Et le pétrole repart à la hausse alors que Nestlé se noie dans un verre d'eau

L’action du géant romand de l’alimentation Nestlé sombrait de 8% jeudi après-midi, pourquoi ? Le groupe a vu son bénéfice net semestriel fondre de 31,4% à 3,5 milliards de francs suisses sous l’effet de l’augmentation des coûts de restructuration et de corrections de valeur pour dépréciation d’actifs en vue de leur cession évaluées à 1,3 milliard de francs suisses. Ainsi, les charges exceptionnelles se sont révélées nettement supérieures aux prévisions, entre des coûts de restructuration passés de 101 à 469 millions de francs suisses et des charges opérationnelles qui ont plus que doublé sur un an. De plus, des amortissements de 1,3 milliard pour les activités à céder ont été enregistrés. Sans oublier que la direction a choisi une coentreprise pour son unité d’eaux et boissons, alors que le marché s’attendait plutôt à une sortie complète de cette activité. Le bénéfice de base par action des activités poursuivies s’est établi à 1,35 CHF, contre 1,97 CHF l’année précédente.

Le groupe suisse de biens de consommation a annoncé la création d’une coentreprise avec Platinum Equity, la société du milliardaire Tom Gores, et la cession d’une participation de 50% dans son activité Eaux et Boissons pour 3 milliards d’euros en cash (3,42 milliards de dollars). La nouvelle entité, baptisée Peranel, est valorisée à 4,9 milliards d’euros, cash et dette inclus, et la transaction devrait être finalisée au premier semestre de l’année prochaine.

La société avait précédemment indiqué qu’elle envisageait de vendre quelques marques. En février, Nestlé a déclaré qu’elle céderait le reste de son activité de crèmes glacées à sa coentreprise Froneri, dans laquelle elle conserve une participation de 50%. Nestlé a également cherché des acheteurs pour Nature’s Bounty et d’autres marques de son activité de vitamines afin d’améliorer la croissance de ses ventes, en se tournant vers des produits plus haut de gamme tels que Solgar et Garden of Life. Jeudi, Nestlé a déclaré prévoir de vendre les marques grand public et d’entrée de gamme de sa branche vitamines d’ici le premier semestre de l’année prochaine. La perte sur la cession de ce segment devrait s’élever à environ 1,3 milliard de francs.

Nestlé a annoncé la suppression d’environ 16.000 emplois, la vente de marques et la réorganisation de ses activités autour de quatre catégories principales: le café, les soins pour animaux de compagnie, la nutrition et l’alimentation.

Ce qu’en pensent les analystes

La recherche de JP Morgan a confirmé son opinion sur le titre et reste à neutre. L’objectif de cours reste fixé à 90 CHF.

La recherche de chez Bernstein confirme son conseil et maintient son opinion neutre sur le dossier. L’objectif de cours est toujours fixé à 74 CHF.

Dans une note de recherche publiée par David Hayes, le broker Jefferies conseille de s’intéresser au titre avec une opinion à l’achat. L’objectif de cours continue d’être situé à 99 CHF.

James Edwardes Jones, analyste à la Banque royale du Canada, maintient son objectif de cours à 84 francs suisses et sa recommandation à « sector perform ».

Coup d’œil sur les marchés

Les Bourses européennes ont fini en nette baisse jeudi, sous le poids des craintes d’un choc inflationniste déclenchées par la nouvelle flambée des prix du pétrole avec l’élargissement du conflit au Moyen-Orient. La Bourse de Paris a terminé en baisse de 1,64%, Francfort a perdu 1,56%, Londres a cédé 0,73% et Milan a chuté de 2,80%. L’indice EuroStoxx 50 a fini sur une baisse de 1,85%, le FTSEurofirst 300 a abandonné 1,19% et le Stoxx 600 a reculé de 1,30%. À Paris, TotalEnergies a pris 2,54% après avoir fait état d’un résultat net ajusté en hausse de 67% au deuxième trimestre sur fond d’augmentation du prix ⁠du pétrole et des marges de raffinage. STMicroelectronics a abandonné plus de 17%, ⁠le fabricant franco-italien de puces électroniques ayant annoncé un bénéfice trimestriel et des prévisions inférieures aux attentes. Soitec a en revanche bondi de plus de 21%, ses chiffres trimestriels étant soutenus par une accélération de la demande en Photonics-SOI. Dassault Systèmes ‌a pris 3,7% et Dassault Aviation 5,7% à la faveur de la confirmation par les deux groupes de leurs perspectives respectives. Thales a quant à lui gagné 5% après avoir fait état d’une hausse des ⁠prises de commandes au premier semestre. Ailleurs en Europe, Moncler a plongé de 7,8% après des ventes du deuxième trimestre impactées par la saisonnalité, entraînant dans son ⁠sillage les groupes français LVMH, Kering et Hermès, qui ont ‌tous fini dans le rouge. Le secteur européen du luxe, particulièrement touché par la situation au Moyen-Orient, qui pourrait entraîner des répercussions sur les ventes, a perdu 3,53%. Le secteur de l’énergie (+1,54%) s’est démarqué jeudi grâce à la hausse des ​prix du pétrole, tandis que le secteur du voyage (-2,46%) et les banques (-2,44%) ont été durement touchés par les craintes géopolitiques.

Sur le marché suisse le SMI a fini en repli de 0,71%. Roche a enregistré un chiffre d’affaires en baisse de 2% sur un an à 30,36 milliards de francs. Ajusté des effets de changes, qui ont pesé à hauteur de 2,26 milliards, les ventes ont par contre crû de 6%. La direction a confirmé prévoir pour l’exercice en cours une croissance des ventes d’environ 5% hors effets de change, ainsi qu’un essor d’un peu moins de 10% du bénéfice par action de base. Les actionnaires devraient pouvoir compter sur une nouvelle augmentation de leur rémunération. Givaudan a enregistré des ventes ainsi qu’un bénéfice en repli au premier semestre de l’année, en dépit d’une bonne performance du segment Parfums et Produits de beauté. Sa division Goût et Bien-être s’est avérée moins vigoureuse, notamment sur des marchés par le passé moteurs de croissance comme le Mexique. En ce qui concerne le conflit au Moyen-Orient, celui qui a succédé à Gilles Andrier en mars dernier à la tête de Givaudan, avoue que, si jusqu’à maintenant l’approvisionnement en engrais en provenance de cette région a pu être garanti, « à long terme, l’effet d’une éventuelle pénurie sur les marchés émergents pourrait avoir un impact sur les rendements, en particulier dans l’agriculture et sur ces mêmes marchés émergents d’ici 2027 ». « Cela reste donc une source d’inquiétude », a-t-il ajouté.

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de maintenir ses taux, après une hausse en juin, face à « l’incertitude » due au retour des hostilités au Moyen-Orient, mais la crainte d’un nouveau choc énergétique pourrait contraindre l’institution à sévir en septembre. Le taux de dépôt, qui sert de référence, est resté à 2,25%, après avoir été augmenté d’un quart de point en juin, une première depuis 2023 en raison de la hausse des prix de l’énergie. Le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 3,2 points de base à 3,2114%, dépassant ainsi le niveau atteint lors de la crise de la dette qui a secoué la zone euro en 2011. Le deux ans a gagné 4,7 points de base à 2,8894%. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a pris 4,6 points de base à 4,0276%, retrouvant ainsi le niveau atteint en juin 2009, lors de la crise financière mondiale.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a cédé 0,97%, le S&P-500, a perdu 1,21% et le Nasdaq Composite a reculé de son côté de 2,15%. Parmi les onze secteurs majeurs du S&P-500, seuls quatre ont terminé dans le vert jeudi, dont l’industrie, qui s’est distinguée en prenant 1,77% dans le sillage de Lockheed Martin, en hausse de 10,5% après avoir relevé ses prévisions annuelles. RTX a été le deuxième plus grand moteur de hausse du S&P 500, clôturant en hausse de 7,3 % après avoir revu à la hausse ses prévisions de chiffre d’affaires et de bénéfices pour 2026, grâce à la demande en matière de maintenance d’avions commerciaux et de systèmes militaires. A l’inverse, les services de communication ont chuté de 5,20%, soit la plus forte baisse du jour parmi les secteurs majeurs du S&P-500, en raison du repli de 7% d’Alphabet qui a dit mercredi soir revoir à la hausse ses plans d’investissements. Tesla a plongé de 14,5% après que le groupe a fait état d’un cash-flow négatif au deuxième trimestre, ce qui n’était plus arrivé depuis plus de deux ans. L’indice volatil des semi-conducteurs de Philadelphie a clôturé en baisse de 0,5 %, les investisseurs anticipant les résultats du géant des puces Intel. L’action du fabricant de puces analogiques Texas Instruments a terminé en baisse de 3 % malgré des prévisions de chiffre d’affaires trimestriel supérieures aux estimations. Le secteur le plus éprouvé est celui des compagnies aériennes avec Southwest Airlines (-6,2%, American Airlines -8,3%) avec la crainte d’une flambée du kérosène, et même de pénurie dans certains pays.

Ce matin en Asie : l’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique hors Japon a reculé de 1% et le Nikkei a chuté de 2,9%. Le KOSPI L’indice de référence KOSPI perdait 386,33 points, soit 5,44 %. Parmi les poids lourds de l’indice, le fabricant de puces Samsung Electronics a chuté de 7,22%, tandis que son concurrent SK Hynix a perdu 6,83%. L’indice Hang Seng a reculé de 1,1% tout comme l’indice Hang Seng China Enterprises.

Sur les marchés obligataires, le rendement de référence des obligations américaines à 10 ans s’est maintenu à 4,7013%, après avoir atteint dans la nuit son plus haut niveau depuis plus de 18 mois, à 4,7030%. Les rendements des obligations à 30 ans sont restés stables à 5,17%, juste en dessous de leur plus haut niveau depuis 19 ans, à 5,201%.

La hausse des rendements des bons du Trésor a globalement soutenu le dollar américain, l’indice du dollar =USD se maintenant à 101,46 après avoir progressé de 0,3 % pendant la nuit pour atteindre son plus haut niveau du mois. Le yen, sous pression, s’est maintenu près de ses plus bas niveaux depuis 40 ans, à 163,89 pour un dollar, ce qui a suscité un avertissement du Trésor américain selon lequel une volatilité excessive de la devise était indésirable. Le ministre japonais des Finances a lancé à plusieurs reprises des avertissements verbaux concernant une éventuelle intervention sur le marché des changes, après avoir mené des opérations d’achat de yens en avril et mai, alors que le yen s’affaiblissait au-delà du seuil des 160.

Les métaux précieux ont été malmenés: l’or a reculé de 0,1% à 4’043 dollars l’once, après avoir chuté de 2% pendant la nuit. L’argent s’est maintenu à 57,45 dollars l’once, après une baisse de 3,4% pendant la nuit.

Le blé à Chicago a progressé vendredi, le marché s’apprêtant à enregistrer une quatrième hausse hebdomadaire consécutive. Les cours s’échangent à des niveaux proches de leurs sommets en deux ans, alors que les attaques contre les navires céréaliers et les infrastructures portuaires dans la région de la mer Noire continuent de soutenir les prix. Le soja a encore gagné du terrain pour s’échanger autour de son point le plus haut depuis mai 2024, tandis que le maïs a oscillé près d’un sommet de 15 mois, porté par le rallye des prix du pétrole brut.

Peu après la clôture, les résultats d’Intel ont été salués par une envolée de +10% du cours vers 110$: le chiffre d’affaire enregistre sa plus forte progression depuis 15 ans, à 16,13Mds USD (contre 14,42 attendu), le bénéfice ressort 2 fois supérieur aux estimations, à 0,42 USD contre 0,21 USD attendu.

Le contrat à terme sur le Brent reculait de 72 cents, soit 0,72%, à 99,97 dollars le baril et restait en voie de réaliser une progression de 13,5% sur la semaine. Le West Texas Intermediate (WTI) cédait 70 cents, soit 0,76%, à 91,49 dollars le baril, s’acheminant vers une hausse hebdomadaire de 10,9%. Le Brent avait clôturé en hausse de 7% et le WTI de 6,2% jeudi.

Coup d’œil sur Trump

Le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré jeudi lors d’un entretien accordé à Axios qu’il envisageait sérieusement de relancer des opérations de combat majeures en Iran, lesquelles pourraient inclure des frappes plus importantes que celles menées lors de l’opération «Epic Fury», a rapporté le média d’information. «Ils n’ont pas encore assez souffert», a déclaré Donald Trump selon les propos rapportés par Axios, précisant toutefois qu’il n’avait pas encore pris de décision définitive.

Des droits de douane de 10% seront imposés sur les importations de Grande-Bretagne, du Canada, de l’Equateur, du Salvador, du Guatemala, du Honduras, d’Inde, d’Indonésie, du Mexique, du Pakistan, d’Argentine, du Bangladesh, du Cambodge, de Jordanie, de Malaisie, du Sri Lanka, et de Trinidad et Tobago. L’Union européenne, Taïwan, la Corée du Sud, la Suisse et le Japon se voient visés par des taux qui, ajouté à ceux déjà en vigueur visant la nation la plus favorisée, s’élèveraient à 10% ou 12,5%. Les 38 pays restant, dont la Chine, se sont vus attribué un taux de 12,5%.