Vous imaginez ? Vous êtes dans la salle d'attente du dentiste avec une dent qui vous lance depuis trois semaines, un magazine de 2019 entre les mains, James Blunt en boucle qui vous hurle que vous êtes BEAUTIFUL, et vous sursautez à chaque fois que la porte s'ouvre, parce que vous NE VOULEZ PAS y aller. Eh bien, c'est exactement la séance d'hier. Wall Street a lâché un demi-pourcent pour la deuxième fois d'affilée, le WTI a pris 4,4%, le 10 ans américain est allé toucher 5,04%… et tout le monde attend que le dentiste appelle. Ce soir à 20 heures, il s'appelle Kevin Warsh, et il va très probablement nous arracher la dent.
LA VERSION EXPRESS
L’Audio du 16 septembre 2026
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Le krach à 0,5%
On s’est donc EXCITÉS parce que le marché a perdu 0,5% deux jours de suite. Comme si on frisait le KRACH. Sauf que ce marché ne VEUT PLUS baisser. Le S&P 500 n’a plus perdu 3% en une séance depuis 17 mois, et il a pris 44% depuis. La dernière séance à plus de -1%, c’était fin juillet. Ça fait 56 jours. Et le seul truc qu’on trouve à dire ce matin, c’est : « mais euuuuh, ça fait deux jours qu’on baisse ». Non seulement le marché ne sait plus baisser, mais en plus c’est CHIANT. La raison ? La Fed. Ça fait une semaine qu’on brasse de l’air sur ce que le petit Kevin va nous sortir, comme si ce soir PLUS RIEN NE SERAIT JAMAIS PAREIL. Alors qu’après avoir lu trois fois le communiqué, on passera à la prochaine raison d’attendre.
La probabilité d’une hausse de 25 points de base est passée de 33% il y a un mois à 95% hier soir. La hausse elle-même n’intéresse donc plus personne : ce qui compte, c’est la suite.
Ajustement ponctuel ? On respire. Trois hausses ou plus ? Les actions se prennent 1% dans les dents et le 10 ans s’installe au-dessus de 5%. Et s’il ne fait RIEN ? C’est là que ça devient absurde : c’est le scénario que Wall Street redoute le plus. Pendant deux ans, on a acheté des actions parce que la Fed allait baisser. Aujourd’hui, on vend la peur qu’elle ne monte pas. Parce que ne pas monter, ce serait faire croire qu’on maîtrise encore l’inflation. Alors qu’il devient assez évident qu’on ne maîtrise plus grand-chose.
Le Taser à 0%, l’Oncle Sam à 5,42%
Hier, le Trésor américain a vendu 13 milliards d’obligations à 20 ans à 5,42%, avec une demande franchement molle. Au même moment, un fabricant de tasers levait un milliard en convertibles à… 0%. Le marché prête gratuitement à un vendeur de pistolets électriques et fait raquer l’État le plus puissant du monde : 59 millions d’intérêts par mois, pendant 20 ans.
Plus personne ne veut de la dette américaine, les paris à la baisse sur les Treasuries n’ont jamais grimpé aussi vite depuis début 2025, et la corrélation entre le pétrole et le 10 ans est montée à 0,96. Traduction : le 10 ans américain n’est plus une obligation, c’est un produit dérivé du baril. Scott Bessent, lui, jure que les Treasuries restent « le marché le plus performant »… « du monde développé ». Comme le type qui se dit meilleur joueur de tennis du pays. Dans son club. Chez les plus de 60 ans. Qui ne jouent que le mardi.
Le toutou stochastique
Et puis il y a Kevin Hassett, le conseiller économique de Trump, venu nous expliquer à la télé que si l’on regardait « la mémoire à court terme et le processus stochastique qui détermine l’inflation », les choses ralentissaient. Avant de préciser que ce serait « l’argument de quelqu’un qui voudrait voter contre demain ». Et tout le monde a hoché la tête, genre « ce mec est brillant ». Sauf qu’en français, ça donne : arrêtez de regarder dans le rétroviseur, la bagnole ralentit déjà. Avec le baril à deux doigts des 110 dollars, une guerre qui s’éternise et le diesel au record. Un ramassis de conneries en costume, livré juste à temps pour qu’une gouverneure proche de la Maison-Blanche puisse s’en servir ce soir.
Pendant ce temps, Tonton Donald réclame les taux les plus bas de la planète pour l’Amérique, accuse d’avance les autres membres de la Fed d’être « très politiques », et son secrétaire au Trésor demande au Japon de MONTER les siens. Le type qui a nommé le président de la Fed trouve que les AUTRES sont trop politiques. Comme disait Audiard, les cons, ça ose tout. Mais je ne fais pas de parallèle.
Ceci était la version courte
La vraie — celle où je raconte pourquoi le baril à 105 dollars va rendre ce soir la Fed totalement impuissante, comment les Américains ont déjà cramé 107 milliards de plus à la pompe depuis février, comment Trump a réussi à couler lui-même la loi crypto qu’il défendait, et pourquoi le patron de Nvidia pense que la fin du monde est surtout antipatriotique — arrive tous les matins à 7h dans la boîte mail des abonnés de Morningbull.ch.
Pas de banquier qui vous rappelle pour vous caser un produit structuré. Pas de gourou qui vous promet de devenir riche depuis votre canapé. Juste un ancien trader qui se lève beaucoup trop tôt pour vous raconter ce cirque sans demander la permission à personne. Effet secondaire connu : ce soir, quand Kevin Warsh prendra la parole, vous serez le seul à la table à savoir quoi écouter.
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Passez une excellente journée, gardez un œil sur l’écran à 20 heures, et on se revoit demain pour le grand oral de Kevin et la réaction forcément mesurée, sobre et apaisée de Papy Trump.
À demain !!!
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. »
Pierre Dac