Dans huit jours, l'Amérique votera. Dans deux jours, la Fed décidera. Dans deux jours et demi, Microsoft et Alphabet nous expliqueront si l'intelligence artificielle est un business ou une religion. Jeudi, Amazon, la BCE et le PIB américain. Vendredi, la Banque du Japon. Et quelque part entre tout ça, un troisième porte-avions qui fait route vers le Golfe en attendant tranquillement la fin du dépouillement aux États-Unis. La séance de vendredi tient en une ligne : le Dow a lâché plus de 650 points et le S&P a bouclé sa deuxième semaine de baisse d'affilée.

L’Audio du 26 octobre 2026

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Le vrai sujet, c’est que nous entrons dans la semaine la plus chargée de l’année avec le réservoir à moitié vide et le voyant moteur qui clignote en rouge. C’est le jour du contrôle technique. Et tout le monde y va en priant pour tomber sur le fonctionnaire qui ne s’est pas pris la tête avec sa femme hier soir.

L’inventaire

Le S&P 500 gagne encore 11,4% depuis janvier et reste à quelques pourcents de ses records. Sauf qu’il a perdu 1,6% sur le dernier mois et que la tech s’est fait démolir deux semaines de suite. Ce que le marché VEUT croire tient en un chiffre : 29,5% de croissance des bénéfices attendue au troisième trimestre. AU MOINS. Sauf que si on enlève la tech et l’énergie, l’entreprise médiane du S&P fait du 10%. Banal. Pendant ce temps, l’économie américaine tourne à plus de 3%, les marges des entreprises frôlent 16%, et le moral des ménages a perdu un tiers depuis l’arrivée de Trump. Parce que le gallon d’essence a pris 40% en un an. Et le président vient d’expliquer que le coût de la vie était un « canular » inventé par les démocrates. Expliquer à des gens qui font le plein tous les deux jours que leur ticket de caisse est une fake news, c’est audacieux. Dernier chiffre pour la route : si les marges et les valorisations étaient restées au niveau d’il y a dix ans, le S&P 500 vaudrait aujourd’hui 45% de moins. Ceci en partant du principe que la bourse est encore le reflet de l’économie. Ce dont je suis de moins en moins convaincu.

Deux calendriers

Le 3 novembre, toute la Chambre et un tiers du Sénat sont remis en jeu, et les sondages donnent les démocrates favoris. Trump a donc sorti l’arme lourde : un « dividende » de 5’000 dollars à chaque adulte américain si les républicains gardent le Congrès. À vue de nez, autour de 1’300 milliards, payés par un État qui en doit déjà plus de 40’000. C’est ce qu’on appelle payer sa tournée avec la carte de crédit de la société qui va nous virer dans deux ans.

Et le marché vit maintenant avec deux calendriers sur la porte du frigo. Celui des statisticiens dit que depuis 1950, le S&P 500 a gagné en moyenne 15,5% entre le jour des midterms et le 30 juin suivant, et qu’il n’a JAMAIS fini en baisse sur la période. La meilleure stratégie, c’est d’éteindre la télé et d’acheter le jour du vote. Celui du Pentagone dit que l’armée a préparé des options de frappes contre l’Iran POUR APRÈS les élections, et que la période jusqu’à l’installation du nouveau Congrès, début janvier, pourrait être « particulièrement dangereuse ». Traduction pour les gens normaux : on ne bombarde pas avant de voter, parce que ça fait monter l’essence, mais après, on a les mains libres pendant deux mois. Vendredi, Trump parlait de faire « un autre petit Epic Fury ». Un « petit » Epic Fury. Comme nous on dirait un petit verre pour la route. Donc les statistiques vous disent d’acheter le 3 novembre, et le calendrier militaire vous dit que c’est précisément à partir du 4 que ça peut chauffer. Ajoutez les élections israéliennes de demain, où Netanyahu joue sa survie, et la géopolitique a pris un ticket de première classe pour chaque séance. Les statistiques de 1950 n’ont pas été établies avec un porte-avions qui attend la fin du dépouillement.

Et pour ceux qui pensent que le scrutin lui-même est le seul risque, petit détour par le Brésil. Hier soir, Lula a remporté un quatrième mandat à 80 ans, avec 51,8% des voix. Un fonds sur les actions brésiliennes coté à Tokyo a plongé jusqu’à 16% ce matin. Mais le détail qui compte, c’est le perdant : Flávio Bolsonaro refuse de reconnaître sa défaite et réclame l’annulation du scrutin. Un candidat battu qui crie au vol. Ça ne vous rappelle personne ? Le vrai risque du 3 novembre, ce n’est pas le résultat. C’est la contestation du résultat.

Les taux et le pétrole

L’argent qui fuit l’intelligence artificielle continue d’aller se planquer dans la dette américaine : le 10 ans est retombé sous les 5%. Mercredi, la Fed de Kevin Warsh devrait ne rien faire. Mais le sujet, c’est déjà décembre, comme les supermarchés qui sortent les décorations qui clignotent : le marché parie de plus en plus sur une nouvelle hausse avant Noël, parce que l’inflation est à 3,7% et que le baril va FORCÉMENT finir dans le prix du diesel, puis du pain, puis de tout le reste. Et Warsh ne prévient plus avant de décider : plus d’indication, plus d’indice, même pas un état d’âme. Depuis son arrivée, la Fed n’a jamais été autant un mystère à déchiffrer.

Le Brent, justement, qui a terminé vendredi à 116,72 dollars, retombe vers 110 ce matin : les bombardements promis pour le week-end ont été repoussés à une date ultérieure. Mais le vrai feu prend en Arabie saoudite, où les Houthis tirent sur le royaume comme on lance des pétards un soir de 1er août. Et pendant ce temps, Washington a débloqué vendredi 400’000 barils de sa réserve stratégique pour dépanner une raffinerie en Louisiane. La planète en consomme environ cent millions par jour. Ça fait donc à peu près six minutes de consommation mondiale. Le temps de faire chauffer une pizza surgelée. Le prix à la pompe, lui, ne redescendra pas avant les élections.

Le vrai test

179 sociétés du S&P publient cette semaine, dont Microsoft, Alphabet et Amazon, près de 11’000 milliards de dollars à elles trois. Et la barre touche le plafond : 83% des sociétés ont déjà battu les attentes, et ça ne rapporte plus rien. L’élève qui ramène un 5,5 se fait engueuler parce que tout le monde attendait 6 et ESPÉRAIT 6,5. Mais la question n’est plus de savoir combien ils vendent. C’est COMMENT ils financent. Depuis Meta, l’IA est passée des ventes à la dette. Elon Musk a d’ailleurs sorti la phrase du week-end : SpaceX aurait bouclé 40 milliards de dette pour acheter des puces Nvidia, le marché du crédit serait « presque entièrement fermé » pour tous ceux qui n’ont pas d’autres revenus que les data centers, et les quelque 200 « néoclouds », ces loueurs de serveurs pour l’IA, vont connaître selon lui « une mort de guppy ». Le guppy, c’est le petit poisson qu’on retrouve le ventre en l’air un lundi matin. Détail savoureux : selon des gens proches du dossier, le deal de SpaceX n’était PAS encore bouclé hier. Mais l’important, c’est d’annoncer qu’on est le seul poisson qui a encore de l’oxygène. Quant aux hedge funds, ils sont désormais short sur les actions américaines à des niveaux plus vus depuis presque cinq ans. Petite précision : c’est exactement le carburant d’une remontée violente le jour où Microsoft publierait le 6,5 qu’on n’osait plus rêver.

Le programme

Les futures américains sont en légère hausse, la Corée perd 1,6% sur les doutes autour de l’IA, et le Brent est vers 110 dollars. Aujourd’hui, Ifo allemand à 10h et Verizon côté résultats. Demain, Novartis, Visa, Coca-Cola, Boeing et les élections israéliennes. Mercredi, UBS, la Fed à 19h, Microsoft et Alphabet, LE rendez-vous de la semaine. Jeudi, le PIB, la BCE et Amazon. Vendredi, la Banque du Japon. Dormez avec le téléphone allumé.

Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. Les politiciens français qui se félicitent d’une NON-décision de Moody’s comme d’une preuve de confiance, pendant que l’Italie est jugée meilleure débitrice que Paris, et mon choix électoral entre les candidats à l’Élysée et une huître pas fraîche. L’assurance contre la faillite de CoreWeave qui coûte plus de 10% par an, et ce que ça dit de la suite pour l’IA à crédit. UBS et les 12’000 emplois suisses dans la balance. Les quatre choses à surveiller ces huit prochains jours, la leçon de 2018 qu’il ne faut surtout pas oublier, et Trump qui invente la diplomatie de Schrödinger. Pour lire tout ça, c’est sur Morningbull.ch, et l’abonnement se prend en deux minutes. Abonnez-vous : à huit jours d’un vote qui peut tout faire basculer, mieux vaut savoir quel calendrier regarder.

Passez une excellente journée, et on se revoit demain pour la suite du feuilleton. Ou pas.

Thomas Veillet

Morningbull.ch

« Volatility is not chaos — it’s the voice of the market breaking its mask. »
Rafael J. Davila