Je vous écris depuis le Canada, où je suis en vacances pour un mois (mais toujours derrière mon clavier, rassurez-vous). Et pendant que j'étais dans l'avion, le monde s'est encore pris pour un mauvais scénario de série B. Parce que oui, il y a un accord de paix entre Trump et l'Iran, signé en grande pompe mercredi dernier. Et oui, il y a aussi un détroit d'Ormuz refermé samedi par les Iraniens, pour la énième fois depuis le début de cette guerre. Un accord de paix et une fermeture de détroit, dans la même semaine. C'est un peu comme signer un contrat de mariage le matin et déposer les papiers de divorce l'après-midi parce qu'on s'est fâché sur le plan de table.
L’Audio du 22 juin 2026
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Et le plus fou dans tout ça ? Les marchés vont quand même ouvrir lundi. Et selon ce qui se sera dit ce week-end au Bürgenstock, ça pourrait être un peu la samba. Ou pas.
Un accord à dix points pour l’Iran, un pour les USA
Soixante jours de négociation extensibles, réouverture du détroit, levée du blocus naval, dérogations sur les sanctions, et un joli chèque de 300 milliards de dollars pour Téhéran. Sur les 14 points de l’accord, dix favorisent l’Iran, un seul les États-Unis. Le perdant militaire de la guerre repart avec le plus gros chèque. Trump lui-même a expliqué qu’il avait surtout peur d’une « catastrophe économique » s’il continuait le conflit. Ce que je traduis, moi, par : « j’ai eu peur pour le S&P 500, alors j’ai signé n’importe quoi. »
Puis vendredi, Israël reprend ses frappes au Liban. Samedi, Téhéran referme le détroit en représailles, en parlant de « première étape » avant d’autres mesures. Sauf que les Américains démentent dans la foulée : le trafic n’a jamais été aussi élevé, 55 navires et plus de 17 millions de barils transportés samedi. Donc on a, dans le même week-end, l’Iran qui dit « c’est fermé », les USA qui disent « ouvrez les yeux, ça n’a jamais autant circulé », et des bateaux qui continuent de passer en éteignant leurs transpondeurs la nuit. Ormuz n’est plus une voie maritime, c’est devenu un théâtre d’improvisation.
Ce cessez-le-feu, vous y croyez vous ?
Parce que moi, sur une région où on se tire dessus par épisodes depuis cinquante ans, j’ai un peu de mal à croire qu’un protocole signé en trois minutes sur un Google Meet va tout effacer. 67% des Israéliens jugent l’accord mauvais pour leur pays selon un sondage de Channel 12. Netanyahou continue de bombarder le Sud-Liban. Le Hezbollah dit respecter le cessez-le-feu tout en menaçant de ne « rien tolérer ». Et surtout : qui profite vraiment de la levée des sanctions côté iranien ? Pas le peuple. Les Gardiens de la Révolution, qui contrôlent un empire qui va du pétrole aux télécoms, et qui sont les mieux placés pour récupérer la part du lion de toute réouverture économique. Ce protocole, ce n’est pas un espoir de paix. C’est un pansement sur une hémorragie, avec une date d’expiration extensible — ce qui en langage diplomatique veut surtout dire « on n’en sait rien ».
Et juste pour faire bonne mesure, en fin de week-end, pendant que tout ce petit monde négociait à Bürgenstock, Trump n’a pas pu s’empêcher d’avertir l’Iran de tenir le Hezbollah en laisse, sous peine de reprendre les frappes. Les Iraniens ont trouvé ça « insultant » et ont quitté la table — tout en précisant rester « engagés » dans les pourparlers. Je vous laisse apprécier la cohérence.
Et pendant ce temps, Wall Street s’en fout royalement
Et c’est tout le sujet de cette semaine : cette bombe à retardement géopolitique ne devrait probablement rien changer à l’ouverture de lundi. Le pétrole a déjà rendu son verdict vendredi avec sa pire semaine depuis fin mai, -7,74% sur le Brent. Le marché du pétrole a appris, en quatre mois de guerre, à ignorer les communiqués officiels et à ne regarder que les bateaux qui bougent réellement. Et au fond, tout le monde a compris la mécanique : Trump ne peut pas se permettre de tout faire exploser avant les midterms. Donc il pliera. Et tant que ça monte, personne ne s’en soucie vraiment.
Pendant qu’on s’échangeait des noms d’oiseaux à Lucerne, l’autre histoire de l’année continuait de tourner à plein régime. L’IA a ajouté à elle seule 6’000 milliards de dollars de capitalisation depuis le 1er janvier, pendant que le reste du S&P 500 a effacé 1’000 milliards. Les flux entrants sur les fonds actions américains viennent de battre un record absolu sur une semaine. Et les retail traders s’amusent avec des volumes d’options jamais vus. La question n’est plus de savoir si on parie gros. C’est de savoir sur combien de tickers encore tout ce pognon va continuer de se concentrer.
Et les taux dans tout ça ?
Petit détail qui ne fait pas les gros titres mais qui mériterait plus d’attention : le grand cycle mondial de baisse des taux est officiellement terminé. Sur 52 banques centrales, on a un équilibre parfait en mai entre celles qui montent et celles qui baissent — du jamais vu depuis 2021. La BCE et la BoJ ont toutes les deux remonté leurs taux récemment. Et côté Fed, Kevin Warsh prend les commandes avec un programme de refonte totale qui s’annonce ambitieux. Un monde sans baisses de taux par défaut, combiné à un pétrole qui peut repartir sur la moindre crise de nerfs made in Trump… ce n’est clairement pas le cocktail dont les marchés ont besoin pour justifier des valorisations qui pricent déjà la perfection.
La suite ?
Il se passe encore pas mal de choses en coulisses — sur la crédibilité réelle de cet accord, sur ce que les chiffres de flux et d’options nous disent vraiment de la suite, et sur ce qu’il faut surveillance cette semaine avant les résultats de Micron mercredi. Tout ça, avec mon analyse complète et sans filtre, c’est dans la Chronique Matinale du jour sur Morningbull.ch.
Très bon début de semaine à tous, on garde l’œil sur Bürgenstock et sur Ormuz.
Thomas Veillet
“All that we are is the result of what we have thought”
Buddha
