Ce week-end, je me faisais la réflexion : « Tiens, ça fait longtemps que Trump n'a pas dit de conneries… ». Il n'a pas fallu très longtemps. Hier soir, le président des États-Unis a menacé de bombarder Oman. Oman. Pas l'Iran, pas la Russie, pas la Corée du Nord : Oman. Un allié de Washington depuis plus de 50 ans, dont le crime est d'avoir essayé de négocier la réouverture d'un détroit que personne n'arrive à rouvrir, et surtout pas lui. Motif officiel : ils ne se sont « pas très bien comportés ». On dirait un bulletin scolaire de troisième primaire.

L’Audio du 18 août 2026

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Résultat des courses : le baril repart à la hausse, le 30 ans américain va chercher son plus haut depuis 2007, le dix ans japonais son plus haut depuis 1996, et Wall Street recule de 0,5% en trouvant tout ça parfaitement raisonnable.

Bombarder entre amis

Le 17 juin, Washington et Téhéran signaient un protocole de soixante jours censé rouvrir Ormuz et accoucher d’un traité de paix. Hier, le délai expirait. Devinez ce qui s’est passé pendant ces soixante jours ? Rien. Zéro négociation officielle. Le porte-parole iranien a eu cette phrase magnifique : « nous n’avons commencé aucune négociation, et les États-Unis ont violé l’accord dès le premier jour, donc l’histoire des soixante jours n’a plus aucune pertinence. » Traduction : on a signé un papier pour faire baisser le pétrole et on est de retour à la case départ.

Trump, lui, a refusé toute prolongation, a demandé à l’Iran de « hisser le drapeau blanc de la capitulation » et a expliqué que les Iraniens étaient « de bons joueurs de poker, mais qu’ils sont en train de mourir ». Il aurait pu s’arrêter là. Mais non : il a promis de bombarder Oman, le sultanat qui sert d’intermédiaire depuis des décennies, le seul endroit où les deux camps acceptent encore de s’asseoir dans la même pièce. Ce qui est fou, c’est que tout le monde pense que Kim Jong Un Dos Tres est complètement givré en Corée du Nord, alors qu’il faudrait peut-être commencer à s’inquiéter de l’état mental du président américain.

Le Brent a fini à 90,87 dollars et traite ce matin autour de 91,10. En avril, pendant la grande panique, on tapait 113 : on est donc « encore loin des sommets », ce qui permet à tout le monde d’expliquer que ce n’est pas inquiétant. Je ne sais pas à quel moment le prix du brut va nous faire peur, mais visiblement, c’est pas tout de suite.

Le trentenaire a dix-neuf ans

Le 30 ans américain a clôturé à 5,31%, son plus haut depuis le 12 juin 2007. Le deux ans, lui, ne bouge pas à 4,18%, et l’écart entre les deux extrémités est monté à 113 points de base, le plus important depuis avril. La courbe se repentifie par le haut, et ça n’est jamais un compliment : on n’a pas peur de la banque centrale à trois mois, on a peur de ce qu’il y a au bout du tunnel. La dette, la durée, et l’inflation qui rentre par les pipelines. Le chiffre fabuleux du jour, c’est d’ailleurs la corrélation sur dix jours entre le WTI et le 30 ans : 0,85. Le 23 juillet, elle était à ZÉRO. En trois semaines, l’obligataire américain est devenu un dérivé du baril.

Tiens, d’ailleurs. La dette fédérale vient de passer les 39’925 milliards. Elle a DOUBLÉ en dix ans. Et les intérêts que le gouvernement doit payer viennent d’atteindre un record de 1’400 milliards par année, un montant qui a quasiment TRIPLÉ depuis 2020. DONC, chaque année, les États-Unis paient en INTÉRÊTS, uniquement en intérêts, sans rembourser un centime de capital, à peu près une fois et demie le produit intérieur brut annuel de la Suisse. Tout ce que ce pays produit en douze mois — les banques, les montres, le chocolat, la pharma, les CFF et les remontées mécaniques — ne suffirait pas à payer la note de l’Oncle Sam. Et si les taux restent là, on passe à 1’700 milliards dès novembre 2028, moment où les intérêts deviendront le premier poste de dépense du gouvernement, devant les retraites. Je sais bien que tout le monde s’en fout, mais on ne voit pas trop comment inverser la tendance. Mis à part en ramenant les taux à zéro et en faisant péter l’inflation.

Et ce n’est pas un problème local de la région de Washington. Ce matin, le dix ans japonais est à 2,944%, son plus haut depuis SEPTEMBRE 1996, avec 80% de probabilité d’une hausse de la BOJ dans un mois. En Europe, même musique : le dix ans français à 4,07%, plus haut depuis 2009, le Bund à 3,23%, plus haut depuis 2011. Pendant que Macron fait du jet-ski, personne ne pense que la France et l’Allemagne vont devoir se refinancer pour boucher les trous, et que si les taux montent encore d’ici la rentrée, il va falloir serrer les fesses pour ne pas perdre le jet-ski.

La mémoire, le crack et le crédit maison

Passons au rayon des choses qui montent. L’indice des semi-conducteurs vient de sortir de son marché baissier après y avoir passé vingt-et-un jours — la plus courte traversée du désert depuis mars 2020. Un krach, une capitulation, des articles sur la fin de la bulle IA, et trois semaines plus tard tout le monde a oublié. C’est plus rapide qu’une grippe et plus long qu’une gastro. Le moteur, c’est la mémoire, ENCORE ELLE : Sandisk a bondi de 8,9%, plus forte hausse du S&P 500, et Micron a fini à 1’011 dollars, parce que Howard Lutnick a expliqué que l’administration Trump ne voyait pas d’un très bon œil qu’Apple aille acheter ses puces chez les Chinois.

Apple avait prévenu en juin qu’elle refilerait la facture au client : votre prochain iPhone sera plus cher parce que l’IA a besoin de beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de mémoire. Pensez-y la prochaine fois que vous demanderez à ChatGPT la recette de la raclette. En attendant, si vous vendez de la mémoire, vous avez le pouvoir d’un dealer de crack sur un junkie qui n’a plus eu sa dose depuis trois jours.

Nvidia again

Et pendant ce temps, Nvidia va fournir jusqu’à 105 milliards de dollars de financement pour un datacenter d’OpenAI dans l’Ohio. Reprenons calmement : Nvidia vend des puces. OpenAI achète des puces. OpenAI n’a pas l’argent pour acheter les puces. Donc Nvidia prête à OpenAI l’argent pour qu’OpenAI achète les puces de Nvidia. Ces 105 milliards dépassent la capitalisation de la quasi-totalité des sociétés du SMI. On ne vend plus des processeurs, on vend du crédit avec des processeurs en cadeau. Alors oui, les revenus arrivent, Anthropic a multiplié son chiffre d’affaires trimestriel par quatorze en un an. Le problème n’a jamais été de savoir si l’IA génère du revenu, c’est que le revenu croît en milliards pendant que le financement croît en centaines de milliards. Cet écart, à un moment, il va falloir le fermer.

Ce matin

Les futures sont à peu près plats. En Asie, le Kospi grimpe de 2% porté par Samsung et SK Hynix, le Nikkei perd 0,9% plombé par ses taux longs. Le Brent est à 91,10, l’or autour de 4’430 dollars. Home Depot publie avant l’ouverture de Wall Street, premier vrai test du consommateur américain dans une semaine qui verra aussi défiler Walmart, Target, Lowe’s et TJX. Après les ventes au détail de vendredi dernier, on va enfin savoir s’il est fatigué ou carrément dans le coma. Et les minutes de la Fed, c’est demain.

Passez une excellente journée, surveillez le 30 ans plutôt que le S&P, et on se revoit demain pour de nouvelles menaces de bombardement sur des pays alliés et les minutes d’une Fed qui hésite entre monter les taux et se prendre pour les trois singes. On n’entend rien, on ne voit rien et surtout : on la ferme !!! Et si vous voulez la chronique complète avec les deux charts qu’il faut voir aujourd’hui, on s’abonne à morningbull.ch.

À demain !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

« En Afrique, ils ont des lions. En Australie, ils ont des kangourous. Au Pôle nord, ils ont des ours, et en France, on a des moutons. »

Coluche