Il est cinq heures du matin et j'ai passé mon dimanche soir à lire des dépêches de guerre. Des vraies dépêches. Alors que ça fait deux semaines qu'on nous dit qu'on est tous des frères et que les gardiens de la révolution vont venir fêter la fête de l'indépendance à Boise dans l'Idaho. Bref, on tire de vrais missiles. Des vrais tankers touchés dans le détroit. Et ce matin, les futures sur le pétrole sont en hausse de 0,5%. Parce que bien sûr. Ce genre de situation — il y a trois mois — aurait tout fait péter à la hausse. Sauf que pas là. Parce que là, la guerre, elle est presque finie. Selon Donald. Le cessez-le-feu qu'on aime

Voilà où on en est après 122 jours de « cessez-le-feu » : le WTI est à presque 70 dollars, le Brent flirte avec le 73. Le Nasdaq a terminé la semaine à la casse, sa pire semaine depuis plus d’un an. Le S&P a perdu 2%. Les Magnificent Seven ont effacé collectivement 2’800 milliards de capitalisation en juin. Et ce matin, les futures montent parce qu’Axios a publié dimanche soir qu’on a « accepté d’arrêter de se tirer dessus ». ENCORE UNE FOIS. Excusez-moi, mais encore une PUTAIN de fois, et on veut nous faire croire que tout est réglé et que tout le monde retourne au Bürgenstock se serrer la pogne.

Le cessez-le-feu, version détroit

On va reconstituer le week-end dans l’ordre, parce qu’on frise le grand n’importe quoi. Vendredi : l’Iran envoie des drones sur des tankers, frappe l’Ever Lovely. CENTCOM riposte, 10 cibles iraniennes détruites. Samedi : un autre tanker touché, le Kiku — deux millions de barils à bord. Re-frappe américaine. Dimanche matin : l’Iran attaque des bases au Koweït et à Bahreïn, les deux pays interceptent. Trump poste sur Truth Social qu’il va « finir le travail » et que « la République islamique n’existera plus ». Dimanche soir : Axios cite un officiel américain qui dit qu’on a « décidé d’arrêter toute activité militaire ». Les deux parties se retrouvent mardi à Doha.

Les futures montent. Elle est pas belle la vie ?

Je vous propose un jeu : comptez le nombre de fois où on a annoncé un « accord imminent » depuis le 28 février. Perso, j’en suis à 47. On aurait mis Peggy la Cochonne et Kermit la Grenouille à la tête des deux pays, je serais bien plus rassuré.

Ce qui est fascinant — et légèrement inquiétant pour ceux qui pensent encore à la réalité — c’est que le WTI avait frôlé les 70 dollars vendredi parce que les marchés priceaient un accord complet. Et puis le week-end a explosé à la figure de tout le monde. Ce matin on est de nouveau dans le scénario « accord probable mais fragile, tankers prudents, pétrole nerveux ». C’est le film qu’on regarde depuis quatre mois. Il n’y a plus vraiment de fin, juste des rebondissements tous les trois jours.

La semaine qui commence

Heureusement, elle sera courte — vendredi c’est le 4 juillet. Mais dense. Mardi, les JOLTS. Mercredi, ISM manufacturier et ADP. Jeudi — là que tout se jouera — les NFP de juin. Consensus à 113’000 créations de postes après 172’000 en mai, chômage stable à 4,3%. Le genre de chiffres qui permettront à la Fed de continuer à ne rien faire avec beaucoup de conviction. Nike et Constellation Brands mardi, General Mills mercredi.

Mais le vrai sujet, celui que tout le monde surveille entre deux dépêches du Golfe, c’est la tech. Nasdaq -6,2% en juin. Les hyperscalers collectivement en baisse de 16,4% depuis fin mai. Apple annonce des hausses de prix sur MacBook et iPad à cause des puces mémoire. Et quelqu’un chez Nomura a résumé ça parfaitement : « le marché américain est incapable de faire de nouveaux records sans les Magnificent Seven. » Traduction : le reste monte poliment, mais la locomotive est en panne.

Micron a publié des résultats extraordinaires la semaine dernière. Ça n’a même pas suffi à stopper la saignée. Quand les bonnes nouvelles ne font plus monter le marché, c’est généralement le signe qu’il digère quelque chose de difficile. Wedbush appelle ça un « air pocket ». C’est possible. C’est aussi ce qu’on dit dans les bulles avant que ça devienne moins transitoire que prévu.

Conclusion

Semaine courte, géopolitiquement instable, techniquement fragile, statistiquement chargée. Les futures montent parce qu’on a arrêté de se tirer dessus hier soir. Le pétrole monte parce qu’on a recommencé pendant le week-end. La tech cherche un plancher. Et à Doha mardi, deux délégations vont se retrouver pour parler du MOU, de la liberté de navigation et de tout ce qu’on est censé régler en quelques réunions. Pendant ce temps, le clown de la Maison Blanche vocifère dans tous les sens et pédale en marche arrière toutes les deux heures.

Ça fait 122 jours que ça dure. Bonne semaine.

Thomas Veillet

Investir.ch