Potasse : l’«accord» Trump-Biélorussie, un coup de pression plus qu'un bouleversement. Baisse des marchés en attendant la rencontre entre Trump et le président chinois.
Le 21 septembre 2026, Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux que Washington travaillait à un «accord massif» d’achat de potasse biélorusse, à un prix «substantiellement inférieur» à celui payé au Canada. Le lendemain, il a nuancé: les États-Unis continueraient d’acheter canadien, mais la Biélorussie voudrait vendre bien moins cher. Il n’y a donc pas d’accord signé, seulement une menace.
Un marché très concentré
La potasse (chlorure de potassium) est l’un des trois grands nutriments des engrais, avec l’azote et le phosphate. Elle améliore la résistance des plantes aux maladies, la qualité des cultures et les rendements. Sa production est concentrée sur quelques pays. Le Canada produisait environ 25 millions de tonnes en 2024 et la Biélorussie environ 12 millions, soit moitié moins. La Russie est l’autre grand acteur, et la Saskatchewan abrite l’essentiel de la production canadienne, notamment celle du numéro un mondial, Nutrien.
Les États-Unis dépendent fortement de leur voisin. Selon l’USGS, ils ont importé 80% de leur potasse du Canada entre 2021 et 2024. CNN avance environ 90 % pour l’an dernier. Les chiffres varient selon la période et la méthode, mais la dépendance est massive. Inversement, près de la moitié des exportations canadiennes de potasse vont aux États-Unis, pour 4,2 milliards de dollars.
Pourquoi maintenant?
Trois éléments se combinent.
La guerre commerciale. Les négociations ont échoué le mois dernier, Ottawa ayant quitté la table face à des exigences américaines de dernière minute, dont des restrictions sur la conclusion de nouveaux accords commerciaux avec d’autres pays. Depuis, Washington a multiplié les droits de douane. La potasse en est pourtant exemptée, précisément à cause de la dépendance américaine. Pour Reuters, l’annonce montre que Trump est prêt à utiliser des fournisseurs alternatifs comme levier dans ses différends avec le Canada. L’expression «punir le Canada» reflète donc une lecture largement partagée de l’intention, mais c’est une interprétation, pas un objectif que Washington aurait formulé ainsi.
Le dégel avec Minsk. Les États-Unis ont levé plus tôt cette année les sanctions visant Belaruskali, la société publique de potasse, après des promesses de libération de prisonniers politiques. L’émissaire américain John Coale a obtenu la libération d’au moins des centaines de personnes. Mais lors de sa dernière visite, il n’en a obtenu que 25, très loin des 200 annoncés. Les défenseurs des droits humains dénoncent un «carrousel»: de nouvelles arrestations remplaceraient les libérations.
La flambée des engrais avant les élections. Les prix ont grimpé après la guerre des États-Unis contre l’Iran, qui a réduit les livraisons par le détroit d’Ormuz, à quelques semaines de midterms où les États agricoles comptent beaucoup.
Pour quoi l’affaire est logistiquement stupide
Les obstacles sont nombreux, et les analystes doutent de l’effet réel.
La logistique. La Biélorussie est enclavée. Elle ne peut plus utiliser le port lituanien de Klaipeda, ni les installations d’Ukraine, de Pologne ou de Lettonie, ce qui ne laisse que les ports russes. Les sanctions de l’UE restent en vigueur, et rien n’indique que la Lituanie rouvre cette route.
Les volumes. Selon BMO, les États-Unis consomment environ 10 millions de tonnes par an, surtout de la potasse granulaire, contre environ 12 millions produites en Biélorussie, réparties entre plusieurs qualités. Surtout, Alexandre Loukachenko a déclaré que son pays ne pouvait pas fournir de gros volumes, sa production étant déjà engagée pour l’année.
Le prix. L’analyste de BMO Joel Jackson s’attend, si des tonnes biélorusses arrivent, à des prix de marché plutôt que de gros rabais. La potasse s’échange à environ 350-360 dollars la tonne courte à La Nouvelle-Orléans, un niveau déjà rémunérateur pour Minsk.
Le besoin réel des agriculteurs. Un analyste de StoneX estime que le problème est le phosphate et l’azote, pas la potasse.
Effets sur le marché
Sur le marché, Nutrien a perdu environ 2,3 % lundi et Mosaic 0,4 %. BMO juge que le risque principal est psychologique : la perspective de tonnes biélorusses pourrait dissuader Nutrien et Mosaic de relever fortement les prix nord-américains, même si la Biélorussie ne peut pas alimenter le marché américain.
Côté canadien, le premier ministre de la Saskatchewan Scott Moe a dénoncé une «potasse du sang»: acheter à la Biélorussie reviendrait à soutenir l’agression russe. Mark Carney a répondu que la potasse canadienne est fiable et compétitive. Moe a aussi admis qu’un accord commercial restait souhaitable, même avec un interlocuteur auquel on ne fait pas confiance.
Coup d’œil sur les marchés
Les Bourses européennes ont terminé en baisse mercredi, sous l’effet d’une nouvelle hausse des prix du pétrole et des rendements obligataires, les dernières déclarations des dirigeants américain et iranien jetant le doute quant aux efforts visant à mettre fin au conflit. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,39% à 8.123,41 points. À Francfort, le Dax a reculé de 0,59% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,03%. L’indice EuroStoxx 50 a fini sur un recul de 0,31%, le FTSEurofirst 300 a perdu 0,39% et le Stoxx 600 a reculé de 0,37%. A Paris, TotalEnergies a fini sur un gain de 1,8%, aidé par la hausse des prix du pétrole. Le secteur de l’énergie sur le Stoxx 600 (+1,34%) a été, avec la défense (+1,29%), le seul à enregistrer des gains significatifs mercredi. JD Sports a reculé de 5,7% alors que le distributeur d’articles de sport a fait était d’une baisse de 19,7% de son bénéfice semestriel. Arcadis a abandonné près de 3%, après que la société d’ingénierie canadienne WSP Global WSP.TO a retiré son offre publique d’achat sur la société néerlandaise de conseil et d’ingénierie. L’Oréal cède 2,3% malgré le soutien de HSBC qui a renouvelé sa recommandation d’achat sur le titre, assortie d’un objectif de cours de 450 euros. BAE Systems (1,51%) conclut la séance sur un gain de 2% à Londres. Le groupe a annoncé aujourd’hui qu’il allait fournir des composants destinés aux systèmes d’armes d’artillerie et de véhicules blindés du ministère britannique de la Défense au cours des quatre prochaines années. Enfin, alors que la hausse des coûts du carburant et les contraintes de raffinage pourraient pousser les prix du transport aérien à la hausse, Ryanair (-1,11%) a fait savoir qu’elle entendait maintenir sa politique tarifaire : « pas de surcharge carburant », a assuré son CEO, Michael O’Leary.
En Suisse, le Swiss Market Index (SMI) a perdu 0,23%. Le chimiste de la construction Sika (-2,1%) a hérité de la lanterne rouge derrière le laboratoire cosmétique et dermatologique Galderma (-1,8%) et le géant de l’assurance Helvetia Baloise (-1,7%), sans indications particulières. UBS (-1,7%) aussi a fini par perdre pied, qui a vu le conseil des Etats voter en faveur de la variante issue du Centre proposant une couverture à 90% par des fonds propres dits durs (CET1) des filiales étrangères de la banque aux trois clefs. Une défaite pour les dirigeants de l’établissement qui souhaitaient disposer d’une plus grande de marge de manoeuvre en la matière. Le conseil national doit encore se prononcer. Parmi les poids lourds de la cote, Roche (-0,3%) n’a guère profité des résultats intermédiaires positifs avec son médicament expérimental sefaxersen chez des adultes atteints de néphropathie à IgA primaire (IgAN). Novartis (+1,0%) a profité de son potentiel de rattrapage conséquent à la suite d’une série de revers cliniques.
Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 9 points de base à 3,5450%. Le deux ans a gagné 7,8 points de base à 3,2850%. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a grimpé de 14,6 points de base pour finir la séance à 4,638%, un plus haut depuis 2008. Le « spread », ou écart de rendement entre l’obligations allemandes et françaises à 10 ans s’est encore amplifié mercredi pour atteindre les 110 points de base (pdb). Il avait dépassé vendredi les 100 pdb pour la première fois depuis 2012.
Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 9 points de base à 3,5450%. Le deux ans a gagné 7,8 points de base à 3,2850%. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a grimpé de 14,6 points de base pour finir la séance à 4,638%, un plus haut depuis 2008. Le « spread », ou écart de rendement entre l’obligations allemandes et françaises à 10 ans s’est encore amplifié mercredi pour atteindre les 110 points de base (pdb). Il avait dépassé vendredi les 100 pdb pour la première fois depuis 2012.
Aux Etats-Unis, le Dow Jones a cédé 0,68%, le Nasdaq a perdu 1,13% et l’indice élargi S&P 500 a reculé de 0,75%. Côté entreprises, les valeurs technologiques ont fait grise mine, minées par la hausse des coûts d’emprunt et des prises de bénéfices. Alphabet (Google) a perdu 3,58%, Nvidia a reculé de 1,47% et Oracle de 3,11%. La chaîne de restauration rapide McDonald’s a glissé de 4,81% à 238,32 dollars après avoir annoncé le lancement d’un nouveau programme pluriannuel de formation des employés. Le géant du fast-food prévoit aussi d’investir environ 8,5 milliards de dollars d’ici à 2036 pour aider ses franchisés à moderniser leurs équipements, selon un communiqué publié mercredi.
L’indice PMI composite préliminaire de S&P Global a bondi à 58,4 en septembre, contre 56,0 en août, atteignant son plus haut niveau depuis juillet 2021. L’activité a accéléré aussi bien dans les services que dans l’industrie manufacturière, mais les entreprises ont également signalé une forte hausse de leurs coûts, notamment énergétiques, ravivant les inquiétudes inflationnistes. Le rendement des Treasuries à dix ans a ainsi bondi de plus de 15 points de base pour atteindre 5,1%, son plus haut niveau depuis 2007.
Ce matin en Asie : La moyenne Nikkei a progressé jeudi, dans une semaine écourtée par des jours fériés, les actions liées aux processeurs s’envolant après que le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, a dévoilé un petit gadget portable baptisé Meta Charm, alimentant la demande pour des composants informatiques clés. À la pause de la mi-journée, le Nikkei gagnait 1,33% à 65 883,41. L’indice élargi Topix prenait 0,12% à 4 ’096,01. Les actions hongkongaises ont reculé au début de la séance , sur fond de nouvelles craintes de hausse des taux des banques centrales après la publication d’indicateurs économiques clés aux États-Unis, avant des discussions de haut niveau entre des délégations américaine et chinoise attendues plus tard dans la journée. L’indice Hang Seng a cédé 0,7%. L’indice Hang Seng China Enterprises a également perdu 0,7%.
L’or au comptant était stable à 4’285,31 $ l’once. Parmi les autres métaux, l’argent au comptant a reculé de 0,6 %, le platine était stable et le palladium a progressé de 0,2%.
Les prix du pétrole ont légèrement baissé après avoir grimpé de 4% lors de la séance précédente, l’Iran ayant déclaré rester ouvert à la diplomatie pour mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, même si les deux pays restent très éloignés sur les moyens d’y parvenir. Les contrats à terme sur le Brent ont perdu 94 cents, soit 0,9%, à 102,13 dollars le baril, tandis que les contrats à terme sur le West Texas Intermediate ont cédé 59 cents, soit 0,7%, à 91,56 dollars.