raison de vendre. Le SOX s'est fait allumer, le Nasdaq a terminé dans le rouge, et pendant ce temps le Dow Jones explosait tranquillement dans son coin comme si les vieilles valeurs industrielles existaient encore. Rotation sectorielle express et si ça se trouve c’est déjà l’heure du BUY THE DIP…

L’Audio du 5 juin 2026

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Chronique express

Jamais content

Broadcom a publié mercredi soir des résultats à faire pleurer de joie n’importe quel CFO d’Europe continentale. 48% de croissance sur un an. Des revenus qui explosent. Une demande IA solide. Et pourtant, le titre s’est pris -12,6% dans la journée de jeudi. 286 milliards de capitalisation envolés. Quatrième pire destruction de valeur en une journée pour une société américaine dans l’histoire. Tout ça parce que la société n’a pas relevé sa guidance IA pour 2027. Elle l’a maintenue. Maintenue, pas réduite — maintenue. Et le marché, qui avait déjà dans les cours une croissance perpétuelle avec option sur la colonisation de Mars, n’a pas bien pris la chose.

La contagion a été immédiate. Micron -7,7%, AMD -3,56%, Arm -4%, CrowdStrike -3,81%. Le SOX — l’indice des semi-conducteurs qui avait quasiment doublé depuis fin mars — a plongé jusqu’à -6% en séance avant de se reprendre à -2,15% grâce au réflexe pavlovien habituel du « buy the dip ». Nvidia, elle, a fini en hausse de 2%. Parce que Nvidia, c’est le soleil. Tout tourne autour. Même quand tout explose, il est là, tranquille, il brille.

La rotation

Pendant que les semi-conducteurs prenaient une douche froide, le Dow Jones s’envolait de 1,73% à 51’562 points — nouveau record historique. Goldman Sachs +5%, UnitedHealth +5,21%, Boeing +3,28%. Les vieilles valeurs industrielles et financières ont eu leur moment de gloire pour vingt-quatre heures, le temps que quelqu’un quelque part décide que les banques et l’aérospatiale méritaient elles aussi d’exister. Le Russell 2000 qu’on avait complètement oublié depuis le début de l’ère IA — s’est lui aussi offert un record historique. Au milieu d’une guerre, d’un pétrole à 95 dollars et de taux au plus haut depuis 2009. La logique est parfaite. Je vous laisse méditer là-dessus.

Les taux ont légèrement soufflé dans le sillage du pétrole qui a reculé à 93 dollars. Le 10 ans américain à 4,48%, le 30 ans juste sous 5%. Rien de spectaculaire — mais dans l’état actuel des choses, un taux qui ne monte pas est considéré comme une grande victoire. On prend ce qu’on peut. Ce qu’on nous donne.

Iran, Trump et le 22ème accord du week-end

97 jours de guerre. 97 jours d' »accord imminent ». Et jeudi, Trump a déclaré qu’un deal pourrait être signé « ce week-end » — encore un week-end décisif depuis le début du conflit. Le ministre iranien des affaires étrangères a répondu qu’aucun « processus significatif » n’avait eu lieu. Ces deux hommes parlent du même dossier, mais apparemment pas de la même réalité.

Trump a aussi déclaré qu’il serait « honoré » de rencontrer le nouveau guide suprême iranien — le fils du précédent, tué le premier jour de la guerre — en précisant qu’il avait « une très bonne réputation dans certains cercles ». Ces cercles restent à identifier. En attendant, le pétrole a reculé sur ces espoirs, mais boucle quand même la semaine en hausse de 3 à 6%. L’espoir de deal ne remplace pas les barils qui ne passent pas par le détroit d’Ormuz. Ce détail pratique échappe à tout le monde sauf aux gens qui gèrent du pétrole physique — précisément ceux qu’on n’invite jamais sur les plateaux TV.

SpaceX : les chiffres qui font mal aux yeux

La semaine prochaine, c’est la semaine SpaceX. IPO le 12 juin, 75 milliards levés, valorisation cible de 1’750 milliards. La plus grande introduction en bourse de l’histoire. Les projections d’analystes qui circulent sont d’une créativité qui ferait rougir un auteur de science-fiction — et l’analyse complète de ces chiffres, et surtout de la question de savoir sur quoi ils reposent exactement, est sur Morningbull.ch ce matin. Parce que certains chiffres méritent vraiment qu’on prenne le temps de les démolir correctement.

Les NFP cet après-midi : le test de Rorschach du vendredi

À 14h30, les Non-Farm Payrolls de mai tombent. Consensus : 85 à 95’000 créations d’emplois, chômage stable à 4,3%. Le contexte n’est pas anodin : demandes au chômage remontées à 225’000 cette semaine, annonces de suppressions de postes proches des 100’000 en mai — dont 40% attribuées à l’IA. Ce sont les entreprises qui licencient pour financer leurs dépenses en puces, qui font monter Nvidia, qui valide la stratégie, et ainsi de suite. Le cycle est parfait dans sa logique circulaire.

Si le chiffre sort fort, les taux remontent et la Fed reste figée encore plus longtemps. Si le chiffre sort faible, les marchés applaudiront les futures baisses de taux avant de paniquer à l’idée d’une récession. Si le chiffre sort conforme aux attentes, chacun rédigera sa propre version de la vérité. Plus de 75% des experts anticipent désormais une hausse des taux avant Noël — les NFP de cet après-midi vont préciser si cette probabilité monte ou descend.

Ce ne sont pas des statistiques. C’est un test de Rorschach pour traders sous caféine. Et comme d’habitude, le marché réagira moins à la réalité qu’à l’écart entre ce qu’il espérait et ce qu’il redoutait.

L’analyse complète — rotation sectorielle, SpaceX, NFP et ce que ça signifie pour la semaine prochaine — est sur Morningbull.ch.

Excellent vendredi.

Thomas Veillet
Investir.ch

« The curious task of economics is to demonstrate to men how little they know about what they imagine they can design. » — Friedrich Hayek