Neuvième nuit consécutive de frappes américaines sur l'Iran. Cessez-le-feu officiellement enterré. Trois soldats américains tués, un Brent au-dessus des 90 dollars et un détroit d'Ormuz devenu tellement fréquentable que douze bateaux — douze — ont osé y passer dimanche, dont un qui aurait pris feu en route. Et les futures américains ? Rien. Flat. L'Espagne est championne du monde et on se demande surtout si Alphabet va battre le consensus mercredi.
L’Audio du 20 juillet 2026
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Le vrai sujet du jour n’est donc pas la guerre : c’est la capacité proprement hallucinante des marchés à la ranger dans une petite boîte étiquetée « risque pétrolier régional », à refermer le couvercle et à passer aux résultats trimestriels. Les psychologues appellent ça compartimenter. Moi, j’appelle ça du déni organisé.
Le déni est devenu une classe d’actifs
Tout le monde est certain à 100% que ça va bien se finir parce que Trump n’a pas le choix — même si le leader suprême iranien n’a qu’une envie : se venger. Le conflit est pricé comme un événement pétrolier, inflationniste et régional, pas comme un choc systémique. Traduction : tant que les tours de Manhattan ne tremblent pas, on continue d’acheter du Meta. Pendant que le SOX s’installait vendredi en bear market officiel — plus de 20% de baisse depuis le record de juin — les Magnificent Seven remontaient tranquillement la pente et Apple récupérait son titre de plus grosse capitalisation américaine. Le marché nous explique donc, avec un sérieux imperturbable, que les semi-conducteurs qui font tourner l’IA sont survalorisés, mais que les boîtes qui dépensent des centaines de milliards pour les acheter sont parfaitement valorisées.
Cherchez l’erreur. Le narratif de la semaine est choisi : la guerre, c’est embêtant, mais les résultats vont nous sauver. C’est souvent vrai. Mais ça ressemble de plus en plus à un type qui traverse l’autoroute en regardant son téléphone : statistiquement, ça passe. Jusqu’au jour où ça ne passe plus.
Le vrai film se joue sur les taux
Pendant que tout le monde regarde les missiles, le 30 ans américain est repassé au-dessus des 5% et les futures pricent désormais 29 points de base de HAUSSE de la Fed d’ici la fin de l’année, avec 60% de probabilité d’un premier tour de vis en septembre. On a passé deux ans à attendre des baisses comme des gamins devant la cheminée à Noël, et nous voilà à parier sur des hausses — certains, à New York, se demandent même si Warsh ne pourrait pas dégainer DÉJÀ le 29 juillet. Improbable, mais on en cause.
Merci le pétrole : l’inflation semblait enfin rentrer dans sa niche, et le Brent reprend 20% depuis le début du mois. Warsh joue les sphinx — « aucune tolérance » pour l’inflation, mais aucune indication — pendant que Lorie Logan réclame ouvertement des hausses et que neuf membres du comité en ont crayonné au moins une dans les dots. Un 30 ans à 5%, c’est du sans-risque qui rapporte de nouveau : de la concurrence pour les actions et une barre de valorisation qui monte au ciel pour tout ce qui se paie 35 fois les bénéfices. Jeudi, la BCE : statu quo attendu à 2,25%, mais avec un baril à 90 dollars, Francfort devra choisir ses mots comme un neurochirurgien ses ustensiles — le marché price déjà une hausse en septembre.
Ormuz, le péage le plus cher du monde
Douze navires dans le détroit dimanche contre plus de cent par jour en temps normal, un blocus naval relancé et un péage de 20% sur les cargos inventé par Trump — avant un back-pedaling dont il a le secret. Le scénario noir chiffré ce week-end : détroit fermé durablement, Brent à 150 dollars, inflation américaine à 5%, croissance sous 1%, zone euro en stagflation. Le marché n’y croit pas et price le dénouement rapide. Sauf que tous les amortisseurs sont usés : stocks OCDE au plus bas de l’histoire récente, Chine qui a coupé ses importations de brut de 40%, essence américaine de retour au-dessus des 4 dollars le gallon. Trump s’adressera à la nation jeudi soir. Personne ne sait pour dire quoi — et il est probable que lui non plus.
Le KOSPI, berger fou du troupeau tech
La Corée a encore lâché 3,6% ce matin, après le plongeon de près de 9% de la semaine dernière. Samsung et SK Hynix : -30% depuis leurs sommets, mille milliards de dollars envolés depuis le pic de juin — et un indice qui reste en hausse de 62% sur l’année. Pas un krach : une bulle qui dégonfle en faisant un bruit de baudruche. Problème : avec une corrélation KOSPI-Nasdaq à 0,46, trois fois sa moyenne historique, Séoul est devenu le berger du troupeau technologique mondial.
Cerise sur le gâteau : le chinois Moonshot a sorti vendredi Kimi K3, un modèle d’IA open source qui prétend rivaliser avec le modèle de pointe d’Anthropic. Remake du choc DeepSeek : si l’intelligence devient moins chère, pourquoi payer l’infrastructure des centaines de milliards ? C’est exactement ce que les résultats de la semaine devront justifier — BofA attend des semi-conducteurs à +130% sur un an, pendant que le capex du Russell 1000 bondit de 27% et que le rendement du free cash-flow touche un plus bas de 20 ans. Il va falloir prouver que tout ça produit des marges, « et pas simplement une facture d’électricité plus élevée ».
À retenir ce matin
Le Brent est à 90,22 dollars, le WTI à 83,60, l’essence américaine à 3,96 dollars le gallon — les 4 dollars, c’est pour cette semaine. KOSPI -3,6%, Nikkei fermé (jour férié), valeurs chinoises +1,4% : seule touche de vert du matin. Le 30 ans américain est au-dessus des 5% et la BCE, c’est jeudi. Côté résultats : GM, 3M et Schwab demain, Alphabet, Tesla, IBM, ServiceNow et Texas Instruments mercredi, Intel et Blackstone jeudi, American Express et Verizon vendredi. Et en Suisse, les trois poids lourds de l’indice seront de sortie, plus quelques autres comme Julius Baer. Attachez vos ceintures.
Conclusion
Une guerre traitée comme une ligne de frais généraux, un pétrole qui ravive une inflation qu’on croyait domptée, des banquiers centraux qui redécouvrent le mot « hausse » et une semaine de résultats qui devra prouver que la plus grande vague d’investissement de l’histoire du capitalisme sert à autre chose qu’à climatiser des data centers. Si Alphabet et Tesla assurent mercredi, tout le monde oubliera Ormuz jusqu’au prochain missile. Si ça déçoit, le berger coréen mènera le troupeau droit dans le ravin — et compartimenter, c’est comme fermer les portes étanches du Titanic : très efficace, sauf si la coque est déchirée sur toute la longueur. Et si vous voulez la chronique complète, c’est sur Morningbull.ch.
Belle journée à tous et à demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
