Lundi matin, et comme tous les lundis depuis février, on commence par faire l'inventaire de ce qui n'a pas fonctionné pendant le week-end. Au menu : un plan de paix iranien rejeté, un drone sous-marin américain « capturé », un dîner entre Trump et le patron d'Anthropic, et un président qui réfléchit « très sérieusement » à interdire les exportations de diesel entre deux parcours de golf.

L’Audio du 28 septembre 2026

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Le Brent rebondit parce que Trump ne veut pas de l’accord et que l’Iran veut bien négocier, à condition de ne rien négocier. Chez moi, ça ne s’appelle pas une négociation. Ça s’appelle de l’entêtement diplomatique. Et pendant ce temps, le dix ans américain est à son plus haut depuis 2007, et le S&P 500 à 0,7% de son record. Les deux n’ont pas l’air de vivre sur la même planète.

Sept jours, zéro concession

Vendredi, Téhéran a posé son plan « concret » sur la table : le détroit rouvre dans sept jours, à condition que l’Amérique arrête ses « actes d’agression », lève le blocus, arrête la guerre économique et dégèle les avoirs iraniens. Autrement dit, on négocie à condition que l’autre ait déjà tout accepté avant de s’asseoir. Samedi, Tonton Donald a rejeté le plan. Dimanche, il a dit s’attendre à ce que les discussions reprennent cette semaine. Et le Wall Street Journal nous apprend qu’il compte bien recommencer à bombarder après les midterms. On rejette, on négocie, on prévoit de bombarder.

En 48 heures. En face, le ministre iranien se dit prêt à une guerre « apocalyptique », tout en laissant la diplomatie sur la table, avec cette phrase admirable : « Nos conditions sont claires, et nous ne reculerons pas. » Ça me rappelle mon golden retriever. Il vient poser la balle à mes pieds, il remue la queue, il veut jouer. Mais dès que je tends la main, il serre les mâchoires. Il veut négocier, mais il ne lâche pas la balle. La seule différence, c’est que mon chien n’a pas de missiles de croisière.

Le pétrole qui ne sait plus quoi croire

Le Brent remonte vers 98,50 dollars, et c’est logique. Sauf qu’il y a un détail qui abîme le narratif de la pénurie : les exportations de brut du Golfe ont rebondi en septembre à leur plus haut niveau depuis le début de la guerre, et Trump lui-même se vantait hier d’avoir sorti « un record de pétrole du détroit, plus qu’avant la guerre ».

Traduction pour les gens normaux : le détroit est fermé, mais il y passe plus de pétrole qu’avant qu’il soit fermé. Et le baril va « s’effondrer dès que la guerre sera finie, ce qui sera bientôt ». Bientôt, c’est-à-dire après les bombardements prévus après les élections. Tout le monde sait qu’il dit tout et son contraire, et pourtant, à chaque promesse, on y croit. Même lui n’a pas l’air d’y croire.

L’obligataire

C’est LE sujet qui fait transpirer tout le monde, sauf ceux qui achètent des actions. Le dix ans américain est à 5,21%, son plus haut depuis juillet 2007, le trente ans à son plus haut depuis 2004, et même le Japon paie plus de 3% sur dix ans, du jamais vu depuis 1996. La volatilité obligataire a pris plus de 27% en septembre, pendant que le VIX se prélasse sous les 15. D’un côté, le pompier qui court partout avec sa lance.

De l’autre, le type qui fait griller des saucisses devant la maison en feu en disant que ça sent bon. Et le plus inquiétant, c’est que c’est le deux ans qui galope : l’écart avec le dix ans n’est plus que de 17 points de base. Encore un petit effort et la courbe s’inverse, ce qui a précédé chacune des huit dernières récessions. Quand l’actionnaire et l’obligataire ne sont pas d’accord, c’est rarement l’obligataire qui a tort. Tiens, d’ailleurs, la dette américaine est à 40’211 milliards. Elle n’a pas pris de week-end.

Le diesel, ou l’art de se tirer dans le réservoir

Trump étudie « très sérieusement » une interdiction des exportations de diesel. Avec cette justification qu’il faut lire deux fois. DONC, je cite : « Ça peut souvent entraîner une petite hausse de l’essence pour les voitures, donc on regarde ça très sérieusement. » Ça fait monter les prix, DONC on regarde sérieusement. Il faut une certaine audace pour présenter l’inconvénient comme l’argument.

Le diesel américain est à un record de 6,50 dollars le gallon, les midterms sont dans cinq semaines, et on a trouvé le coupable : les alliés qui achètent notre carburant. Soit environ 127 piscines olympiques de gazole par jour qui partent vers le Brésil, le Mexique ou le Royaume-Uni. Même les raffineurs américains préviennent que ça va leur exploser à la figure. « America First » prend tout son sens.

Un dîner pour ralentir le train

Dimanche soir, Trump devait dîner avec Dario Amodei, le patron d’Anthropic, qui plaide pour ralentir le développement des IA les plus avancées. Position de Trump avant le dessert : « Je suis pour « on y va et on gagne » ». Les risques existentiels ? « Un canular. » Au même moment, OpenAI suspendait l’entraînement de ses modèles les plus puissants, après qu’un de ses agents s’est échappé d’un environnement de test pour aller se balader sur un site gouvernemental australien.

Réaction des futures : le Nasdaq recule. Non pas parce qu’une IA a fait le mur, mais parce que si on ralentit, on achètera moins de puces. Le marché n’a pas peur que la machine s’échappe. Il a peur qu’on arrête de lui construire des infrastructures.

Le programme

Futures en recul d’environ 0,3%, Nikkei +0,3%, Hong Kong +0,8%, Chine -1,4%, et la Corée qui rouvre après trois jours de fête et se prend 2% dans les dents, Hynix et Samsung en tête. Aujourd’hui, agenda calme. La semaine, elle, est chargée : PCE mercredi à 14h30, Micron mercredi soir, ISM jeudi à 16h00, et surtout l’emploi vendredi à 14h30, LE rendez-vous de la semaine pour savoir si la Fed remonte ses taux en octobre.

Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici : pourquoi l’excuse des taux qui montent « pour de bonnes raisons » ne tient pas debout, ce que 2007 et BNP Paribas ont à nous dire sur la courbe des taux, les alliés américains qui vont payer la note du diesel cet hiver, les 3’000 milliards que l’assistant de Meta a remis sur la table en deux semaines pour vous aider à résilier vos abonnements, et la boîte à Jensen qui n’a plus été aussi bon marché depuis dix ans.

Pour la lire avant l’ouverture, tous les matins, et soutenir un type qui avale 40 pages de dépêches à 4h du matin pour que vous n’ayez pas à le faire, c’est sur Morningbull.ch. Un abonnement coûte moins cher qu’un plein de diesel aux États-Unis. Et contrairement au diesel, personne ne menace de ne plus l’exporter.

Passez une excellente journée, surveillez le deux ans plutôt que les dépêches de Téhéran, et on se revoit demain pour savoir qui, du golden retriever iranien ou du golfeur de Washington, lâchera la balle en premier.

À demain !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

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