Élections au Brésil: des trajectoires différentes, des contraintes budgétaires similaires

Synthèse

  • Les élections d’octobre au Brésil s’annoncent très disputées, avec une course présidentielle serrée entre le président sortant Lula et Flávio Bolsonaro, fils aîné de l’ancien président emprisonné Jair Bolsonaro
  • Le scrutin désignera également les gouverneurs des États, deux tiers du Sénat et la composition du Congrès
  • Sur le plan économique, l’attention s’est portée sur la consolidation budgétaire, dans un contexte de taux d’intérêt réels élevés qui contribuent non seulement à la hausse de l’endettement public, mais pèsent aussi sur les entreprises et les ménages endettés
  • Une certaine consolidation budgétaire devrait intervenir quel que soit le résultat du scrutin, Lula proposant un ajustement plus graduel et Bolsonaro annonçant des réductions de dépenses plus rapides
  • Malgré des programmes politiques opposés, les deux candidats font face à des contraintes budgétaires similaires, notamment un Congrès probablement fragmenté et des dépenses obligatoires rigides qui laissent peu de marge de manœuvre sans réformes structurelles politiquement coûteuses
  • L’appétit pour le risque sur les actifs brésiliens peut évoluer en fonction des anticipations et des résultats électoraux, mais la mise en œuvre devra être suivie de près par le marché
  • Une plus grande discipline budgétaire et une plus grande stabilité de la devise pourraient favoriser un assouplissement monétaire et améliorer modérément les perspectives financières des entreprises, en renforçant la capacité de service de la dette, les conditions de refinancement et l’accès aux marchés de capitaux
  • En tant qu’investisseurs en crédit, nous identifions de la valeur sur une sélection de crédit brésilien et privilégions une exposition aux entreprises diversifiée, dont les thèses d’investissement ne reposent pas sur un résultat électoral particulier

La course présidentielle s’annonce serrée et pourrait rester indécise jusqu’au second tour attendu

Le Brésil organisera des élections générales en octobre, avec un premier tour prévu le 4 octobre et d’éventuels seconds tours pour l’exécutif le 25 octobre. Outre l’élection du président pour les quatre prochaines années, les électeurs désigneront les gouverneurs des États, la composition des assemblées fédérale et locales, ainsi que deux tiers des sièges du Sénat (ces derniers pour des mandats de huit ans).

Dès le départ, le cycle électoral a été marqué par le scandale Banco Master. Banque de taille intermédiaire effondrée en 2025, Banco Master s’est livré à une fraude massive et a obtenu un traitement favorable de la part de responsables politiques et de régulateurs au moyen de versements de pots-de-vin et de pratiques d’extorsion. L’établissement était dirigé par Daniel Vorcaro, depuis emprisonné pour crimes financiers, blanchiment d’argent et direction d’une organisation criminelle.

Condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, l’ancien président Jair Bolsonaro a désigné son fils aîné comme candidat principal du camp de droite. Après des résultats initialement faibles, Flávio Bolsonaro a commencé à gagner en dynamique en début d’année et s’est finalement imposé comme le favori dans les sondages. Sa position s’est toutefois rapidement dégradée en mai, lorsqu’une conversation entre l’homme politique et Vorcaro a été révélée. Les messages montraient le candidat sollicitant un transfert compris entre 61 et 130 millions de réals (environ 12 à 25 millions de dollars), destiné selon les accusations à financer la production d’un film inspiré de l’histoire de Jair Bolsonaro.

Depuis, les enquêtes ont également mis au jour des paiements et des faveurs accordés par Vorcaro à des membres du Tribunal suprême fédéral. Sans mettre directement en cause le président sortant, la fréquence de ces révélations alimente le sentiment antisystème et peut être citée parmi les raisons de la baisse du taux d’approbation de Lula et du resserrement des sondages de second tour.

La course s’annonce très serrée et potentiellement dictée par l’actualité, les électeurs indécis pouvant être fortement influencés par les dernières nouvelles. Si le taux d’approbation du gouvernement Lula plaide contre sa réélection, Flávio Bolsonaro souffre lui aussi d’une forte perception négative auprès des électeurs, un peu plus de 50% des personnes interrogées déclarant qu’elles ne voteraient pour lui en aucune circonstance. Figure moins connue et dépourvue de la capacité de son père à parler au public, Flávio Bolsonaro présente un bilan contrasté et certains estiment que sa candidature pourrait faire preuve de fragilité dans un scénario de second tour.

Si la nécessité d’ajustements a été reconnue par le ministère des Finances, certaines mesures proposées ont été reportées par l’administration actuelle. Pour un éventuel nouveau mandat, une consolidation budgétaire graduelle est prévue, reposant sur une croissance plus lente des dépenses et sur de nouvelles mesures de recettes qui dégageraient un léger excédent primaire dès 2027.

De son côté, Flávio Bolsonaro annonce un ajustement plus rapide, avec des coupes plus profondes dans les dépenses primaires, et promet une réforme administrative, des privatisations et une nouvelle règle budgétaire adossée au niveau d’endettement. Les objectifs affichés manquent de précision et pourraient s’avérer trop ambitieux, une part importante d’entre eux dépendant de réformes auxquelles la campagne ne s’est pas encore engagée et qui pourraient être difficiles à mettre en œuvre. Même si un groupe de conseillers économiques soutient le candidat, son équipe ne comprend pas encore de ministre des Finances pour conduire la politique économique, ce qui avait constitué l’un des piliers de la campagne victorieuse de son père.

Même un ajustement budgétaire inférieur aux attentes des marchés pourrait améliorer sensiblement la dynamique de la dette, à condition de s’accompagner d’une discipline quasi budgétaire renforcée et d’une plus grande stabilité de la devise, permettant à une banque centrale indépendante de transmettre efficacement sa politique et de maîtriser l’inflation.

Les mesures les plus profondes dépendent de l’action législative

La composition des deux chambres sera déterminante pour la capacité de tout président à gouverner.

Les prévisions indiquent que les partis de droite conserveraient probablement une majorité simple des 81 sièges du Sénat, mais le resserrement de certains scrutins a accru l’incertitude. Même si cette attente se confirme, le camp de droite n’atteindrait probablement pas le nombre de sièges nécessaire pour adopter des réformes constitutionnelles (49). Un autre seuil devenu de plus en plus important est celui des 54 voix requises pour destituer un juge de la Cour suprême, pour lequel les partis centristes resteront probablement l’arbitre décisif, quel que soit le mandat présidentiel.

La configuration du Congrès devrait rester très fragmentée, aucun bloc ne disposant de majorité. Les partis de centre droit (« Centrão ») conserveront probablement suffisamment de sièges pour poursuivre leur approche transactionnelle, mais la chambre pourrait être marginalement plus conservatrice et plus polarisée. En pratique, le prochain président fera toujours face à un Congrès coûteux à gouverner, réticent à perdre le contrôle des amendements budgétaires, et plus enclin à approuver des ajustements budgétaires négociés que des réformes structurelles ambitieuses.

Vue d’investissement

Quel que soit le prochain président, une consolidation budgétaire est probable au Brésil. Les deux programmes se heurtent aux mêmes contraintes réelles: un Congrès fragmenté, des dépenses obligatoires rigides et peu de marges faciles restantes du côté des recettes ou des coupes. Si l’écart final entre les deux candidats en matière de solde primaire peut s’avérer plus faible que ne le suggèrent leurs campagnes respectives, les marchés tendent à privilégier les chocs potentiellement plus forts, même lorsque leur exécution reste incertaine. Lula présente un plan fondé sur des politiques économiques centrées sur l’État, qui contraste avec la promesse pro-marché de politiques d’austérité de Flávio Bolsonaro. Si certaines classes d’actifs plus volatiles ont évolué au gré de la dynamique récente du prétendant, nous estimons que le scénario majoritairement intégré par les marchés de crédit n’est pas celui d’un changement significatif du paysage économique.

Une baisse plus rapide et plus marquée des taux d’intérêt soutiendrait directement les perspectives financières des entreprises, dont beaucoup ont une part importante de leur dette indexée sur les taux de référence. Une amélioration de l’appétit pour le risque sur les marchés internationaux pourrait également renforcer la capacité des sociétés à accéder aux marchés de capitaux pour consolider leur bilan ou refinancer leurs échéances. Quel que soit le parti au pouvoir, la mise en œuvre sera déterminante, les aspects sociaux et politiques qui influencent les politiques économiques restant très pertinents pour la trajectoire de moyen et long terme du secteur privé.

Le Brésil représente actuellement la plus importante exposition pays de notre portefeuille phare. Le positionnement est toutefois très diversifié entre exportateurs, entreprises fortement liées aux dynamiques de l’économie mondiale et leaders industriels locaux. Notre processus d’investissement intègre les facteurs politiques dans le cadre d’une analyse et d’une gestion des risques globales; nous prenons néanmoins des décisions politiquement neutres, qui ne dépendent d’aucun événement spécifique ni de résultats électoraux imprévisibles pour générer de la performance.

Source : IVO Capital