Le président des États-Unis a expliqué hier à des journalistes que le détroit d'Ormuz était « ouvert », qu'il le contrôlait à « 100% » et que la marine américaine y avait dressé un « mur d'acier ». Vendredi dernier, huit bateaux l'ont traversé. Sur une journée entière. C'est le trafic du parking de la Migros de Nyon un dimanche à quatorze heures. Le marché a fait ses propres calculs : le Brent est encore monté de 5%, le baril est à 88 dollars et le gaz européen a pris 11% en une séance.
L’Audio du 11 août 2026
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Le plus important, ce n’est pas que Papy Trump raconte n’importe quoi — ça, on l’a intégré dans les modèles depuis longtemps. Le problème, c’est qu’un jour sur deux, on fait quand même semblant d’y croire. Les jours où on y croit, ça monte. Et les jours où on n’y croit plus : ça baisse pas.
La puissance de la négation
Hier, il ne s’est rien passé : le S&P perd 0,06%, le Nasdaq 0,32%, les volumes tournent 15 à 20% sous la normale et la moitié des gérants est sur un transat entre Miami et Ibiza. Sauf que sous cette mer d’huile, on vit une des séquences macro les plus schizophrènes de l’histoire des bourses mondiales. Vendredi, l’emploi américain : moins 23’000 postes dans le privé en juillet alors qu’on attendait plus 85’000, et juin révisé de 57’000 créations à 23’000. Le marché du travail se couche tranquillement sur le côté et se met tout seul en PLS. Réaction : record historique du S&P et meilleure semaine depuis cinq mois. Parce que si l’emploi est mort — ou fait mine de mourir — la Fed ne montera pas les taux.
Oui, NE PAS MONTER LES TAUX suffit à FAIRE MONTER LE MARCHÉ. C’est la bourse made in 2026. La probabilité d’une hausse en septembre est retombée autour de 44-52% selon l’heure de la journée, mais pour décembre on est toujours à 81%, et Beth Hammack est venue expliquer hier à la télévision qu’« un certain nombre » de hausses pourraient encore être nécessaires. Le marché s’excite sur un chiffre bidon avec une vision à trois jours alors que fondamentalement rien n’a changé. Sauf que l’emploi se dégrade et que l’inflation ne recule pas. Et c’est pas le brut qui repart vers les 100 dollars qui va arranger le deuxième point.
Le tunnel qui est ouvert mais fermé
Samedi, Téhéran a sorti sa liste de courses : levée du blocus naval, levée des sanctions, retrait des forces américaines de la région, avoirs gelés rendus et « indemnisation intégrale » des dommages de guerre. Et on a eu la réponse du berger à la bergère : il veut bien parler compensations, mais dans l’autre sens. Que l’Iran paie pour tous les gens tués par ses bombes artisanales depuis cinquante ans, plus les familles des « centaines de milliers de manifestants innocents », plus, trois heures après, les dommages au Liban, en Syrie, au Yémen et à Gaza. On est passé d’une discussion sur des routes maritimes à un procès rétroactif sur un demi-siècle d’histoire du Moyen-Orient. Au vu de ces négociations à deux balles qui seraient mieux gérées si on les confiait à mon golden retriever, on rouvrira le détroit vers 2071. Si tout va bien.
58 supertankers
La news passée totalement inaperçue hier et qui n’aurait pas dû : la réserve stratégique de pétrole américaine est tombée sous les 300 millions de barils. 298,7 exactement. Le plus bas niveau depuis janvier 1983. À l’époque, Mitterrand était président depuis deux ans et moi je mettais encore des pinces à linge dans les rayons de mon vélo pour faire croire que je roulais en moto.
La trajectoire est plus parlante que le chiffre. Le 28 février, JUSTE avant que tout ce merdier ne commence, il y avait 415 millions de barils là-dedans, et quand la libération ordonnée en mars sera exécutée on sera autour de 243. On vide une citerne des deux tiers en six mois. Et pour remettre une couche d’optimisme, un quart de ce qui reste n’est même pas récupérable, infrastructures hors d’état.
Alors quand on vous jure à la télé qu’il y a largement de quoi refaire une libération si besoin, ça me rappelle mon garagiste et ses plaquettes qui allaient tenir « encore un moment ». Alors que ça fait trois mois que ça siffle et qu’on voit à travers les disques.
La Banque Nvidia ouvre ses guichets
Le plat de résistance de la journée. La boîte à Jensen a signé avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour mobiliser plus de 500 MILLIARDS de dollars destinés à financer les clients de Nvidia pour qu’ils puissent acheter… des produits Nvidia.
Traduisons pour les gens normaux : c’est le concessionnaire qui vous vend votre voiture électrique qui fait aussi sèche-cheveux et machine à café, et qui a décidé de monter lui-même l’organisme de crédit qui vous permettra de l’acheter, avec l’argent des assureurs et des fonds de pension. Et il se réserve le droit de garantir jusqu’à 25% des prêts si ça se passe mal. Huang jure que ça évite le reproche de financement circulaire puisque ce sont des investisseurs indépendants qui décident. Qui décident, oui, mais avec Nvidia comme garant. C’est le seul secteur au monde où on trouve normal que le vendeur soit aussi le banquier ET le garant.
Le meilleur, c’est Larry Fink qui explique en direct à la télévision que ce projet est le début du « futur de l’ingénierie financière », comparable à la titrisation hypothécaire des années 70.
STOP !!!!!
Il faut relire la phrase plusieurs fois pour en capter toute la saveur et tous les arômes. Un peu comme on revient sur la dégustation d’un grand bourgogne parce qu’on n’a pas tout compris du premier coup. DONC : en 2026, dix-huit ans après les subprimes, un des types les plus puissants de la finance mondiale compare volontairement sa nouvelle idée aux subprimes. En direct. À la télévision. Sans qu’on le force à le dire. C’est comme ouvrir un restaurant et expliquer en interview que le concept s’inspire de la cuisine du Titanic. Une maison, ça dure cinquante ans. Un GPU, ça devient un radiateur au bout de quatre ans. Toute la construction repose sur l’idée que non, cette fois, ça va durer. Peut-être. Mais c’est même pas sûr. Le titre a fini en baisse de 2,9%.
Trois lignes sur le reste
JPMorgan a relevé sa cible sur le S&P à 8’000 points, exactement là où Goldman était déjà : trois pour cent de hausse en cinq mois présentés comme une révélation mystique, alors que la croissance des bénéfices vient de passer de 57% à 51% en une semaine. On ne prévoit pas le marché, on le suit à la trace avec un carnet.
Le programme
Futures à peu près plats, le Nasdaq gagne un petit 0,2%, le Brent tient ses 88 dollars et le WTI ses 82, l’Asie fait la sieste. Le vrai rendez-vous, c’est demain à 14h30 avec l’inflation américaine de juillet, attendue à 3,4% contre 3,5% en juin. Jeudi, les prix à la production. Dernière chose, et je la garde pour la fin parce qu’elle est trop belle.
Le Washington Post a révélé que le mois dernier, Trump a été exfiltré de Turquie sur un avion militaire de substitution — menace d’assassinat iranienne — et que le transfert s’est fait dans un camion de catering d’aéroport, pendant que la presse croyait être dans le même avion que le président. Alors qu’en fait c’est elle qui faisait diversion. L’homme le plus puissant du monde, transporté sur le tarmac dans un camion à plateaux-repas. Je ne crois pas en Dieu une seconde. Mais il y a des jours où j’ai l’impression que quelqu’un, quelque part, écrit le scénario et se marre.
Et si vous voulez la version complète
Ceci était la version courte, celle qu’on lit debout dans la cuisine en attendant que la machine à café finisse de couler. La vraie, celle où je démonte les trucs pièce par pièce, arrive tous les matins avant l’ouverture. Sans publicité pour des cryptos douteuses ni pour des formations « devenez millionnaire en six semaines depuis votre canapé ». Juste un type qui a vu passer 1987, 2000, 2008 et le COVID, et qui vous raconte ce qui s’est passé pendant que vous dormiez. C’est sur morningbull.ch, ça prend douze secondes, et vous pourrez vous désabonner le jour où je deviendrai chiant.
Ce qui finira bien par arriver, statistiquement.
Passez une excellente journée et on se retrouve demain matin pour découvrir si l’inflation américaine a décidé de nous laisser tranquilles ou de nous rappeler qui commande.
À demain !!!
Thomas Veillet
Iinvestir.ch
« Ce n’est pas ce que vous ne savez pas qui vous met dans le pétrin. C’est ce que vous tenez pour certain et qui ne l’est pas. »
— Mark Twain