Vendredi, on a acheté la paix avec l'Iran et son plan de réouverture d'Ormuz. Lundi, on a reçu la facture en recommandé, parce que Trump leur a claqué la porte sur les doigts. Le Dow Jones a lâché 347 points, le S&P 500 0,8%, le Nasdaq 0,9%, et environ 330 des 500 titres du S&P ont fini dans le rouge. Pendant qu'on vendait les actions de manière homéopathique, parce qu'on veut encore croire au bull market de la SUPER-INTELLIGENCE, le 10 ans américain touchait 5,27% en séance et le 30 ans 5,58%. Dans un monde normal, le S&P aurait « Bear Market » tatoué sur le front. Pourtant, il est à moins de cent points de son record.
L’Audio du 29 septembre 2026
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C’est tout le paradoxe : depuis fin juillet, cinq valeurs tiennent la baraque à elles seules, et le reste de la cote a l’air d’être sous Xanax. Le jour où les cinq stars partent en vacances, le retour à la réalité risque de laisser des traces sur les murs.
Cinq sur cinq cents
Depuis le trou du 29 juillet, le S&P 500 a regagné 330 points. GÉNIAL ! Sauf que 93% de ces points viennent de cinq titres. Cinq, sur cinq cents. C’est une classe de 500 élèves où cinq gamins font 93% de la moyenne générale, pendant que les 495 autres dorment au fond, et le directeur qui annonce fièrement à la télé que son école n’a jamais eu d’aussi bons résultats. Mieux : Microsoft a fourni à lui seul 181 de ces 330 points. Plus de la moitié de la hausse de l’indice le plus regardé de la planète repose sur UNE entreprise. On ne parle plus d’un marché, on parle d’un fan-club. Et sous la surface, ça pue la mort. La part de titres au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours est tombée de 73% à 51% pendant que l’indice frisait les records.
Sur un mois, un seul secteur sur ONZE est en hausse : la technologie. Le Dow Jones, lesté de banques, d’industriels et de tout ce qui dépend des taux et de l’énergie, file vers son pire mois de septembre depuis 2023, à -3,2%, pendant que le Nasdaq affiche encore plus de 2% de hausse. Deux salles, deux ambiances. Et hier, même le bunker a pris l’eau : le fonds qui réplique les « sept magnifiques » a perdu 1,5%, plus que le S&P. Quand l’abri antiatomique commence à fuir, tout le monde a tendance à sortir en même temps. Par la même porte.
L’obligataire
Le 10 ans a clôturé à 5,24%, le 30 ans à 5,56%, le 2 ans vers 4,94%. Cinq séances de hausse d’affilée, près de 50 points de base en septembre sur le 10 ans comme sur le 2 ans, et toute une série de fonds obligataires à leur plus bas historique. Pas de l’année. DEPUIS QU’ILS EXISTENT. Même l’or a été lâché, parce qu’un lingot qui ne rapporte rien a du mal à rivaliser avec un bon du Trésor qui paie 5,25%. Les raisons, on les connaît : trop de papier (près de 8’000 milliards d’émissions cette année, dont 247 milliards pour les géants du cloud), un pétrole qui entretient l’inflation, et une Fed à qui le marché prête 70% de chances de remonter ses taux en octobre. Cerise sur le gâteau, une gouverneure de la Fed explique maintenant que l’IA fait monter les prix. L’IA devait être le remède. Elle est en train de devenir un des symptômes.
Et pendant que Macron tripote le Saint Père à toutes les messes de France, la France paie 4,77% sur dix ans, à trois jours de présenter son budget. Faisons un calcul bête : sur une dette américaine de 40’200 milliards, un demi-point de plus, une fois tout refinancé, c’est environ 200 milliards d’intérêts supplémentaires par an. L’équivalent d’un rachat d’actions Nvidia. Chaque année. Sauf que là, personne n’applaudit.
Lequel ?
Petite mise au point pétrolière : on voit partout « le Brent à 106 dollars ! ». C’est vrai, mais c’est le contrat de NOVEMBRE, et il expire demain. Les pros sont déjà sur décembre, qui vaut autour de 100 dollars. Deux personnes peuvent donc vous donner le même jour « le prix du Brent », l’une à 106, l’autre à 99, et les deux ont raison. Le prix du jour, c’est la photo. La courbe, c’est le film. Et le film dit « j’ai un problème MAINTENANT, mais je ne crois pas qu’il durera ».
La confusion est telle qu’hier, un grand hebdomadaire financier américain a écrit que le brut était passé de 108 à « juste sous 93 » dans l’après-midi. 108, c’était le Brent. 93, c’était le cousin WTI. On a comparé le chauffage et la boîte aux lettres, et on en a fait un krach. Donc la prochaine fois qu’on vous annonce solennellement le Brent à 106, demandez simplement : « Lequel ? »
Le programme
Futures stables, Nikkei en baisse de près de 1%, Hong Kong -0,3%, Brent novembre vers 106,50, décembre vers 100, 10 ans à 5,24%. Aujourd’hui, le JOLTS et la confiance des consommateurs à 16h00, LE rendez-vous du jour, puis la conférence d’OpenAI à 19h00. Demain, expiration du Brent novembre, PCE à 14h30 et Micron après la clôture. Emploi vendredi.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. Le circuit fermé de Nvidia, où les clients empruntent 247 milliards pour acheter des puces pendant que la boîte à Jensen rachète 235 milliards de ses propres actions. Michael Burry qui avance la date de l’éclatement de la bulle IA et fait ses courses pendant les soldes. Micron qui a peur de ne pas pouvoir vendre assez d’un produit que la planète s’arrache. L’Iran qui exporte son pétrole avec 160 camions par jour là où il en faudrait 8’000. Le « c’est faux, mais c’est vrai » de Trump sur les avoirs iraniens. Et surtout le prospectus d’Anthropic, 80 pages de risques contre 48 pour décrire l’activité : le premier document boursier qui vous vend à la fois le produit et la fin du monde. Pour lire tout ça avant l’ouverture, tous les matins, et soutenir un type qui avale 80 pages de dépêches à 3h du matin pour que vous n’ayez pas à le faire, c’est sur Morningbull.ch.
Dernière chose : Boeing a perdu 6,9% après la découverte d’un bug logiciel qui peut couper l’accès au guidage automatique à l’atterrissage sur le 737 MAX 10. Chez Boeing, l’atterrissage reste visiblement une option. Et comme disait Coluche : « Le Concorde n’a pas pu se poser ? Bon, ben qu’il reste en l’air ! »
Passez une excellente journée et pourvu que ça dure.
À demain !!!
Thomas Veillet
Investir.ch
« Look for small companies that are already profitable and have proven that their concept can be replicated. Be suspicious of companies with growth rates of 50 to 100 percent a year. » — Peter Lynch