Hier soir, le Trésor américain a annoncé qu'il rachèterait jusqu'à 6 milliards de dollars d'obligations longues. Trois fois la taille des opérations précédentes. Sur le papier, c'est exactement le genre de nouvelle qui devrait faire baisser les taux, rassurer tout le monde et nous donner l’impression que tout est sous contrôle. Résultat des courses : le 10 ans américain est monté jusqu'à 4,8528%, son plus haut depuis novembre 2023, et le trente ans traite à des niveaux qu'on n'avait plus vus depuis 2007. À l’heure actuelle, il est à 5.2870% et a fait un top à 5.3060% sur l’annonce.

Autrement dit, le Trésor a sorti le chéquier pour calmer le marché obligataire, et le marché obligataire lui a mis une claque en plein tronche devant tout le monde. C’est une séance qui ne nous apprend pas grand-chose sur les taux, mais absolument tout sur la psychologie des masses. Parce qu’hier, ce n’est pas un chiffre qui a fait bouger le marché. C’est une déception. Et une déception, ça ne se cote nulle part, ça ne se hedge pas, et ça ne se prévoit pas non plus. Et c’est très compliqué a interpréter.

Ce qu’il a annoncé exactement

Le 19 août, le Trésor avait prévenu qu’il ferait passer les rachats sur le long terme de 2 milliards à au moins 4 milliards par opération, pour « soutenir la liquidité ». Hier, il a dévoilé le chiffre du jour : jusqu’à 6 milliards sur la tranche 10-20 ans. Et là, il faut préciser un truc que la moitié des commentateurs ont oublié de préciser hier soir : ce n’est PAS du « quantitative easing » façon Fed. Le Trésor ne crée pas de monnaie, il ne fait pas disparaître la dette américaine par magie, et il ne rachète pas les obligations que tout le monde s’arrache. Il rachète des vieilles émissions, pour huiler la mécanique du marché. C’est de la gestion de dette. C’est le type qui débouche l’évier de la cuisine et qui espère que vous allez l’applaudir comme s’il avait rénové tout l’appart.

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