Il est presque quatre heures du matin et j'ai l'impression de me refaire en boucle le même remake du JOUR DE LA MARMOTTE version Wall Street. Vendredi soir, on ferme dans la douleur, la tech se fait dérouiller, le Nasdaq se fait défoncer sur la semaine. Le week-end arrive, et comme d'habitude depuis trois mois, l'Iran et les États-Unis profitent du marché fermé pour se taper dessus en piétinant allégrement le cessez-le-feu. Et puis lundi, alors que tout le monde est terrorisé par une ré-escalade dans le détroit d'Ormuz, le clown de la Maison Blanche ressort un lapin de son chapeau : l'Iran "a demandé une réunion" à Doha.

L’Axios put

C’est ce qu’on appelle désormais le « Axios put » — le vendredi ça chauffe, le lundi une dépêche bien sentie vient remettre une pièce dans la machine, et l’Iran dément officiellement, mais peu importe : le marché a déjà acheté l’histoire. Résultat : Dow au-dessus de 52’000, dix-huitième record de l’année, S&P +1,2%, Nasdaq +2,1%. On rachète frénétiquement ce qu’on avait vendu vendredi en panique. C’est le mouvement perpétuel de 2026 : on vend la peur, on rachète l’espoir, sans jamais vérifier si quelque chose a changé sur le fond.

Le pétrole, lui, reste plus circonspect — Brent à 73-74 dollars, proche des niveaux d’avant-guerre, mais sans s’effondrer, comme s’il gardait un œil sur la maîtrise des nerfs de tonton Donald.

Le YEN en chute libre

Pendant ce temps, et c’est ça le vrai sujet du jour, le Yen vient de tomber à son plus bas niveau depuis 1986 — 162 dollars pour un yen, du jamais vu depuis quarante ans. Le Yen faible, c’est le carburant du carry trade mondial : on emprunte à taux quasi nul à Tokyo pour replacer ailleurs, actions américaines et IA en tête. Tant que ça reste stable, ça alimente discrètement la liquidité qui pousse vos indices vers le haut. Le problème, c’est que ce genre de faiblesse extrême finit historiquement par déclencher une intervention — et le souvenir collectif, ici, c’est août 2024 et son débouclage brutal du carry trade japonais qui avait fait dévisser les marchés mondiaux en quelques heures. On n’y est pas encore. Mais le ressort se tend.

Côté Chine, le PMI manufacturier de juin ressort un peu meilleur qu’attendu, porté par la demande mondiale en tech et IA, mais le consommateur chinois domestique continue de serrer les dents — ventes au détail en recul, immobilier qui glisse. Le même schéma qu’ailleurs : tant qu’il y a écrit « IA », tout va bien ; le reste peut crever en silence.

Le miracle SpaceX ne fonctionne pas (encore)

Côté entreprises, SpaceX intègre le Russell 1000 mais ne grimpe que de 1,4% faute de flottant suffisant, tandis que Taïwan perquisitionne les bureaux de Super Micro Computer pour suspicion de trafic de puces Nvidia vers la Chine — première action policière du genre, et signe que derrière la fête de l’IA, il y a aussi tout un marché gris qui essaie de passer par la fenêtre.
Nous avons donc un Dow Joness à 52’000, un Yen qui grince comme une planche pourrie, une Chine à deux vitesses et un trafic de puces qui se fait choper pendant que tout le monde regarde les records. On vit dans un monde où le marché monte sur l’espoir d’une paix jamais signée et où la seule certitude, c’est qu’on rejouera ce cirque vendredi soir.

Comme disait l’autre : on vit une époque formidable. Si jamais, ça vous semble trop court, abonnez-vous pour la version longue sur Morningbull.ch.

Thomas Veillet
Investir.ch

“A true leader has the confidence to stand alone, the courage to make tough decisions, and the compassion to listen to the needs of others. He does not set out to be a leader, but becomes one by the equality of his actions and the integrity of his intent. »

Douglas MacArthur