Nous sommes le premier septembre. Historiquement un mois compliqué — ceux qui se sont pris trop de claques entre le 1er septembre et le 31 octobre appellent ça la saison des krachs, même si ce n'est plus vraiment la mode puisque le monde entier est bullish en mode forever. Et pour fêter la rentrée, le marché obligataire mondial nous a préparé quelque chose de spectaculaire : le 30 ans américain sort d'août sur sa pire série depuis 2006, le 10 ans japonais tape 2,99% ce matin — du jamais vu depuis une génération — et le Bund comme l'OAT sont sur leurs plus hauts depuis quinze ans. La dette française est devenue presque aussi sexy que la dette grecque en 2011.

Et pourtant, le S&P 500 est à 1,1% de son record absolu. La planète entière remonte les taux en même temps et Wall Street fait comme si de rien n’était. Jusque-là, tout va bien

L’Audio du 1er septembre 2026

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Le grand alignement

C’est LE truc du jour et personne n’en parle, parce que chaque banque centrale est traitée dans son petit article avec son petit graphique local. Mis bout à bout, ça devient autre chose : probabilité de hausse ce mois-ci supérieure à 50% aux États-Unis ET au Japon, dernier tour de vis attendu de la BCE en septembre, Nouvelle-Zélande mercredi. Depuis quinze ans, on avait pris une habitude confortable — quand ça allait mal quelque part, il y avait toujours un banquier central ailleurs pour ouvrir le robinet et nous sauver les miches. Le Japon compensait l’Europe, l’Europe compensait l’Amérique, et la Chine compensait tout le monde en construisant des aéroports vides. Cette fois ils serrent les boulons tous en même temps, sur le même trimestre, pour la même raison — un baril à 91 dollars qui remet de l’inflation partout. Il n’y a plus de coussin. Les seuls qui n’en parlent pas encore, c’est la Suisse. Mais pour combien de temps ?

Le plus fun de la séance : Scott Bessent a expliqué aux Japonais que la Banque du Japon devait ABSOLUMENT monter ses taux, pendant que lui fait ABSOLUMENT tout pour baisser les siens. On appelle ça de la coordination internationale. Trump, lui, a été d’une modération suspecte sur Warsh : « j’ai beaucoup de respect pour lui et il fera ce qu’il a à faire ». Pas de tweet en majuscules, pas de menace de licenciement. C’est tellement peu son style que ça en devient inquiétant.

Le 30 ans, ce malade

Depuis le 1er janvier, le rendement du 30 ans américain a clôturé au-dessus de 5% pendant 55 séances : le plus grand nombre depuis 2006. Il a tapé 5,34% à la mi-août, à dix malheureux points de base de son record sur vingt-deux ans. Le problème n’est plus l’inflation, il est arithmétique. Bessent a beau racheter des obligations longues, septembre s’annonce avec 215 milliards de dollars d’émissions de dette d’entreprises, après un mois d’août déjà record. Un gérant obligataire résumait ça hier avec une expression parfaite : les rachats du Trésor, c’est une goutte d’eau dans l’Océan. Détail amusant, quelqu’un a acheté hier des options qui parient sur un 30 ans à 5,70% avant le 20 novembre. Et souvenez-vous : le niveau de danger sur le 10 ans US, c’était 4,75%. C’est fait. On se demandait aussi ce qui se passerait quand le 10 ans japonais franchirait les 3%. À 2,99%, préparez-vous. Au fait, la dette US va passer les 40’100 milliards dans quelques heures.

Ormuz, saison 7

Hier, un pétrolier a été touché par TROIS projectiles non identifiés en sortant du détroit, les Gardiens de la révolution ont intercepté un drone américain MQ-9, et on a appris que la riposte iranienne de dimanche ne visait pas seulement la Jordanie mais aussi une base aérienne aux Émirats. Les deux pays ont parlé d’« escalade dangereuse », ce qui est la formulation diplomatique de « les gars, vous vous rendez compte que vous nous tirez dessus ? ». Trump promet qu’« on va les frapper fort » et, selon Axios, la Maison Blanche étudie des frappes limitées DANS le détroit pour empêcher l’Iran de s’en prendre aux navires. Frapper dans le détroit pour sécuriser le détroit. Sept mois de guerre et on en est au stade zéro.

Le Brent est donc à 91,07 ce matin, le WTI à 86,55, soit 50% de hausse depuis janvier. Et le gaz européen a clôturé en hausse de 5%, au plus haut depuis trois ans et demi. C’est LE chiffre à retenir : le pétrole vous le voyez à la pompe une fois par semaine, le gaz vous vous en souviendrez quand le froid arrivera. Parce que la canicule va disparaître, et dans deux mois et demi on parlera pneus neige, peau de phoque et abonnements de ski.

Le fond du panier

Le mouvement le plus révélateur de la séance, ce n’est pas Nvidia et ses 3,5 milliards dans MediaTek. C’est SLB, le géant des services pétroliers, qui monte de 4,8% après avoir racheté un fabricant de systèmes de refroidissement pour 4,1 milliards, explicitement pour se placer sur les data centers. Le type qui vend des foreuses depuis un siècle vient de comprendre que le nouveau gisement, c’est la clim. Et ce matin à Hong Kong, Shein a fait ses débuts en bourse et s’est pris 7% dans la figure : l’opération valorise la boîte à 26,5 milliards, contre 100 sur le marché privé en 2022. Les investisseurs de l’époque viennent donc d’assister à l’introduction en bourse de leur propre moins-value de 73%. Quand tu vends de la merde, tu vends de la merde, et au bout d’un moment ça commence à se voir.

Too big to REGULATE

Pendant ce temps à Berne, la commission de l’économie du Conseil des États a décidé que UBS pourrait couvrir jusqu’à 50% de son exigence de capital supplémentaire — les fameux 20 milliards imposés après la chute de Credit Suisse — avec des AT1. Dix voix contre deux. Les AT1, pour ceux qui auraient oublié, ce sont exactement les instruments réduits à zéro lors du sauvetage de Credit Suisse, pendant que les actionnaires, eux, recevaient encore quelque chose. Scandale mondial, procès sur trois continents. Trois ans plus tard, le Parlement décide que le meilleur moyen de rendre UBS indestructible, c’est de la laisser utiliser l’instrument qui a explosé la dernière fois. Le président de la commission jure que « ce n’est pas une victoire pour UBS ». Bien sûr que non. C’est juste que la dette coûte moins cher que les fonds propres et que ça n’est pas neutre sur le calcul des bonus. UBS n’est plus too big to fail, elle est devenue TOO BIG TO REGULATE.

Le programme

Inflation flash de la zone euro à 11h00, attendue en nette accélération après l’Allemagne à 2,9%, la France à 2,7% et surtout l’Espagne qui grimpe à 4,5%. Puis les JOLTS et l’ISM manufacturier à 16h00.

Ce que vous ne lirez pas ici

Deux pages, c’est court, il a fallu tailler. Dans la chronique complète de ce matin : comment un amendement voté un samedi en Californie a effacé 23% d’Edison International et 20% de PG&E, et pourquoi le secteur des veuves et des orphelins est en réalité une position vendeuse sur la météo avec un coupon. Pourquoi la France paie 4,18% sur dix ans avec une croissance trimestrielle révisée à 0,0%, ce qui n’est plus un problème de budget mais de soustraction. Et le chiffre qui résume août à lui tout seul : sur les 721 points gagnés par le Dow, 459 viennent d’une seule société.

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Passez une excellente journée, surveillez l’inflation européenne de 11h00 pour deviner ce que fera la BCE le 10 septembre, et on se retrouve demain matin pour savoir si le 30 ans américain a décidé d’aller chercher son record sur vingt-deux ans.

À demain !!!

Thomas Veillet
Morningbull.ch

« Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »
Jacques Rouxel