Mais c'est peut-être pas ça DU TOUT !!! Un vieux trader me disait, il y a très longtemps, que si ça a le bec d'un canard, les pattes d'un canard et que ça fait coin-coin, il y a de fortes chances que ce soit un canard. C'est noté dans un coin de mon carnet, avec les autres trucs que je ne dois pas oublier. Alors regardons le canard de vendredi soir.
Le 22 juillet, la Chambre des représentants vote l’interdiction pour les élus et leurs conjoints d’acheter des actions individuelles. Nancy Pelosi vote contre. Quarante-huit heures plus tard, le compte de son mari achète pour plusieurs millions de dollars de Bloom Energy — en actions ET en options, échéance juin 2027, soit six mois après la fin de son mandat. Quatre jours plus tard, Bloom publie le meilleur trimestre de son histoire. Six semaines plus tard, le titre entre dans le S&P 500 et clôture la semaine à 252 dollars.
Présenté comme ça, le raccourci est vite fait. Ça a l’odeur, ça a le bec, ça fait coin-coin. Levez les bras au ciel et hurlez « ILS SAVAIENT ». C’est facile. Je l’ai fait.
Et puis j’ai passé le week-end à ouvrir le graphique, le formulaire officiel de la Chambre et l’historique de cours ligne par ligne. Et le canard, franchement, est nettement moins évident qu’il n’en a l’air.
Parce qu’il y a trois choses que personne ne raconte dans les posts indignés du week-end.
Les trois choses
La première, c’est que le mari de Nancy Pelosi n’a pas acheté avant la hausse : il a ramassé un titre qui venait de se prendre plus de 40% dans les dents, et il en a repris quatre jours plus tard 10% SOUS son propre prix d’entrée. Ça s’appelle moyenner à la baisse, et ce n’est pas franchement le comportement de quelqu’un qui sait tout.
La deuxième, c’est que le lendemain des résultats stratosphériques, le titre a BAISSÉ. Et la raison de cette baisse n’a rigoureusement rien à voir avec le Congrès américain — elle a un nom, une date et un montant à onze chiffres, et elle offre à la famille Pelosi une sorte de cape d’immunité que personne n’avait vue venir.
La troisième, c’est que l’entrée dans le S&P 500 n’est pas le troisième acte d’une conspiration. C’est la conséquence mécanique de tout le reste. Si vous l’utilisez comme pièce à conviction, l’avocat de la défense vous détruit sur place en quatre minutes.
La question
Reste une question, la seule qui compte vraiment : combien ça a rapporté, exactement ? Le chiffre de « +60% » circule partout sans que personne ne montre son travail. J’ai fait le calcul, actions et options séparément, avec la méthode détaillée. Le vrai chiffre n’est pas celui que vous lisez partout, et le chiffre exact que tout le monde recopie ne mesure même pas ce qu’il prétend mesurer.
Et surtout : il n’y a rien à poursuivre. Absolument rien. Tout est légal, tout est déclaré, et même déclaré EN AVANCE sur le délai. C’est bien ça le problème, et c’est pire qu’un scandale d’initié, parce qu’il n’y a personne à condamner.
Le déroulé complet, les vraies dates, le formulaire officiel, le calcul de performance ligne par ligne, le nom du fonds qui a tout fait dérailler le 29 juillet et pourquoi le Sénat ne fera rien avant les midterms : c’est dans l’article complet, sur Morningbull.ch.
Parce qu’ici, je vous ai donné le canard. Là-bas, on le dépèce.
À demain !!!
Thomas Veillet – Investir.ch