Une industrie allemande fragilisée. L’industrie allemande a besoin d’une remise à plat.

Fin 2025, les entreprises industrielles allemandes employaient 496’000 personnes de moins qu’en 2019, une baisse de 7,1%. Le secteur automobile a été le plus durement touché, avec 123’000 suppressions d’emplois, un recul de 13%.

En septembre, Volkswagen a annoncé la suppression de 50’000 postes à l’échelle mondiale dans les années à venir, qui s’ajoutent aux 50’000 déjà actées. Quatre usines allemandes sont menacées. Le groupe prévoit également de geler les salaires dans le monde entier jusqu’en 2030, une information confirmée par le syndicat IG Metall. Les salariés pourraient ainsi perdre 10% de leur pouvoir d’achat.

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Le secteur métallurgique a lui aussi enregistré une baisse marquée de ses effectifs, perdant 115’000 emplois sur la période, tandis que le secteur des machines-outils en a perdu 65’000. Parallèlement, 2,2 millions d’emplois ont été créés dans le secteur des services. Les piliers sur lesquels reposait jusqu’ici la prospérité allemande sont en train de disparaitre.

Protectionnisme européen. Si l’UE ne recherche pas le conflit, elle doit être prête à se défendre, elle et son tissu industriel.

Friedrich Merz, conservateur et fervent défenseur du modèle allemand d’exportation, a durci sa position vis-à-vis de la Chine. Il a trouvé un terrain d’entente avec le président français pour doter l’UE d’instruments commerciaux plus robustes. Ce changement marque une rupture avec la stratégie traditionnelle de Berlin, qui cherchait à éviter toute mesure susceptible de déclencher un conflit commercial. Les dirigeants européens se sont ralliés autour d’un arsenal commercial renforcé, incluant une disposition qui, dans des cas extrêmes, permettrait de fermer le marché européen, fort de 450 millions de consommateurs, à certains concurrents.

Tout en réaffirmant son attachement au libre-échange, Merz a souligné que ces mesures ne s’apparentaient en rien aux politiques protectionnistes fondées sur des droits de douane, telles que prônées par Trump. C’est même tout le contraire: le marché US est fermé à la plupart des produits chinois, ce qui n’est pas le cas en Europe. Le marché européen est ouvert et souhaite le rester.

Entre sous-évaluation des devises, subventions et surcapacités, ces déséquilibres créent une situation de concurrence déloyale. La Chine a, à maintes reprises, affirmé sa volonté de dominer le commerce mondial. Le contrôle qu’exerce Pékin sur l’approvisionnement en terres rares constitue un puissant moyen de dissuasion, alors même que l’Europe cherche à limiter ses importations en provenance de Chine et à sécuriser les matériaux indispensables à ses industries.

L’Allemagne dispose des ressources financières

Le «German Venture and Growth Forum», qui regroupe plus de 20 fonds locaux de capital-risque et de capital-développement, représentant 28 milliards d’euros d’actifs, soutient que l’Allemagne doit mobiliser davantage de capitaux institutionnels nationaux pour financer la prochaine génération d’envergure mondiale d’entreprises technologiques. Au S1 2026, seuls 5,1 milliards ont été investis dans des startups allemandes, dont moins d’un tiers provenait d’investisseurs nationaux. À titre de comparaison, 70% des investissements réalisés dans les entreprises US en phase de croissance proviennent de sources domestiques. Le Forum estime que, pour atteindre des niveaux comparables à ceux des US-Unis, rapportés à la taille de l’économie, il faudrait injecter 30 milliards supplémentaires par an en Europe, dont 15 milliards rien que pour l’Allemagne.

Les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fondations allemands gèrent au total €2’800 milliards, mais leurs investissements restent concentrés sur des actifs traditionnels. Selon l’OCDE, les fonds de pension allemands ont enregistré un rendement nominal moyen de 2,9% sur 5 ans, soit un rendement réel de -0,6%. À titre de comparaison, les fonds de pension US ont affiché un rendement nominal de 5,3% et un rendement réel de 1,2%. Au cours de la dernière décennie, les investisseurs institutionnels allemands ont alloué, en moyenne, 400 millions par an à des fonds européens de Private Equity, soit 0,1% de leurs actifs. Porter cette part à 2% permettrait de mobiliser 15 milliards d’investissements supplémentaires par an.

La compétitivité et la souveraineté technologique de l’Allemagne dépendent de sa capacité à développer et à retenir des entreprises technologiques à forte croissance. L’enjeu ne consiste pas seulement à attirer des investissements, mais à garantir que les entreprises qui façonneront l’économie de demain puissent obtenir les capitaux dont elles ont besoin.

Attirer les investissements étrangers

L’Allemagne a organisé sa propre version du sommet «Choose France». L’événement a abouti à des promesses d’investissement de 230 milliards d’euros. La première édition du sommet français avait permis de recueillir 93 milliards. Cet afflux de capitaux constitue une bonne nouvelle pour l’Allemagne, qui fait face à une série de problèmes structurels. Sa croissance (1,3% pour 2026) repose sur l’investissement public.

Affaibli par des revers électoraux, des dissensions gouvernementales à répétition et une popularité au plus bas, Merz cherche à redorer son image. Au pouvoir depuis 17 mois, sa coalition a misé sur des allègements fiscaux et réglementaires pour stimuler une économie en stagnation. Toutefois, les milieux économiques pressent le gouvernement d’accélérer les réformes.

Le gouvernement entend continuer à améliorer les conditions d’investissement en allégeant les lourdeurs administratives et en accélérant la délivrance des permis de construire. Pour soutenir sa croissance, Berlin peut compter sur les investissements publics dans la défense et les infrastructures, mais les capitaux privés peinent à affluer. Quant aux entreprises, tout comme les ménages, freinés par la hausse des prix de l’énergie, elles n’investissent pas autant que prévu.

Les députés allemands ont adopté un régime de retraite par capitalisation inédit destiné aux mineurs, le gouvernement misant sur des investissements en actions. Une approche qui tranche avec la propension à l’épargne, profondément ancrée dans le pays.

L’Allemagne se veut ouverte aux affaires. Elle entend accélérer la transformation numérique. Merz veut convertir les épargnants allemands en investisseurs. On surpondère le DAX.

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