Hier soir, la dette américaine a franchi les 40'000 milliards de dollars. Et ça s'est passé le jour MÊME où le Trésor annonçait qu'il allait doubler les rachats de sa propre dette. Le type qui doit 40'000 milliards rachète ses propres reconnaissances de dette pour que le marché arrête de faire la gueule. C'est le patron de bistrot qui réserve toutes les tables de son établissement pour faire croire que c'est complet. Et ça a marché : le 30 ans a lâché 10 points de base, l'or a pris 4%, le dollar s'est fait laminer, Wall Street a fini à +0,2%. Coïncidence, ce timing ?

L’Audio du 20 août 2026

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Le tour de magie

Mardi, le 30 ans tapait 5,34%, du jamais vu depuis 19 ans. Les adjudications passent mal, le déficit tourne à 6% du PIB à trois mois des élections. Alors Bessent sort son joker : le Trésor va DOUBLER ses rachats sur le 10-30 ans, de 2 à 4 milliards par opération, dès le 9 septembre. Sortez la machine à calculer : 4 milliards sur 40’050 milliards de dette, ça fait 0,01%. Si vous gagnez 10’000 francs par mois, ça revient à mettre UN franc de côté et appeler ça un plan de retraite. Et c’est ÇA qui a tout fait monter hier. Même le Bitcoin. Ce n’est pas le montant, c’est le signal : il y a désormais quelqu’un d’autre que la Fed derrière le guichet.

Sauf que trois heures plus tard, pour vendre 16 milliards de 20 ans, le même Trésor devait lâcher 33 points de base de plus que d’habitude. Le matin l’État soutient le prix de sa dette, l’après-midi il paie plus cher pour trouver preneur. Le pompier est arrivé avec le camion, la sirène et le gyrophare, et au moment d’éteindre le feu il s’aperçoit qu’il n’a pas d’eau.

Nominal contre réel

Le 30 ans à 5,19% que vous voyez partout, c’est le NOMINAL. Le RÉEL, ce qui reste une fois l’inflation déduite, vient de passer les 3% pour la première fois en 24 ans. Un État survit à 5% de nominal si l’inflation est à 5%, il rembourse en monnaie de singe. Il ne survit pas à 3% de réel quand son économie croît à 1,5%. Le nominal, c’est ce qu’on te promet. Le réel, c’est ce que tu touches vraiment. Et quand le réel monte, ce n’est plus l’inflation qui fait peur au marché, c’est l’emprunteur.

40’000 milliards

La dette a DOUBLÉ en dix ans et QUADRUPLÉ en moins de vingt. Il avait fallu 200 ans aux États-Unis pour atteindre leur PREMIER trillion, en 1981 — Reagan était passé à la télé pour dire « si nous avions besoin d’un avertissement, en voici un ». Quarante-cinq ans plus tard, l’Amérique dépense plus que ça chaque année rien qu’en intérêts. Alors, coïncidence, l’annonce des rachats pile le jour du compteur ? Je ne franchirai pas la frontière du complot. Mais quand on sait qu’on va faire les gros titres avec un chiffre monstrueux à midi, on a intérêt à sortir une bonne nouvelle à 9 heures. Pendant ce temps, la Fed publiait ses minutes de juillet, où « plusieurs » membres se disent favorables à une HAUSSE des taux. Réaction du marché : zéro. Mais Warsh y propose de passer de huit à six réunions par an — moins de réunions, moins de conférences de presse, moins d’occasions de dire une connerie.

Le D-Day économique

Ormuz, rien de neuf : le détroit reste fermé, Trump répète qu’il est « ouvert et fonctionnel », les données de trafic maritime disent le contraire. La nouveauté est tombée hier soir sur Truth Social, en majuscules évidemment : « J’ANNONCE L’OPÉRATION ÉCONOMIQUE LA PLUS ÉCRASANTE JAMAIS MENÉE CONTRE UN PAYS ! » Aucun pays cité, mais tout le monde a compris qu’il parle à la Chine, qui achète la quasi-totalité du pétrole iranien et qu’il reçoit à dîner le mois prochain. Un débarquement économique contre un pays déjà bloqué, déjà sanctionné, déjà à 80% d’inflation : le troisième coup de pied dans un type par terre depuis février. Le pétrole s’en tamponne, Brent à 92 dollars.

Moderna ressuscite

Le vaccin personnalisé de Moderna et Merck — de l’ARN messager fabriqué sur mesure à partir des mutations de la tumeur de CHAQUE patient — a réussi sa phase 3 sur le mélanome. Premier essai de phase 3 réussi de l’histoire pour un vaccin contre le cancer. +176% en une séance, 40 milliards de capitalisation créés dans la journée, Merck +12,6%, BioNTech +22%. Et il y a douze mois, un ministre de la Santé annulait 500 millions de contrats sur l’ARN messager en expliquant que ça provoquait de « nouvelles mutations ».

Le grand n’importe quoi

Les semis se sont repris une séance dans la tête, AMD et Intel autour de -4%, à cause des résultats d’OpenAI : 6,7 milliards de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, 12,3 milliards de perte opérationnelle. Pour chaque dollar encaissé, la maison en crame presque deux. Et tout l’édifice de l’IA repose sur l’idée qu’un jour, cette société-là paiera ses factures.

Dans le rayon délire, Unitree Robotics a fait +460% le jour de son IPO à Shanghai : 51 milliards de capitalisation pour 235 millions de ventes, soit 200 fois les ventes, alors que la boîte valait moins de 2 milliards il y a un an. Et la conclusion de Wall Street, c’est que c’est une BONNE nouvelle pour Tesla — si un Chinois qui vend 235 millions de robots vaut 51 milliards, alors Optimus, qui ne vend rien du tout, vaut forcément quelque chose. Tesla a pris 4,2% là-dessus. Et ce matin, Unitree perd 16%. Le premier jour, c’est le futur. Le deuxième, c’est la réalité qui frappe.

Et ce matin

Futures stables, ils étaient en hausse avant le post de Trump et ont tout rendu après. Brent à 92 dollars, l’or au-dessus de 4’500, le dollar sur les genoux au plus bas depuis fin mai. Le KOSPI reprend 6% grâce à un rachat massif d’actions chez Hynix. À l’agenda : inscriptions au chômage et Philly Fed à 14h30. Rien de fondamental, mais Jackson Hole c’est la semaine prochaine, et ce sera le premier de Warsh en tant que patron de la Fed.

Trump et la Suisse

La dernière news je la garde pour la fin parce qu’elle nous concerne directement. Hier, on demande à Trump pourquoi les taux longs américains s’envolent. Réponse : « Je vois des pays comme la Suisse, où ils ont les taux les plus bas du monde, un demi pour cent, alors que nous on paie trois et demi. » Puis, sans transition : « J’ai le droit absolu de couper tout business avec un pays comme la Suisse. Ils vivent grâce aux États-Unis. » En deux phrases, on est passés de coffre-fort du monde à parasite du contribuable américain.

Le raisonnement est bancal du sol au plafond. Un peu comme Trump, d’ailleurs. Le taux de la BNS n’est pas à 0,5%, il est à ZÉRO. Et si la Suisse a des taux bas, ce n’est pas une faveur de Washington : c’est une inflation ridiculement faible, des finances publiques que le monde entier lui envie et une monnaie que tout le monde achète dès qu’un missile décolle quelque part. On ne mérite pas nos taux bas, on les SUBIT.

Sauf que la menace ne sort pas de nulle part : en janvier à Davos, il se vantait déjà d’avoir ramené les droits de douane suisses de 39% à 15%, en précisant que « ça ne veut pas dire que ça ne remontera pas ». C’est absurde économiquement, redoutable politiquement, et TOTALEMENT DÉBILE intellectuellement.

Passez une excellente journée et on se revoit demain pour de nouvelles annonces en majuscules et un compteur de la dette qui aura encore pris quelques milliards pendant que vous dormiez.

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À demain !!!

Thomas Veillet
Investi.ch

« Le cancer, au prix que ça coûte, on n’est même pas sûr de mourir guéri. »
— Coluche