Depuis six mois, on nous ressort la même statistique magique : les Américains votent le 3 novembre, et à partir de là, Wall Street monte. Toujours. Jamais négatif. Carton plein depuis 1950. Alors j'ai fait le truc que personne ne fait jamais avec les statistiques qu'on se repasse entre soi : je les ai recalculées. Les quatorze élections de mi-mandat depuis 1970, séance par séance, sur les vrais niveaux de clôture du S&P 500. Il y a une bonne nouvelle et une mauvaise. La bonne : la statistique des douze mois, celle qui fait rêver tout le monde, elle tient. Quatorze sur quatorze.
La mauvaise : le fameux rallye de fin d’année post-électoral, celui qu’on vous vend en ce moment comme une évidence, il vaut +1,19% de moyenne. Une fin d’année ORDINAIRE, sans élection, sans stress politique, sans rien du tout, limite chiant. En hausse, mais limite chiant.
PARLONS MÉTHODE, DEUX MINUTES
Price index, hors dividendes, parce que c’est ce que vous regardez sur votre écran le matin. Départ à la clôture de la première séance de septembre, arrivée à la clôture du jour du vote, puis jusqu’à la dernière séance de l’année, puis jusqu’à la séance qui tombe douze mois plus tard. Rien n’est repris d’une étude existante, tout est recalculé sur la série quotidienne. Petit détail historique au passage, que j’ai découvert en butant dessus : jusqu’en 1968, et encore en 1966, le NYSE FERMAIT le jour de l’élection. Les cinq midterms de 1950 à 1966 se sont donc jouées Bourse close. À partir de 1970, on ouvre. On y reviendra à la fin, parce que c’est la plus belle histoire du dossier.
SEPTEMBRE : LE TROU D’AIR, PAS LA BAISSE
Première surprise, et elle contredit gentiment ce que tout le monde raconte, moi le premier. Entre le 1er septembre et le jour du vote, le S&P 500 gagne en moyenne +2,52%, avec huit périodes positives sur quatorze. Ce n’est pas une période baissière. C’est même statistiquement positif. Sauf que la moyenne, comme toujours, est une menteuse de première catégorie : sortez 1982 et 1998, deux années où la Fed a ouvert les vannes en pleine campagne, et il ne reste plus que +0,61%. Autrement dit, deux années sur quatorze portent toute la performance de la période, et les douze autres font du surplace pendant deux mois.
Le vrai chiffre de septembre-octobre, ce n’est pas la performance, c’est le PARCOURS. Entre le 1er septembre et Election Day, le repli moyen depuis le plus haut de la période est de -8,3%, avec une médiane à -9,2% et un record à -14,6% en 2002. Et le creux tombe en octobre neuf fois sur quatorze, en général dans les quinze premiers jours du mois. Traduction pour les gens normaux : historiquement, on ne finit pas la période en baisse, on la TRAVERSE en baisse. Vous perdez huit à dix pour cent en chemin, vous passez six semaines à vous demander si vous n’auriez pas dû tout vendre, et vous arrivez au 3 novembre à peu près là où vous étiez le 1er septembre. C’est la définition même de la période où l’on se fait le plus peur pour le moins de résultat.
Sur le reste, la légende tient : septembre des années de midterms sort à -2,06% de moyenne contre -0,41% les autres années, et la volatilité réalisée médiane des années de midterms est à 16% contre 13% pour les années normales. Ça, c’est vérifié, recalculé, et ça colle au dixième avec ce que publient les grandes maisons.
LE RALLYE COMMENCE AVANT QU’ON VOTE
Et là il y a un truc que je trouve fascinant, parce qu’il détruit toute l’explication psychologique qu’on nous sert habituellement. Si le marché montait parce que l’incertitude disparaît, il devrait monter APRÈS le vote. Sauf qu’il commence à monter avant. Sur les 22 dernières séances de Bourse précédant l’élection — soit grosso modo à partir du 5 octobre — le S&P 500 prend en moyenne +4,57%, et il monte onze fois sur quatorze. Octobre des années de midterms est carrément le meilleur mois de tout l’échantillon : +3,62% de moyenne, 71% de hausses, contre +0,03% pour un octobre normal. Le marché n’attend pas le résultat. Il achète le fait que le résultat approche. Ce n’est pas de la disparition d’incertitude…