Comme tous les lundis matins depuis six mois, on allume les écrans en se demandant si Trump nous en a fait une nouvelle, s'il s'est fâché avec quelqu'un ou s'il a (encore) promis de renvoyer l'Iran à l'âge de pierre. Pour l'instant, rien. Même pas un accord de paix miracle. Un tanker de plus s'est fait canarder samedi, les discussions sont à l'arrêt complet, le Trésor américain démarre son « isolation économique sans précédent » de l'Iran, et le pétrole réagit à tout ça par un frémissement de 0,4%. Je pourrais arrêter la chronique ici tellement il n'y a rien à dire. Six mois de guerre, Ormuz fermé, et le baril est devenu presque aussi chiant que le Bitcoin.

L’Audio du 17 août 2026

Télécharger le podcast

Le vrai sujet du jour n’est donc pas ce qui se passe dans le Golfe. C’est POURQUOI plus personne n’a peur.

Le décor, en trois lignes

La semaine dernière, le S&P a pris 0,4% en signant son vingt-septième « plus haut de tous les temps de l’année ». Le Nasdaq n’a pas bougé de 1% une seule fois en cinq séances, ce qui n’était plus arrivé depuis le début du mois de mai. On appelle ça un marché attentiste. Ou un marché qui s’emmerde profondément, mais c’est moins poli et ça fait moins « pro ». Et cette semaine sera pire : aucune statistique de premier rang, et le prochain vrai rendez-vous s’appelle Jackson Hole, le 27 août. Autant dire dans une éternité. Un investisseur qui s’ennuie, c’est comme un ado avec une carte de crédit : ça finit toujours par coûter beaucoup trop cher.

Le pétrole a perdu l’appétit de la panique

Le Brent traite à 88,80$ ce matin, en baisse de 1,7% sur le mois d’août. Pendant qu’Ormuz reste fermé et que la marine américaine promet un blocus indéfini. Il y a six mois, n’importe laquelle de ces lignes vous envoyait le baril au-dessus de 100 dollars avant la fin de la phrase.
Alors pourquoi ? Pas parce que la guerre se termine, elle ne se termine pas du tout. La vraie raison, c’est que le monde apprend à consommer moins de pétrole. Pas par écologie, pas par vertu. Juste par appauvrissement. L’AIE vient de revoir ses prévisions : la demande mondiale va reculer de 1,6 million de barils par jour en 2026, soit 510’000 de PLUS que ce qu’ils annonçaient il y a un mois. C’est à peu près sept fois la consommation quotidienne de la Suisse entière, essence, mazout et kérosène compris, qui s’évapore tous les jours sans que personne ne trouve ça inquiétant.

Et pendant que la planète est censée manquer de brut, les stocks américains ont bondi de 17,4 millions de barils en une semaine — la deuxième plus grosse constitution de l’histoire, alors qu’on attendait une BAISSE de 600’000.

Un baril qui ne monte pas pendant une guerre, ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est un diagnostic. On n’en est pas encore à prononcer le mot qui finit en « sion » et qui commence par « ré », mais disons qu’il y a des signes que si l’Amérique redevient Great Again, le reste du monde est en mode « sortez les rames et commencez à ramer ».

Sauf que le plein, lui, coûte toujours un rein

Vous allez me dire : super, le brut est mou, l’essence va baisser. Que nenni. Le gallon était à 4,07$ ce week-end contre 3,14$ il y a un an. Trente pourcent de hausse pendant que le brut fait du surplace. La différence part dans le crack spread, l’écart entre le prix du baril et celui de l’essence qu’on en tire — autrement dit la marge du raffineur, qui vient de taper son plus haut niveau historique. Le brut, c’est la farine. L’essence, c’est le pain. Le problème, ce n’est pas le blé, c’est qu’un tiers des boulangeries a fermé. Résultat : le baril baisse, la pompe monte, et personne ne vous remboursera la différence. Et pendant qu’on regarde ailleurs, la dette américaine se monte ce matin à 39’920 milliards. Le compteur tourne.

Cette semaine, c’est le consommateur qui parle

Puisqu’il n’y a pas de macro, la macro sera dans les résultats. Home Depot mardi, Lowe’s, Target et TJX mercredi, Walmart jeudi. Walmart, c’est 250 millions de clients par semaine : quand la direction vous dit ce que les gens mettent dans le caddie et à quel prix, vous en apprenez plus en dix minutes qu’avec trois mois de statistiques officielles. Et ce qu’il faut écouter, ce n’est pas le bénéfice par action — 85% des sociétés battent les attentes, c’est le minimum syndical. C’est le mot « mix » : est-ce qu’on descend en gamme, est-ce qu’on reporte les gros achats ?

Parce que les ventes de détail de juillet sont sorties à moins 0,6% alors qu’on attendait plus 0,1%. Première baisse en neuf mois. On nous explique que c’est le Prime Day d’Amazon qui a changé de mois, mais une fois toutes les excuses appliquées, ça baisse sévèrement quand même : les Américains renoncent à changer la bagnole et continuent d’aller au resto. On compense comme on peut. Côté briques, l’indice de confiance des constructeurs sort aujourd’hui, attendu à 33. En dessous de 50 ils sont pessimistes. À 33, ils ne sont pas pessimistes, ils sont en apnée.

Le programme du jour

Futures plats, le Nasdaq gratte 0,2%, l’Asie ne raconte rien. Brent à 88,80, WTI à 82,60. Aujourd’hui, confiance des constructeurs à 16h00. Demain, mises en chantier et Home Depot. Mercredi, les minutes de la FED à 20h00 avec Target et TJX. Jeudi, Walmart et Alibaba. Vendredi, les PMI.

Une dernière douceur. Vendredi, Trump a expliqué à la foule qu’une fois la guerre gagnée, il déclarerait le détroit d’Ormuz « territoire des États-Unis ». Un bras de mer de 39 kilomètres de large, annexé en direct entre deux applaudissements. Dimanche, un général iranien a répondu sur les réseaux sociaux, en anglais dans le texte pour être sûr d’être compris, que l’Amérique le regretterait amèrement. Nous avons donc deux gouvernements nucléarisés ou presque qui se disputent la propriété d’un plan d’eau à coups de posts sur internet. La prochaine fois que vous ferez un plein à plus de deux francs le litre, souvenez-vous que le prix a été fixé par ces deux-là.

Passez une excellente journée, ne surveillez rien parce qu’il n’y a rien à surveiller, gardez vos forces pour Walmart jeudi, et on se retrouve demain pour découvrir quel autre morceau de la géographie mondiale aura changé de propriétaire pendant la nuit. Et si vous voulez la version « complète » et plus dense de cette chronique, vous la trouverez sur « morningbull.ch ».

À demain !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

« On devrait inventer l’alcootest politique, on devrait faire souffler les hommes politiques dans un ballon pour savoir s’ils ont le droit de conduire le pays au désastre. »

Coluche