Hier soir, l'Amérique a lancé le plus grand débarquement financier de l'histoire de l'humanité. C'est Bessent qui le dit, pas moi. Résultat : le pétrole a BAISSÉ de 2,4%, le S&P a lâché un quart de pourcent et la moitié de Wall Street est retournée se coucher. Un ancien diplomate a résumé la séance mieux que n'importe quel stratège : « Ce n'est pas le Jour J. Le Jour J, c'est quand on débarque sans prévenir. Là, on a prévenu tout le monde. » On a donc passé la journée à commenter une bande-annonce. Pendant ce temps, Nvidia enchaînait sa SEPTIÈME séance de baisse consécutive, sa plus longue série depuis 2022, à quarante-huit heures de publier.
L’Audio du 25 août 2026
Télécharger le podcast
L’opération Paria
Ça s’appelle « Economic Outcast ». On a vraiment l’impression que la Maison Blanche emploie des scénaristes d’Hollywood à plein temps rien que pour baptiser ses opérations. La vraie arme, ce sont les sanctions secondaires : on ne tape plus l’Iran, on tape ceux qui lui parlent encore. Sauf que quand on demande à Bessent s’il coupera les banques chinoises du système en dollars, il répond qu’il préfère « la diplomatie discrète » et qu’il ne « citera pas de noms ». Puis il lâche la phrase de la soirée : « Pourquoi voudrais-je faire sauter le système financier mondial ? » Excellente question, monsieur le secrétaire au Trésor. On se la posait justement. Parce que le sujet n’est pas l’Iran, sanctionné depuis 1979 et qui ne sait même plus ce que ça fait de vivre sans. Le sujet, c’est Pékin, qui achète l’essentiel du brut iranien et que Trump reçoit fin septembre. Donc on menace tout le monde sans nommer personne. C’est la version diplomatique du type qui hurle « laissez-moi, je vais le tuer » en vérifiant bien qu’on le retient. Le marché a lu ça en douze minutes et a répondu avec le franc-parler qu’on lui connaît : rien à foutre. Le Brent est sous les 91 dollars ce matin, sa plus grosse chute en trois semaines.
Le retour du bricoleur
Léger soulagement sur les taux, dix ans à 4,70% et trente ans à 5,23%, parce que le Trésor pourrait piocher dans les mille milliards de son compte courant pour financer ses rachats d’obligations longues. Ça fait rigoler d’avoir mille milliards sur son compte courant et 40’000 milliards de dettes. Sauf qu’interrogé hier, Bessent a expliqué qu’il n’avait encore rien racheté et qu’on en reparlerait le 9 septembre. Une semaine plus tôt, il faisait les gros bras à la télé. Sachant qu’il faudrait racheter 100 milliards de trente ans pour raccourcir la maturité de la dette américaine d’UN MOIS. Un tournevis de précision pour réparer un barrage, et un marché qui applaudit chaque fois qu’on lui montre le tournevis. Tiens, la dette fédérale est à 40’070 milliards. TOUT LE MONDE S’EN FOUT, mais quand même.
Sept séances, et le silence avant mercredi
Nvidia a reculé de 2,91% hier, septième baisse d’affilée. Le titre reste en hausse de 12% sur l’année, sauf que l’indice des semi-conducteurs prend 59% sur la même période. Douze pour cent, pour ce secteur-là, c’est de la daube. La société qui EST le secteur, comme Intel l’était il y a un quart de siècle, fait cinq fois moins bien que son propre secteur. Ce n’est pas un détail technique, c’est un changement de régime : l’argent est sorti des caisses du roi pour aller chez les fournisseurs du roi.
Mercredi soir, on attend 92 à 94 milliards de chiffre d’affaires, le double d’il y a un an. Mais le chiffre publié ne servira à rien : ce qui compte, c’est la guidance, et le consensus officieux tape vers 103 milliards. S’il annonce 106, c’est la fête. S’il annonce 103, il fera la tête. Ce qui n’empêche pas les EXPERTS de bosser : Cantor Fitzgerald a écrit hier qu’il était temps de « fermer les yeux » et d’acheter massivement, objectif 350 dollars. Fermer les yeux. Noir sur blanc, facturé à des clients institutionnels. Pour certains, Nvidia est devenu une religion, et ce n’est pas un compliment.
La mémoire a de la mémoire
Pendant que tout le monde regarde Jensen, c’est en dessous que ça craque. Samsung défenestré de 8,70% lundi et encore 3,5% ce matin à Séoul, SK Hynix qui reperd 4,5%, Micron 5,8%, SanDisk 6,5%, le Kospi qui lâche 2%. Pourtant, je m’en souviens comme si c’était hier, parce que c’était hier : on nous expliquait que la mémoire était le vrai goulot d’étranglement de l’IA et que Micron passait devant Nvidia dans la croissance des bénéfices du S&P 500. Vingt-quatre heures plus tard, les mêmes se prennent la pelle à neige en pleine tronche. Les faits industriels n’ont pas changé. Ce qui a changé, c’est que des gens ont décidé d’encaisser avant mercredi soir. Juste au cas où.
Où on en est, vraiment
Un statisticien américain a compilé neuf indicateurs de valorisation ayant chacun un historique solide sur dix ans. Sept sur neuf annoncent que le S&P 500 fera MOINS BIEN que l’inflation sur la prochaine décennie, moyenne à moins 3,2% par an en termes réels. Et le meilleur de tous, c’est la part des actions dans le patrimoine du ménage américain moyen, aujourd’hui tout près de son record — le grand public arrive toujours en dernier, investi à fond près des sommets. On me dira que ce truc crie au loup depuis trois ans, et c’est exact.
Mais l’argument des optimistes revient à dire que les repères ne fonctionnent plus. Et si les repères ne fonctionnent plus, on n’est pas dans un nouveau paradigme, on est sans carte. Au fond, la question de la semaine reste celle d’hier : qui tient encore le volant ? Le Trésor bricole les taux longs et se fait effacer en trois jours, la Fed se tait jusqu’à vendredi, la Maison Blanche ouvre un front avec le Canada le lundi et un autre avec la Chine le mardi. Et le marché attend qu’un vendeur de cartes graphiques lui dise mercredi soir si le monde continue. Cela dit, huit secteurs sur onze montaient hier et Visa, Mastercard et Coca-Cola ont clôturé sur des records absolus. Comme quoi tout n’est pas si négatif !!!
Le programme
Futures plats, Kospi à moins 2%, Nikkei à moins 0,5%. Le Brent traîne vers 91 dollars, l’or à 4’688 et le dollar ne bouge pas. Au menu : Ifo allemand à 10 heures, confiance du consommateur américain à 16 heures. Demain, PCE et Nvidia. Vendredi, Warsh à Jackson Hole. Et pour demain soir, la « Cheat Sheet » Nvidia est en ligne, avec les chiffres à surveiller et les seuils qui comptent : C’EST ICI. Je décortique tout ça en vidéo juste après la publication, sur la chaîne Swissquote en français et la Cheat Sheet en vidéo sortira cette nuit à 1 heure du matin, toujours sur la chaîne Swissquote en français.
Un mot pour finir
Si vous lisez cette version express parce qu’un collègue vous l’a transférée : la vraie chronique, la complète, celle avec tout ce que j’ai coupé ici, sort tous les matins sur morningbull.ch. Il suffit de s’abonner pour la moitié du prix d’un café, ça prend onze secondes et personne ne viendra rien vous vendre. Alors abonnez-vous, et transférez ça à quelqu’un qui a besoin de comprendre pourquoi la planète entière attend un vendeur de cartes graphiques mercredi soir.
Passez une excellente journée, surveillez la confiance du consommateur à 16 heures, et on se retrouve demain pour la veillée d’armes Nvidia et probablement deux ou trois nouvelles guerres commerciales déclenchées pendant la nuit par tonton Donald.
À demain !!!
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Avoir l’air con peut être utile, mais l’être vraiment serait plus facile. » Coluche