Coup d’œil sur les investissements suisses en Suisse depuis 10 ans. Craintes inflationnistes sur les marchés financiers. Les prix du pétrole poursuivent leur hausse.
Le contexte macroéconomique suisse de la dernière décennie
Trois faits structurants expliquent presque tout ce qui s’est passé pour l’épargnant suisse entre 2016 et 2026:
Des taux d’intérêt négatifs pendant sept ans. La BNS a maintenu un taux directeur à -0,75% de janvier 2015 à septembre 2022, avant de le relever face à l’inflation importée par la guerre en Ukraine, puis de l’abaisser à nouveau progressivement à partir de 2024 jusqu’à revenir à 0,00% en juin 2025, niveau où il est resté depuis (confirmé lors des examens de mars, juin et l’essentiel de 2026).
Un franc suisse structurellement fort, jouant son rôle de valeur refuge lors de chaque choc géopolitique (Covid, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient), ce qui a pénalisé les avoirs libellés en devises étrangères non couverts mais soutenu le pouvoir d’achat à l’importation.
Une inflation restée modérée en comparaison internationale, oscillant autour de 0 à 1,5% sur la période récente, ce qui a permis à la BNS de ne pas suivre les hausses agressives de la BCE et de la Fed en 2022-2023.
Ce contexte de rendement quasi nul sur l’épargne liquide et obligataire suisse a été le principal moteur de report de capitaux vers l’immobilier et les actions.
Ce qui a le mieux fonctionné entre 2016 et 2026
L’immobilier résidentiel suisse
Porté par des taux hypothécaires historiquement bas et une pénurie chronique de logements, l’immobilier résidentiel a connu une progression structurelle marquée. Sur les 10 dernières années, les appartements en PPE ont gagné environ +145%. Le rythme s’est encore accéléré récemment: les prix des logements en propriété affichaient une hausse de +3,5% sur un an au premier trimestre 2026, avec des variations régionales marquées (tension plus forte dans les centres urbains et certaines régions touristiques).
L’indice de bulle immobilière d’UBS a nettement progressé début 2026 (de 0,46 à 0,69 point), signalant un risque de surchauffe qualifié de « modéré » mais en hausse, avec des zones de vigilance identifiées dans les Grisons, à Einsiedeln, dans certains quartiers de Zurich et à Nidwald. Pour un résident suisse propriétaire, l’immobilier a donc constitué la classe d’actifs la plus rémunératrice de la décennie, mais avec un enjeu de liquidité et un risque de concentration géographique.
Les actions suisses et internationales
Le SMI, malgré sa forte concentration sectorielle (pharma, alimentaire, financière), a livré une performance solide sur la décennie (175%), avec une progression sur 12 mois d’environ +17% récemment. Les portefeuilles diversifiés en actions mondiales (via ETF ou fonds indiciels) ont généralement surperformé les solutions purement suisses, notamment grâce à l’exposition aux valeurs technologiques américaines comme par exemple le iShares MSCI World CHF Hedged (+ 268&). Un renforcement du franc a toutefois érodé une partie de ces gains pour les investisseurs non couverts en devises.
Les grands perdants relatifs de la décennie
L’épargne liquide et les comptes bancaires: rendement réel négatif pendant sept ans compte tenu de taux à -0,75%, puis rendement nominal quasi nul depuis.
Les obligations en CHF: rendements très faibles, voire négatifs en termes réels, sur la majeure partie de la période.
Les avoirs en devises étrangères non couverts (USD, EUR) pour un résident suisse dépensant en CHF: l’appréciation structurelle du franc a rogné une partie substantielle des gains en devise locale sur les actions et obligations étrangères.
Coup d’œil sur les marchés
À Paris, le CAC 40 a fini sur une perte de 0,39%. Le Footsie britannique a reculé de 0,32% et le Dax allemand a reflué de 1,14%. L’indice EuroStoxx 50 a perdu 0,85%, le FTSEurofirst 300 0,57% et le Stoxx 600 0,62%. Air Liquide a avancé de 2,14% après des informations selon lesquelles le fonds activiste Elliott Investment Management a pris une participation dans le groupe français. Kering a reculé de 2,69% dans le sillage du repli du secteur du luxe (-2,19%) et celui de la consommation (-1,55%) en Europe. La maison mère de Gucci a par ailleurs annoncé mardi plusieurs nominations à la tête de ses activités en Italie. Reckitt Benckiser a pris 4,44% après une décision de justice favorable aux Etats-Unis sur les préparations pour nourrissons de sa filiale Mead Johnson. Le distributeur britannique Frasers a perdu 1,50% après avoir annoncé son intention de porter sa participation dans Hugo Boss (+0,96%) à plus de 50%, à la suite de l’échec en juin de son projet d’acquisition de la maison de mode allemande.
En Suisse, le Swiss Market Index a bouclé sur un gain de 0,34%. Arrivé avec une nette avance sur la première marche du podium, Novartis (+6,3%) a largement contribué à redresser l’indice qui a passé la moitié de la séance dans le rouge. Le géant pharmaceutique rhénan revendique le succès de deux programmes cliniques avancés contre la sclérose en plaques, faisant au passage oublier la suspension d’une ribambelle d’autres volets d’études moins avancés sur une thérapie cellulaire en raison de décès de patients. Straumann (+3,7) et Sandoz (+1,4%) ont complété le podium. Les autres poids lourds, Nestlé (-0,4%) et Roche (-1,5%) n’ont guère suscité en revanche d’enthousiasme. Selon la presse, le géant veveysan de l’alimentation et son partenaire de capital-investissement PAI Partners souhaiteraient racheter Crosta Mollica, une marque britannique de pizzas haut de gamme. UBS (-2,5%) n’a pas profité du penchant au compromis sur la question des fonds propres réglementaires exprimé la veille par une commission parlementaire.
La croissance du secteur manufacturier en zone euro a atteint en août son rythme le plus soutenu depuis plus de quatre ans, avec un indice PMI à 52,7, contre 51,9 en juillet. La croissance de l’activité dans le secteur manufacturier britannique a légèrement ralenti en août, à 51,7, son niveau le plus bas depuis mars, contre 51,9 en juillet, montre l’indice PMI.
Le Bund allemand à dix ans a fini en hausse de 1,5 point de base, à 3,33%, après avoir inscrit en séance un pic de 15 ans, à 3,36%. La maturité à 30 ans, quant à elle, est montée au plus haut depuis 2011, à 3,84%. Le rendement à 10 ans de la France a progressé de 2 points de base à 4,19%, tandis que son équivalent italien a touché 4,22%, son plus haut niveau depuis 2023. Le rendement de l’emprunt à 10 ans pour la France a touché un nouveau plus haut depuis 2008, comme au Royaume-Uni, et un sommet depuis 2011 en Allemagne.
Aux Etats-Unis, le Dow Jones a cédé 0,79%, le SP 500 0,71% et le Nasdaq 1,03%. Les trois principaux indices de Wall Street démarrent le mois de septembre sur une note morose, plombés par la hausse des rendements obligataires qui se sont établis à des pics de plusieurs années, les marchés misant de plus en plus sur un resserrement à court terme des politiques monétaires des banques centrales mondiales. Le regain des hostilités au Moyen-Orient, avec des attaques lancées par Washington en Iran et des représailles de Téhéran dans la région, a fait grimper les prix du pétrole, ce qui nourrit les craintes de pressions inflationnistes plus larges. L’indice Dow Jones Transportation Average, largement considéré comme un baromètre de la santé économique, figurait parmi les plus grands perdants de la séance, reculant de 2,5%. L’indice Philadelphia SE Semiconductor a reculé de 2,5%, atteignant son plus bas niveau depuis près d’un mois. Nvidia, Intel et AMD ont reculé de 1% à 3,2%. Micron perd 2,64% et SpaceX 1,02%.
Ces craintes inflationnistes affectent évidemment le marché obligataire : le « 10 ans » voit son rendement augmenter de 4,5Pts vers 4,803%, un « 30 ans » de 2,3Pts vers 5,2720%, un « 2 ans » de 5,2Pts à 4,402%.
Le dollar s’affermit de 0,18% face à un panier de devises internationales en raison de la reprise des frappes en Iran et des craintes inflationnistes. L’euro recule de 0,21%, à 1,1592 dollar, après avoir progressé de plus de 1% en août. La livre sterling s’échange à 1,3525 dollar, en baisse de 0,16%. Le yen japonais s’est affaibli à environ 160 pour un dollar, malgré la pression du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, pour que la Banque du Japon (BoJ) relève ses taux directeurs. L’or décroche de 2,8% et l’argent de 3,8%.
Les cours pétroliers, à un plus haut de deux semaines, sont soutenus par la reprise des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis, ce qui pourrait accentuer les perturbations dans l’approvisionnement en brut en provenance du Moyen-Orient. Le Brent progresse de 2,29% à 92,61 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) avance de 2,82% à 88,15 dollars.
Ce matin en Asie : L’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique hors Japon a chuté de 1,5%, tandis que le KOSPI sud-coréen reculait de plus de 3% et que le Nikkei 225 perdait 2,6%. Samsung Electronics a reculé de 3,26%, tandis que son homologue SK Hynix a perdu 3,72%. Toyota Motor a reculé de 2,5%, pesant sur le Topix. Honda Motor a perdu 2,39%.
L’or a reculé de 0,8% à 4’295,70 dollars l’once, tandis que le bitcoin a glissé de 0,6% à 76’979,55 dollars et l’ether a baissé de 0,9% à 2’397,78 dollars.
Les contrats à terme sur le baril de Brent ont progressé de 87 cents, soit 0,92%, à 95,52 dollars à tandis que le baril de West Texas Intermediate américain a grimpé de 80 cents, soit 0,89%, à 91,02 dollars.
Coup d’œil sur Trump
