Mardi, Scott Bessent regardait le marché dans les yeux : « vous pouvez parier contre moi si vous voulez ». Jeudi, le marché a parié. Le Trésor a triplé ses rachats d'obligations longues pour faire baisser les taux, et tout le monde lui a répondu en vendant tout ce qui ressemble de près ou de loin à une obligation américaine. Le 10 ans est à 4,97%, le 30 ans à 5,37%, du jamais vu depuis 2007. Dans la foulée, le baril a pris 6% en une séance, la BCE a monté ses taux, et ce qui sert de président aux Américains a promis 5'000 dollars à chaque électeur s'il gagne les midterms. Quatrième baisse d'affilée à Wall Street. Et à 14h30, le CPI. Basé sur le mois d'août, quand le baril était ENCORE SOUS L

L’Audio du 11 septembre 2026

Télécharger le podcast

La maison, c’est le marché

Bessent voulait racheter 6 milliards d’obligations, il n’en a obtenu que 5,19. Pas faute de pognon : faute de vendeurs. Ils lui ont gentiment fait comprendre que ses prix ne les intéressaient pas. Le soir même, il est allé s’expliquer chez Steve Bannon, ce qui en dit long sur la qualité du service après-vente : le marché est « en très bonne forme », les inquiétudes sont « un tas de bruit », il n’a « jamais défié personne », et si les taux montent, c’est la faute de l’Iran. On a donc un ministre des Finances qui accuse les mollahs de manipuler le 10 ans. Et le reste du monde suit : Bund au plus haut depuis 2011, écart France-Allemagne au plus haut depuis 2012. Il y a 48 heures, tout le monde nous expliquait que 5% sur le 10 ans, ce serait LA zone clé, le moment où chacun se dit : « pourquoi je prendrais des risques sur des actions survalorisées alors que l’Oncle Sam me paie 5% sans risque ? ». Ben les 5%, on y est, à trois centimes près.

Est-ce qu’on va tout vendre pour autant ? Pas si simple, on teste les supports. Mais les taux ont déjà mangé leur part. Les bénéfices du S&P 500 ont bondi de 52% au deuxième trimestre, et l’indice ne se paie plus que 19,5 fois les bénéfices contre 23 il y a un an. Au multiple de l’an dernier, le S&P serait vers 9’000 points au lieu de 7’600. Personne ne panique, mais tout le monde a repéré les sorties de secours et regarde si les hôtesses ont l’air stressées.

Le PPI dans les clous, le CPI dans le brouillard

Le PPI d’hier est conforme : +0,4% sur le mois, 5,4% sur un an. Sauf que le diesel a pris 24,1% en UN mois, et le diesel, c’est le camion qui livre vos œufs et votre bacon. Et petit bonus : les frais de gestion de portefeuille ont pris 18,8% sur un an. La seule chose qui monte presque aussi vite que le diesel, c’est ce que votre banquier vous facture. La probabilité d’une hausse de la Fed mercredi est passée de 61% à 73% en une journée. Pour le CPI, on attend 3,4%, et 2,4% pour le CORE. Perso, je ne serais même pas étonné qu’on nous sorte un chiffre sous les attentes, histoire de rendre la mariée un peu plus belle juste avant de demander au consommateur de voter. Il faut avoir confiance. Ou être dans le déni.

Cent dollars, les deux

Le cousin WTI a rejoint le Brent au-dessus des 100 dollars : +6% pour les deux en une séance, +18% sur septembre. Ce matin, Brent à 107,88, WTI à 102,61. Ce qui a mis le feu, ce n’est même plus Ormuz, c’est l’autre porte : les Houthis ont pris le port de Mokha et s’approchent de Bab el-Mandeb, la sortie de secours que l’Arabie saoudite utilisait pour contourner Ormuz. Résultat, la production saoudienne tombe à son plus bas depuis 1990. Trump promet la fin de la guerre « immédiatement après les élections », pendant que ses propres conseillers lui expliquent en privé que ça pourrait durer jusqu’en 2029. Et aller au sol, avec des cercueils qui rentrent juste avant un vote, ce n’est pas très tendance. La paix, ce n’est pas pour demain.

Le dividende Trump

Et à la pompe, le diesel américain est à 5,98 dollars le gallon, un record. Les Américains dépensent 700 millions de dollars de PLUS par jour en carburant qu’il y a un an, soit environ 950 dollars par adulte et par an. Mais Oncle Donald a une solution. Mercredi à Dallas, devant des sièges vides que tout le monde voyait sauf lui : 5’000 dollars pour chaque adulte si les Républicains gardent les deux chambres. Le « dividende Trump ». À condition de ne pas aller le dépenser au Canada. Coût de cette escroquerie de génie : 1’200 milliards. Financé par les droits de douane, jure Vance, qui couvriront à peu près 10% du chèque. Le reste sera emprunté, sur un marché obligataire qui vient justement de faire savoir qu’il n’est plus d’humeur.

La Maison-Blanche parle d’une « entreprise prospère qui reverse du cash à ses actionnaires ». Une entreprise avec 40’000 milliards de dettes qui emprunte pour payer son dividende, même Madoff n’aurait pas osé. En gros, on vous rembourse cinq ans d’essence avec votre propre carte de crédit. Et le lendemain, Trump expliquait que si les Démocrates gagnaient, il « ferait des deals » avec eux. Même lui ne croit pas à son chèque.

La BCE, fidèle à ses erreurs

La BCE a monté ses taux à 2,5%, à l’unanimité, et une nouvelle hausse pourrait tomber dès le 29 octobre. Sauf que monter les taux contre un baril à 108, c’est comme augmenter le prix du parking pour faire baisser celui de l’essence : ça ne change rien à la pompe, mais les gens finissent par rester chez eux. En économie, ça s’appelle une RÉCESSION. En 2008 et en 2011, elle a déjà monté ses taux à cause du pétrole, avant de tout défaire en catastrophe quelques mois plus tard. Et le Bund est aujourd’hui au plus haut depuis… avril 2011. Pile le niveau de la dernière erreur. La semaine prochaine, c’est Warsh : nommé par Trump pour garder les taux bas, sommé d’« être patriote », et face à un marché qui lui donne 73% de chances de MONTER.

Oracle, les chiffres qui sentent bizarre

Oracle publie de bons chiffres : ventes +30%, carnet de commandes à 664 milliards, prévisions relevées. Le titre, défoncé de 5,4% pendant la séance, rebondit de 4,5% après la clôture. Mais sur UN trimestre, Oracle a dépensé 28,5 milliards en investissements, quatre fois ce qu’elle dépensait sur une année entière il y a deux ans. Cash-flow négatif pour le sixième trimestre d’affilée, et la moitié du carnet repose sur OpenAI. Une boîte dans l’IA jusqu’au cou qui sort de « TRÈS TRÈS BONS chiffres » et qui ne rebondit que de 4,5% ? Il y a un truc qui cloche. On essaie de rendre la mariée plus belle, mais plus personne n’y croit vraiment.

Côté Apple, l’iPhone pliable coûte 1’999 dollars. Les analystes doutent, le titre prend 3,6%. Connaissant la relation amoureuse des gens avec leur smartphone, on laissera la voiture au garage deux semaines et on prendra le bus.

Le programme

Aujourd’hui : PIB britannique à 8h, CPI américain à 14h30 — LE rendez-vous —, Michigan à 16h. Et lundi, Bessent sanctionnera « une grande banque » liée à l’Iran, sans dire laquelle. Il y a des directeurs de la conformité qui vont passer un sale week-end.

Ceci était la version courte

La vraie, celle où je raconte comment Bessent s’est fait refuser la moitié de ses rachats, pourquoi la BCE répète mot pour mot l’erreur de 2011, et où se cache le calcul qui fait passer le « dividende Trump » de cadeau à facture, arrive tous les matins à 7h dans la boîte mail des abonnés de Morningbull.ch.

Pas de conseiller qui vous rappelle pour placer un produit structuré, pas de méthode miracle pour devenir riche en trois clics depuis votre canapé. Juste un ancien trader qui se lève beaucoup trop tôt et qui raconte ce cirque sans demander la permission à personne. Effet secondaire connu : la prochaine fois qu’un politicien vous promet un chèque, vous serez le seul à la table à savoir qui va le payer. Indice : c’est vous.

→ Morningbull.ch. Abonnez-vous, et on se retrouve lundi matin à 7h.

Passez une excellente journée, surveillez le chiffre de 14h30, et on se retrouve demain matin pour le Swiss Bliss sur la chaîne Swissquote en français.

PETITE ANNONCE AU PASSAGE, mardi 15 septembre, il y aura Webinaire chez Swissquote – le sujet c’est les Pharmas, c’est à la mode. Nous serons en live, tous les deux, Marco Rastaldi et moi-même, pour parler du sujet et pour répondre à toutes vos questions. Alors on s’abonne, parce que c’est gratuit et on se parle mardi soir !!!

INSCRIPTION WEBINAIRE SWISSQUOTE ICI 

 

À lundi, ici même. Ou à demain, sur YouTube !!!

Thomas Veillet

Morningbull.ch

« La moitié des hommes politiques sont des bons à rien, les autres sont prêts à tout. »

Coluche