Hier après-midi, les États-Unis ont bombardé l'Iran pour la deuxième fois en cinq jours. Téhéran a riposté sur une base américaine en Jordanie, Bahreïn a demandé à ses habitants de rejoindre l'abri le plus proche et le Koweït a abattu des drones. Une soirée tranquille, décidée par des types planqués dans une Maison Blanche à 11'300 kilomètres de là. Et pendant que tout ça passait en direct, l'or a perdu 2,5%. L'argent 3,4%. La valeur refuge historique, celle qu'on achète PRÉCISÉMENT pour les soirs comme celui-là, s'est fait ramasser pendant qu'on bombardait le Golfe Persique.

L’Audio du 2 septembre 2026

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Mais le vrai sujet du jour ce n’est ni la guerre ni Trump — ça, plus personne ne s’y intéresse depuis des mois. C’est que les deux assurances qu’on vend aux investisseurs depuis cinquante ans ont sauté le même après-midi.

L’or a eu peur de rien

Dans le manuel du parfait petit investisseur, à ce stade, l’or monte. C’est même à peu près la seule chose que le manuel garantit. Sauf qu’hier soir, l’once a fini à 4’328 dollars, en baisse de 2,5%. Pas besoin de paniquer ni d’appeler votre psy en urgence : il y a une explication. Hier, ça n’était pas une séance de peur, c’était une séance de taux. Quand le rendement réel — celui qui reste une fois l’inflation déduite — grimpe à 2,44%, son plus haut depuis fin 2023, détenir un métal qui ne verse ni coupon ni dividende devient un luxe. Vous avez le choix entre un Vreneli qui vous rapporte zéro et un papier de l’État américain qui vous paie 4,8% pendant que vous dormez. Le marché a choisi le papier. Il a peut-être tort, mais il a choisi.

Et le Bitcoin ? À 77’000 dollars, il n’a pas bougé d’un poil. On nous avait promis l’actif anti-système. Le système craque, et le graphique ressemble à un électrocardiogramme de marmotte.

Ce n’est pas l’inflation, c’est l’addition

L’obligataire, c’est LE sujet, et il est mondial. Le 10 ans japonais a touché 3,01%, du jamais-vu depuis 1996. Le 30 ans britannique est au plus haut depuis 1998, le 10 ans français depuis 2008, le Bund depuis 2011. Aux États-Unis, le 10 ans est ce matin à 4,81% et le 30 ans à 5,29%. Le seul endroit du monde développé où il ne se passe rien, c’est la Suisse, avec un 10 ans à 0,41% qui n’a pas bougé depuis que le Général Guisan a pris sa retraite. Tiens, d’ailleurs, la dette américaine vient de franchir les 40’100 milliards.

Tout le monde vous expliquera ce matin, avec une assurance magnifique, que les taux montent à cause du baril et de l’inflation. C’est faux, et deux chiffres suffisent. Depuis le 27 février, veille du début de la guerre, le 10 ans américain a pris 83 points de base. Sur ces 83 points, 76 viennent du rendement RÉEL. Les anticipations d’inflation à dix ans, elles, sont passées de 2,26% à 2,34%. Huit points de base en six mois de guerre, de baril à 90 dollars et de gaz européen au plus haut depuis janvier 2023. Autant dire rien du tout.

On traduit

Traduction pour ceux qui se foutent des statistiques : le marché obligataire ne panique pas sur les prix, il panique sur la quantité de papier qu’on lui demande d’avaler. Il y a dix ans, la moitié des bons du Trésor dormaient dans des banques centrales, c’est-à-dire chez des gens payés pour acheter sans regarder l’étiquette. Aujourd’hui, 75% du stock est chez des investisseurs privés qui, eux, regardent l’étiquette, comparent et râlent. Et par-dessus, les entreprises américaines ont émis 1’700 milliards de dette cette année, dont 200 milliards pour les seuls géants de la tech qui construisent leurs data centers — soit le quart de ce que le Trésor place chez les privés. L’an dernier, c’était cinq fois moins. L’État américain se fait donc concurrencer sur son propre marché par des boîtes qui ont un meilleur bilan que lui. Pas besoin d’avoir fait Sciences Po : regardez les clowns qui nous gouvernent, vous avez envie de leur prêter deux balles ? Moi, à Trump, je ne prêterais même pas la pièce du chariot au supermarché.

Le centriste

Là-dessus, Michael Barr, le centriste de service de la Fed, celui qui ne fait jamais de vagues, a expliqué hier qu’il faudrait « agir de manière décisive » si l’inflation ne reculait pas, en citant la réunion des 15 et 16 septembre. La probabilité d’une hausse est passée à 68%, et elle prend trois ou quatre points par jour. À ce rythme, le 16 septembre, on sera à 112%.

Dix-sept millions de barils dans cinq bateaux

Passons au mythomane du matin. Le secrétaire américain à l’Énergie a déclaré cette nuit que 17 millions de barils avaient transité par le détroit d’Ormuz lundi. DONC, selon Washington, tout roule, circulez, y a rien à voir. Le même lundi, les données de suivi maritime — publiques, accessibles à n’importe qui — ont compté exactement cinq navires ayant traversé le détroit. Cinq. Faisons le calcul ensemble : 17 millions divisés par cinq, ça fait 3,4 millions de barils par bateau. Le plus gros pétrolier du monde en transporte 2 millions. Il faudrait donc que chacun de ces cinq navires soit 70% plus grand que le plus grand navire jamais construit. Soit Washington a inventé une nouvelle catégorie de bateau, soit on nous prend pour des cons. Je ne me prononce pas. Mais le baril, lui, a fait son choix : le WTI est à 91,40 ce matin et le Brent à 96,15, soit 59% et 55% de hausse depuis le 1er janvier.

Le reste, vite fait

Troisième séance de baisse à New York, et surtout le Dow qui clôture sous sa moyenne mobile à 50 jours pour la première fois depuis le 10 avril. Ça ne veut pas dire que le monde s’écroule, ça veut dire que les modèles quantitatifs vont se mettre à vendre parce que d’autres modèles quantitatifs se sont mis à vendre. C’est aussi simple que ça. Pendant ce temps, Dell s’est pris 7% en séance avant de reprendre 9% après la clôture, avec une prévision annuelle relevée de 167 à 192 milliards — vingt-cinq milliards de chiffre d’affaires ajoutés en une seule révision. Le titre affiche 238% depuis janvier, pas parce qu’il a inventé quelque chose, mais parce qu’il livre. Le vieux principe de la ruée vers l’or : personne ne sait qui trouvera la pépite, tout le monde sait qui vend les pelles.

Le programme

Ce matin, les futures sont stables à légèrement positifs, mais l’Asie encaisse : le Nikkei perd 1,6%, le Kospi près de 3%, l’Australie 1,1%. Le yen est passé sous les 160 pour un dollar. Aujourd’hui : décision de taux en Nouvelle-Zélande et au Canada, l’ADP à 14h15 — on attend 48’000 créations —, les stocks pétroliers à 16h30 et le Livre beige de la Fed à 20h00. Après la clôture, Broadcom, Hewlett Packard Enterprise et Snowflake. Et vendredi, les chiffres officiels de l’emploi.

Dernière chose. Hier au G20, le secrétaire américain au Trésor a expliqué que les sanctions contre l’Iran fonctionnaient parfaitement. Je cite : « nous sommes en train d’enterrer la tête du serpent iranien. Le serpent ne sait pas encore qu’il est mort, mais il arrêtera de gigoter quand le soleil se couchera. » Le même homme, dans la même conférence, a annoncé qu’Ormuz serait « une étendue d’eau sans valeur » dans deux ans. Souvenez-vous d’un détail : ce monsieur est aussi celui qui doit vous vendre, à vous, plus de 230 milliards de dollars d’obligations à dix, vingt et trente ans chaque trimestre. Vous prêteriez trente ans de votre argent à un type qui parle de serpents au coucher du soleil ?

Ça, c’était la version courte. La vraie, celle où je prends le temps de dérouler et de m’énerver, sort tous les matins à 7h sur Morningbull.ch. C’est 19 francs par mois et ça arrive dans votre boîte mail avant l’ouverture européenne, et ça vous évite de découvrir à midi que l’or a baissé un jour de bombardement.

Passez une excellente journée et à demain !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

« Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme quand son salaire dépend de ce qu’il ne le comprenne pas. »
Upton Sinclair